Selon le Comité du renseignement et de la sécurité du Parlement britannique, les services de renseignement étrangers utilisent de plus en plus le journalisme sur les réseaux sociaux et les réseaux politiques pour influencer de manière clandestine le débat public et les processus démocratiques au Royaume-Uni.
Dans son dernier rapport annuel, couvrant la période d’avril 2023 à mars 2025, le comité alerte sur une menace élargie qui inclut « les efforts des États étrangers pour exercer une influence occulte et malveillante sur la politique, la démocratie et l’opinion publique britanniques, notamment par des tentatives d’influence sur les réseaux sociaux, le journalisme et les personnalités politiques ».
Le rapport souligne que les États hostiles cherchent à manipuler les environnements informationnels plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’espionnage traditionnel. Il met particulièrement en avant la Russie, rappelant qu’en décembre 2023, le gouvernement britannique a publiquement attribué une activité persistante de « hacking et fuite » à une unité cyber du FSB nommée STARBLIZZARD, qui a tenté de s’approprier et de diffuser des documents liés à des enjeux politiques britanniques.
Le Comité mentionne également l’utilisation des médias d’État comme instruments d’influence. Il note qu’en septembre 2024, le Royaume-Uni s’est joint aux États-Unis pour dénoncer le diffuseur russe RT comme « un porte-voix de la désinformation russe », ciblant notamment des efforts visant à « influencer les processus démocratiques en Moldavie ». Ce phénomène s’inscrit dans une stratégie plus large de guerre de l’information dirigée contre les publics occidentaux.
Les ingérences politiques liées à la Chine sont aussi évoquées. Le comité rappelle qu’en mars 2023, Yang Tengbo a été expulsé du Royaume-Uni, les autorités ayant jugé que « la relation qu’il avait développée avec le prince Andrew pourrait être utilisée à des fins d’ingérence politique par l’État chinois ». Cette décision a été confirmée en appel en décembre 2024 par la Special Immigration Appeals Commission.
Dans un autre dossier, le rapport indique qu’en décembre 2024, le Tribunal des pouvoirs d’enquête a rejeté les plaintes de Christine Lee, qui faisait l’objet depuis janvier 2022 d’une alerte d’ingérence du MI5 adressée aux autorités parlementaires, à la suite d’une enquête ayant « confirmé ses liens avec le Département de travail du Front uni ».
Le Comité met en garde sur le fait que les plateformes de réseaux sociaux et le journalisme numérique restent des cibles privilégiées car elles permettent aux acteurs hostiles d’amplifier rapidement leurs récits tout en rendant l’attribution plus difficile. Il qualifie ces actions d’éléments d’efforts plus larges visant à « exercer une influence occulte et malveillante » plutôt que d’incidents isolés.
Tout en saluant les mesures adoptées pour renforcer la réponse britannique, notamment la loi sur la sécurité nationale entrée en vigueur en décembre 2023, le Comité avertit que les opérations d’information hostiles devraient continuer. Cette législation vise à « rendre le Royaume-Uni moins perméable aux agissements malveillants », mais la nature évolutive des influences en ligne maintient la menace à un niveau dynamique.
Le rapport conclut que la protection du débat démocratique exige désormais une vigilance continue, en complément des actions traditionnelles de contre-espionnage, les États étrangers brouillant de plus en plus les frontières entre activités de renseignement, manipulation médiatique et ingérence politique.