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La désinformation qui circule sur Internet ne se limite pas au monde digital, elle alimente directement les débats politiques au Royaume-Uni, selon le député Graeme Downie.

Cette déclaration fait suite à une enquête du UK Defence Journal qui a révélé comment des comptes liés à l’Iran sur la plateforme X (ex-Twitter) ont tenté d’infiltrer le débat sur l’indépendance écossaise.

L’enquête s’est concentrée sur le compte @fiona175161, présenté comme un simple activiste pro-indépendance. Ce compte est resté silencieux durant la coupure nationale en Iran en juin, avant de réapparaître en relayant les discours officiels de Téhéran. Ce schéma, observé sur des dizaines de comptes, constitue une preuve solide d’une ingérence coordonnée avec un lien étatique.

Face à ces révélations, Graeme Downie a alerté sur le fait que les contenus initiés sur les réseaux sociaux se propagent rapidement dans les discussions de terrain.

« Ce qui peut commencer sur Twitter sous forme d’une information erronée se diffuse ensuite très rapidement sur Facebook, TikTok et d’autres plateformes sociales. Qu’il s’agisse de sujets comme l’immigration, l’Ukraine, les dépenses militaires ou l’indépendance, ces opinions se retrouvent clairement dans les courriels que mon bureau reçoit ou dans les échanges que j’ai en porte-à-porte ou lors des permanences. La source originale disparaît vite mais la désinformation gagne en crédibilité par simple répétition. »

Il a expliqué que ces affirmations répétées finissent par acquérir leur propre réalité.

« J’entends fréquemment des phrases telles que ‘Je suis sûr d’avoir lu’ ou ‘Quelqu’un m’a dit’ ou ‘N’est-il pas vrai que…’. La suite de ces phrases renvoie presque toujours à une information erronée ou trompeuse via les réseaux sociaux. La personne qui me parle ne cherche pas à induire en erreur, mais elle-même a été abusée. »

Downie souligne que le danger réside dans la nature délibérée et organisée de cette activité.

« Cela a toujours existé à un certain degré dans tout débat public, mais lorsqu’il y a des preuves évidentes, comme celles mises en lumière par UK Defence Journal, que la source initiale de désinformation est orchestrée, alors il s’agit d’une attaque directe contre le Royaume-Uni et notre démocratie. Ils influencent malicieusement nos débats avec des informations qu’ils savent fausses. C’est un poison lent au cœur de la démocratie, et ce qui m’inquiète le plus, c’est que cela semble fonctionner. »

Il a ajouté que l’impact ne se limite pas aux utilisateurs intensifs des réseaux sociaux.

« Cela peut commencer sur les réseaux sociaux, mais cela s’infiltre rapidement dans la vie réelle, et j’en ai été témoin à de nombreuses reprises. Même des personnes presque entièrement déconnectées des réseaux sociaux répètent ces informations car, par la répétition, elles deviennent vraies. »

Le député a également rangé la désinformation parmi les menaces coordonnées aux côtés des opérations cyber, dans le cadre d’une menace globale envers le Royaume-Uni.

« Ce type d’action est une autre flèche dans le carquois de la Russie, de l’Iran et d’autres États. Je le considère au même titre que les dizaines de milliers de cyberattaques réelles que le ministère de la Défense a évoquées et déclassifiées lors de la publication du SDR (Strategic Defence Review). »

Cette mise en garde reflète une inquiétude croissante à Westminster et Holyrood : les campagnes d’influence étrangères ne sont pas de simples jeux en ligne, mais des efforts concertés visant à déstabiliser les systèmes politiques. En Écosse, la crainte réside dans l’exploitation du débat légitime sur l’indépendance par des États hostiles, brouillant les échanges et sapant la confiance.

L’enquête sur « Fiona » a conclu que le compte @fiona175161 et d’autres comptes similaires ne sont pas des anomalies isolées, mais font partie d’un réseau coordonné. Leur silence durant la panne d’Internet iranienne, leur bascule vers les narratifs de Téhéran, l’utilisation d’images générées par intelligence artificielle et leurs schémas de publication rigides témoignent d’un contrôle lié à un État.

L’intervention de Graeme Downie souligne le danger démocratique lorsque cette activité dépasse le simple cadre numérique pour impacter la vie quotidienne. La manipulation originelle est digitale, mais ses conséquences se traduisent concrètement dans la manière dont les électeurs perçoivent, répètent et évaluent les enjeux politiques.