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Au cours du débat à Westminster Hall sur la souveraineté du Typhoon, les inquiétudes ont principalement porté sur l’acquisition prévue par le Royaume-Uni de 12 chasseurs F-35A. Plusieurs députés ont exprimé leurs doutes quant à la stratégie aérienne britannique, notamment concernant le rôle nucléaire de ces appareils.

Ben Obese-Jecty, député conservateur de Huntingdon, a dénoncé le plan d’acquisition des F-35A comme une « diversion », soulignant que ces avions doivent remplacer directement 12 F-35B issus d’une future tranche et ne seront pas livrés avant les années 2030. Il a mis en lumière les incertitudes entourant la participation du F-35A au partage de la mission nucléaire au sein de l’OTAN. Bien que présenté comme la plateforme destinataire de la capacité nucléaire britannique dans l’alliance, le F-35A est affecté au 207e escadron, unité de conversion opérationnelle (Operational Conversion Unit – OCU) chargée de la formation des nouveaux pilotes F-35. Selon lui, « utiliser ces appareils comme moyen de formation ne reflète pas une posture de préparation nucléaire », et il a demandé aux ministres combien d’avions seraient réellement maintenus en état d’alerte opérationnelle.

Calvin Bailey, député travailliste et ancien pilote de la Royal Air Force (RAF), a répliqué que les instructeurs de l’OCU représentent l’élite des pilotes et que placer un avion capable de porter l’armement nucléaire au sein de cette unité « est tout à fait logique ». Obese-Jecty a interprété cette affirmation comme une confirmation implicite que les pilotes-instructeurs pourraient constituer le noyau de la force nucléaire britannique, avant d’exhorter les ministres à préciser s’il existe un calendrier pour la certification nucléaire du F-35. Il a insisté : « Je ne pense pas que la RAF ait davantage de certitudes, car à ce jour aucune échéance n’a été fixée pour obtenir cette certification ».

Le député a aussi critiqué l’intégration capacitaire du F-35. Il a rappelé que l’appareil n’est pas encore en mesure d’emporter le missile air-air à longue portée Meteor, soulignant que « notre chasseur de pointe actuel ne dispose pas de capacité de missile air-air à longue distance ». Selon les déclarations gouvernementales, le Meteor pourrait être opérationnel sur le F-35 dans les années 2030, mais un rapport du Public Accounts Committee a relevé de fortes incertitudes sur ce calendrier et souligné la nécessité d’armes intermédiaires. Obese-Jecty a donc demandé au ministre d’indiquer si des systèmes disponibles sur étagère étaient envisagés et comment leur intégration serait réalisée.

Il a également dénoncé la dépendance du F-35 à l’appui des chasseurs de 4e génération, ce qui, selon lui, mine le concept de « flotte aérienne hybride » : « Pour employer nos très coûteux F-35 de 5e génération, nous devons obligatoirement les faire voler avec des Typhoon, car seuls ces derniers peuvent transporter les charges utiles nécessaires pour les défendre en combat aérien ».

Obese-Jecty s’est aussi interrogé quant à la pérennité à long terme de la flotte de F-35, dont la date de retrait est programmée pour 2069. « À cette date, certains des 138 appareils auront plus de 50 ans », a-t-il averti, en s’interrogeant sur la viabilité de conserver en première ligne ces avions vieillissants face à la montée en puissance des systèmes sans pilote.

Il a conclu en appelant à une stratégie cohérente en matière de puissance aérienne, citant les propos du chef d’état-major de la Défense plus tôt dans l’année, selon lesquels la RAF « n’a aucun grand programme d’équipement prévu pour les quinze prochaines années ».

En réponse, le ministre de la Défense Al Carns a déclaré :

« Nous avons établi dans le dernier Recensement Stratégique de Défense (SDR) que l’avenir de la RAF repose sur l’accélération de l’adoption des technologies et innovations les plus récentes, afin de maintenir notre position de force aérienne européenne de premier plan. Le Typhoon est au cœur de notre contrôle de l’air et fait actuellement l’objet d’un ensemble complet de modernisations pour conserver un avantage opérationnel face aux menaces en évolution.

Le Typhoon continuera d’être la colonne vertébrale de notre capacité de combat aérien jusque dans les années 2040 ; il constitue, avec le F-35 Lightning, une combinaison interopérable, complémentaire et extrêmement puissante d’avions de combat britanniques. Cela implique que le gouvernement continuera d’investir massivement dans le programme Typhoon tout au long de sa durée de vie, avec notamment un projet de radar à antenne électronique qui représente à lui seul un investissement de 3 milliards de livres. Ce programme, mené en partenariat avec les autres nations utilisatrices de l’Eurofighter, est sur la bonne voie pour une livraison dans la prochaine décennie et soutient environ 600 emplois au Royaume-Uni, notamment à Édimbourg. »