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Le débat sur les déploiements de la Garde nationale dans les villes américaines sous la présidence de Donald Trump entre dans une nouvelle phase. Lundi, pour la première fois, Donald Trump a évoqué le Insurrection Act de 1807, une loi permettant l’intervention de troupes fédérales pour rétablir l’ordre en cas d’émeutes ou de troubles intérieurs. Jusqu’ici, pour les mobilisations à Los Angeles, Washington D.C. ou récemment à Memphis, il n’avait pas fait appel à cette disposition, limitant ainsi les pouvoirs des gardes nationaux aux seules missions de protection des sites et personnels fédéraux, sans leur conférer de prérogatives policières.

Trump a remis ce texte sur la table après qu’une juge fédérale a bloqué la veille le déploiement de la Garde nationale à Portland, invoquant que la base juridique retenue était insuffisante. Le président républicain avait justifié son intention en dénonçant la capitale de l’Oregon, un État démocrate reconnu pour sa politique libérale, comme étant aux mains de « terroristes intérieurs » d’extrême gauche, transformant la ville en un « enfer enflammé ». Initialement, il voulait placer la Garde nationale de l’État sous commandement fédéral.

La Garde nationale du Texas sollicitée face au refus de celle de l’Illinois

Après un premier rejet de cette mesure par la même juge, Trump a tenté d’envoyer des gardes nationaux issus du Texas, lors d’une offre de soutien formulée par le gouverneur républicain Greg Abbott. Cette initiative a également été interdite. En revanche, selon des médias américains, environ 200 membres de la Garde nationale texane ont été dépêchés à Chicago, une grande ville également gouvernée par les démocrates, après qu’un juge différent eut bloqué l’utilisation de la Garde nationale de l’Illinois. Ce même juge n’a pas opposé d’objection au déploiement des forces texanes.

Trump menace depuis plusieurs mois d’intervenir à Chicago en raison de la forte criminalité. Après la semi-officialisation du changement de nom du ministère de la Défense en « Department of War » à la mi-septembre, il avait déclaré que la ville comprendrait bientôt la raison de cette transformation. Il avait aussi diffusé sur les réseaux sociaux une image générée par intelligence artificielle, inspirée du film Apocalypse Now, représentant des hélicoptères survolant la ville et le président en colonel Kilgore, accompagnée du titre « Chipocalypse Now » et d’une phrase adaptée : « J’adore l’odeur des expulsions au petit matin ».

Une escalade politique et judiciaire

Le gouvernement fédéral a ensuite annoncé, comme à Los Angeles, des opérations baptisées « Midway Blitz » ciblant les immigrés en situation irrégulière. Les élus locaux de Chicago et de l’Illinois ont vigoureusement dénoncé toute intervention fédérale, accusant l’administration Trump de chercher à provoquer une escalade par les manifestations à venir. Cette montée des tensions s’est effectivement produite : plusieurs véhicules de l’Agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE) ont été percutés ou bloqués par des voitures particulières, à la suite de la mort d’un immigré mexicain abattu le mois précédent par des agents fédéraux.

La semaine passée, des responsables républicains ont accusé la police de Chicago de ne pas être intervenue pour protéger ICE lors de ces incidents. Le chef de la police Larry Snelling a expliqué que ses agents avaient freiné leur action en raison de l’emploi de gaz lacrymogènes par les fédéraux. Il a précisé que la police soutiendrait les agents fédéraux s’ils étaient attaqués au cours d’une intervention légale, mais qu’elle ne les assisterait pas dans la répression d’immigrés en situation irrégulière, interdite par la législation de l’Illinois.

Déploiement de la Garde nationale texane à Chicago
Après l’interdiction judiciaire du déploiement de la Garde nationale locale à Chicago, des gardes du Texas sont envoyés dans l’Illinois. (U.S. Air National Guard/Matt Hecht)

Une controverse à Chicago, mais pas à Memphis

La ville de Chicago a désormais interdit aux autorités fédérales l’utilisation de ses infrastructures, telles que parkings publics ou locaux privés réticents, pour préparer et mener les opérations. Cette rivalité entre le gouvernement fédéral et les États ou villes démocrates se déroule pour l’instant sur le plan politique et judiciaire, plutôt qu’au niveau opérationnel. L’atmosphère n’a cependant pas été apaisée par les propos récents de Trump lors d’un rassemblement regroupant l’ensemble des généraux et amiraux des forces armées américaines, où il a suggéré que les villes frappées par la criminalité et les troubles intérieurs pourraient servir de terrains d’entraînement pour l’armée.

En revanche, le récent déploiement fédéral à Memphis s’est déroulé sans heurts majeurs. Cette ville figure parmi les plus touchées par la criminalité aux États-Unis. Le gouverneur républicain du Tennessee, Bill Lee, a donné son accord pour l’envoi, aux côtés des nombreux agents fédéraux, d’unités de la Garde nationale. À ce stade, il reste incertain que Trump applique effectivement le Insurrection Act dans d’autres grandes villes américaines. Précisons que ce texte n’a été mobilisé pour la dernière fois qu’en 1992, par le président George H.W. Bush, lors des émeutes de Los Angeles à la suite de l’affaire Rodney King.

Stefan Axel Boes