Des députés travaillistes ont accusé Reform UK d’adopter une approche « amateur et irresponsable » dans le domaine de la défense, en particulier sur la question cruciale de la construction navale, au moment où ce secteur est au cœur des politiques industrielles du Royaume-Uni.
Selon des sources proches de la défense, cette controverse survient alors que les chantiers navals écossais jouent un rôle majeur dans le renforcement des capacités militaires britanniques : les installations de Clyde à Glasgow sont en charge de la construction des frégates de type 26, tandis que celles de Rosyth se consacrent au programme des frégates de type 31. Ces deux projets sont conçus pour être exportables, BAE Systems et Babcock cherchant à capitaliser sur ces réalisations pour conquérir des marchés internationaux. Dans ce contexte, toute critique indiquant un manque d’engagement politique vis-à-vis de la construction navale est perçue dans les milieux industriels comme un risque pesant sur la confiance et la planification à long terme.
Le Parlement a à plusieurs reprises entendu des ministres présenter la construction navale comme une industrie fondamentale pour la sécurité nationale. La Revue stratégique de défense publiée plus tôt cette année a souligné la capacité maritime comme l’un des atouts comparatifs du Royaume-Uni. Les députés travaillistes reprochent désormais à Reform UK de ne pas adhérer à ce discours stratégique, tandis que ce dernier affirme être le seul à avoir poussé le gouvernement à privilégier l’acier britannique dans la construction navale.
Une douzaine de députés, parmi lesquels plusieurs représentent des circonscriptions côtières, ont signé une lettre initiée par Graeme Downie, député travailliste écossais, condamnant Nigel Farage et son parti pour avoir ignoré la construction navale dans leur programme électoral.
Les signataires estiment que le silence de Reform équivaut à une « trahison grave » de la sécurité nationale et de l’industrie britannique.
La lettre souligne que ni Nigel Farage ni ses collègues n’ont pris la parole lors des débats parlementaires sur la Revue stratégique de la défense en juin ni lors de la session de Westminster Hall consacrée aux chantiers navals et à la croissance économique en mars. Elle indique notamment :
« Il est décevant que quelqu’un qui aspire à devenir Premier ministre de ce pays fantastique puisse négliger de soutenir le travail vital de notre industrie de construction navale. Continuer à le faire serait une trahison grave à la fois de notre sécurité nationale et de l’une de nos industries les plus cruciales. »
Graeme Downie et ses collègues ont mis en lumière l’ampleur du secteur, rappelant que la construction navale emploie près de 40 000 personnes à travers le Royaume-Uni et génère un chiffre d’affaires proche de 3 milliards de livres sterling. La lettre met aussi en cause la compréhension par Farage du patrimoine maritime britannique et de l’importance stratégique de la construction navale pour une nation insulaire.
Parmi les députés ayant co-signé la lettre figurent Amanda Martin, Tracey Gilbert, Gregor Poynton et Calvin Bailey, dont plusieurs siègent au Comité de défense ou représentent des circonscriptions où la construction navale demeure un pilier économique local.
Face à ces critiques, Richard Tice, vice-président de Reform UK, a répondu :
« Reform était le seul parti disposant d’un plan lors des dernières élections pour augmenter massivement les dépenses de défense. Nigel et moi avons mené la campagne pour sauver l’acier britannique après que le Parti travailliste a laissé fermer les hauts fourneaux de Port Talbot et a traîné les pieds à Scunthorpe. Nous sommes le seul parti avec un plan sérieux pour utiliser de l’acier britannique dans la construction navale. »