En 2023, six membres d’une unité d’hélicoptères de la Garde nationale de New York ont réalisé deux missions sous le feu en Irak afin de secourir une équipe de forces spéciales françaises prise en embuscade par des combattants de l’État islamique. Cette opération, passée quasiment inaperçue aux États-Unis jusqu’à récemment, a valu à ces soldats des distinctions pour acte de bravoure décernées par l’armée française.
Les six soldats ont reçu la Médaille d’or de la Défense nationale française, une distinction équivalente à la Bronze Star américaine avec le dispositif « V » pour valuer au combat. Déployée à Erbil en Irak, l’unité CH-47 Chinook a effectué des rotations de vols nocturnes, parfois en état de quasi pénurie de carburant. Leur mission consistait d’abord à insérer des forces spéciales françaises pour renforcer l’équipe prise dans l’embuscade, puis à effectuer un vol de retour pour extraire tous les soldats engagés.
Deux participants à cette opération, le Chief Warrant Officer 2 Jared Twigg (pilote) et le sergent Samuel Sacco (chef d’équipage), ont partagé leur récit.
« Il y a une lumière ! »
Les soldats de la compagnie B, 3e bataillon, 126e bataillon d’aviation d’appui général, incluant des éléments issus de cinq Garde nationales d’État, avaient été déployés au Moyen-Orient dès janvier 2023. Cinq équipages se relayaient selon un calendrier précis : deux effectuaient des missions régulières de transport de matériel sur un « circuit en boucle » vers des avant-postes en Syrie et la base avancée Tower 22 en Jordanie. Deux autres maintenaient une posture d’alerte pour des missions nocturnes imprévues, tandis que le cinquième bénéficiait de jours de repos. Bien que nombreux soient d’anciens combattants d’Afghanistan, aucun n’avait connu de combat direct jusqu’à cette mission, explique Twigg.
Aux alentours de 22 heures, le 28 août, le signal d’alerte est lancé. Très vite, Twigg comprend la gravité de la situation.
Alors que les équipages préparent les appareils et récoltent les informations, des fantassins américains montent à bord des Chinooks, s’attachent et se tiennent prêts. Quelques minutes plus tard, sur ordre non communiqué à l’équipage, ces soldats américains descendent et cèdent leur place à une équipe de forces spéciales françaises.
« Ce fut un véritable déclic pour moi : des commandos français allaient intervenir, cela signifiait qu’une situation grave était en cours », raconte Twigg.
Durant l’engagement, l’équipe française subit une perte : un de ses membres est porté disparu.
« Le centre d’opérations de terrain nous a signalé que, grâce à un appareil de surveillance, une signature avait été localisée dans un fossé, identifiée comme celle du soldat disparu. Nous avons transmis ces coordonnées à l’équipe française à bord, puis donné l’ordre de décoller », précise Twigg.
Au-dessus du village de Hawija, deux hélicoptères Apache, un AC-130 et un F-16 assurent un appui aérien rapproché. Cependant, dans l’obscurité, les pilotes de Chinook ne distinguent pas le combat au sol. Malgré leur taille imposante, les deux Chinooks ne sont pas pris pour cible.
Alors qu’ils approchent, aucune activité n’est visible jusqu’à ce qu’un stroboscope infrarouge se mette à clignoter.
« Il y a une lumière ! Il y a une lumière ! », se souvient Sacco, hurlant cette alerte.
Les deux hélicoptères se posent à quelques mètres d’un soldat brandissant cette balise, tandis que les commandos français descendent en courant par la rampe arrière en direction de l’unité embusquée.
Les Chinooks prennent ensuite la direction de Bagdad, à 110 km de là, pour faire le plein. Pendant cinq heures, alors qu’ils attendent dans leurs appareils, des sirènes retentissent : la base est attaquée. Pourtant, les équipages ne peuvent pas quitter leurs hélicoptères en fonctionnement pour chercher refuge.
« Nous étions là, assis, en espérant que ce ne soit pas notre tour », se rappelle Twigg.
Cette attente fait fondre le carburant dont ils auront à nouveau besoin pour le retour.
Enfin, le signal de départ est donné. Le convoi retourne à Hawija où la dépouille du soldat français disparu a été retrouvée. Lors du décollage, un F-16 largue une bombe guidée JDAM sur la zone.
« Nous ne savions pas précisément quand la frappe aurait lieu, mais nous étions conscients qu’elle était imminente. J’ai vu mes lunettes se brouiller pendant une à deux secondes », relate Sacco, positionné à l’arrière du Chinook.
Retour avec une seule réserve de carburant
Un dernier obstacle s’est présenté au retour : au lieu de regagner directement Erbil, les Chinooks ont reçu pour ordre de déposer la moitié des soldats français près de Balad, situé au bord de la limite d’autonomie de carburant.
« En débarquant ces troupes, nous avons perdu une masse considérable, ce qui nous a permis de regagner Erbil avec à peine une lumière de réserve de carburant allumée », explique Twigg.
Selon la presse française, le combat de cinq heures a coûté la vie au sergent Nicolas Mazier, du Commando Parachutiste de l’Air n°10, et a fait plusieurs blessés parmi les soldats français et irakiens. Les autorités affirment avoir neutralisé plus de 30 combattants de l’État islamique. Le général Thierry Burkhard, alors chef d’état-major des armées françaises, a officiellement homologué la remise des médailles aux six soldats de la Garde nationale en mars 2024, bien que ces derniers aient découvert la distinction avec surprise.
« J’ai appris la nouvelle grâce à un certificat retrouvé dans mon dossier personnel », confie Twigg.