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Onze généraux à la retraite ont mis en garde contre les déploiements récents et envisagés de la Garde nationale, estimant qu’ils pourraient porter atteinte à la réputation de l’institution militaire en tant qu’organisation de confiance et nuire au moral des troupes.

« Une armée engagée dans des interactions agressives avec des civils dans un contexte politisé perdra inévitablement, avec le temps, le respect et la confiance dont elle jouit actuellement auprès du peuple américain », ont écrit ces anciens généraux dans un mémoire soumis à un tribunal californien. « Ce désaveu de la part de leurs concitoyens exacerbe le sentiment d’isolement et le moral en berne des militaires déployés. »

Ces anciens officiers généraux, essentiellement des majors-généraux et des lieutenant-généraux issus de l’Armée de terre, comptent chacun plus de trente ans de carrière militaire. Leur expérience couvre un large éventail d’activités, allant de la conduite de troupes en opération à des fonctions administratives au sein de la Garde nationale et de la Réserve, jusqu’à des déploiements lors d’urgences nationales et de catastrophes naturelles.

Début septembre, un juge a jugé que le président Donald Trump avait violé la loi fédérale en envoyant des soldats de la Garde nationale à Los Angeles pour aider les forces de l’ordre à réprimer des manifestations liées à l’immigration. Le mémoire des anciens officiers avait été déposé auprès d’une cour d’appel californienne afin d’encourager les juges à confirmer l’injonction interdisant ce déploiement.

Bien que ce mémoire porte sur la mission à Los Angeles, les généraux ont également alerté sur les risques potentiels liés au déploiement actuel de la Garde nationale à Washington, ainsi que sur d’éventuelles mobilisations en prévision de manifestations dans d’autres grandes villes américaines comme New York, Baltimore, La Nouvelle-Orléans, Chicago et Oakland, en Californie.

Les anciens officiers soulignent que la fédéralisation de la Garde nationale risque d’entacher le caractère apolitique des forces armées, puisque les militaires se retrouvent placés dans une « position intenable » au cours d’un déploiement qui s’avère être « profondément politisé ». Ce mémoire a été conduit par la Vet Voice Foundation, une organisation non partisane dirigée par des vétérans.

« En tant qu’organisation qui soutient les militaires, leurs familles et d’anciens hauts responsables, nous sommes conscients que ceux qui choisissent de rejoindre la Garde nationale ou les forces armées régulières sont principalement poussés par le désir de servir l’Amérique et leurs concitoyens, et non de se retourner contre eux. Cette situation nuit au moral des forces, qui constitue un élément essentiel de leur efficacité », écrivent-ils.

Ils évoquent également un risque accru de conflits internes pour les militaires confrontés à des missions intérieures conflictuelles, en comparaison avec un déploiement à l’étranger, se référant à une analyse réalisée par un politologue spécialiste des relations civilo-militaires.

Selon les généraux, le moral des troupes pourrait donc pâtir des changements dans la perception civile des forces armées. Le mémoire cite un sondage Gallup de 2025 qui indique que 62 % des répondants accordaient « beaucoup » ou « assez » de confiance à l’armée.

Cependant, l’utilisation récente des forces armées dans des contextes fortement politisés pourrait réduire ce niveau de confiance sur le long terme. Les anciens officiers appuient leurs propos sur un reportage du New York Times qui fait état d’une réaction publique négative au déploiement de soldats à Los Angeles et d’un moral affaibli parmi ces mêmes troupes, contrastant avec l’accueil généralement favorable réservé aux interventions de la Garde nationale lors des feux de forêt en Californie.

« Dans une nation fondée sur la primauté du droit, et non sur le régime militaire, établir un précédent autorisant l’exécutif à déployer les forces armées pour réprimer n’importe quelle manifestation à travers le pays porterait gravement atteinte au rôle de l’armée en tant qu’institution apolitique et digne de confiance », concluent-ils dans ce mémoire. « Il est essentiel que la justice intervienne dès maintenant. »