Une vidéo diffusée sur la plateforme sociale X le mardi 7 octobre montre un Su-30MK2 de la Force aérienne vénézuélienne larguant deux bombes non guidées, identifiées par des observateurs comme appartenant probablement à la série M-54, lors d’une mission d’entraînement. Ce bref extrait capture la libération à basse et moyenne altitude ainsi que les impacts caractéristique en double, rappelant que Caracas dispose toujours d’une plateforme d’attaque lourde capable de larguer des bombes conventionnelles.
Ce contexte est particulièrement notable, car il intervient en pleine tension entre les États-Unis et le Venezuela, marquée par des démonstrations de force vénézuéliennes dans le sud des Caraïbes.
Le Su-30MK2 est le chasseur multifonction le plus lourd de la Force aérienne vénézuélienne. Ce bimoteur dérivé du Flanker est optimisé pour l’attaque maritime et l’interdiction en profondeur. Propulsé par deux turboréacteurs AL-31F, il peut transporter jusqu’à 8 000 kilogrammes d’armement répartis sur 12 points d’emport. Il utilise généralement le radar de contrôle de tir N001VEP, qui comprend des modes de recherche maritime et permet le tir de missiles anti-navires comme le Kh-31A ainsi que de la variante anti-radar Kh-31P.
Le Venezuela a reçu initialement une vingtaine d’appareils Su-30MK2, utilisés à plusieurs reprises comme pièce maîtresse de sa stratégie dissuasive.
Si les bombes visibles sur la vidéo sont effectivement des modèles M-54, elles correspondent plutôt à la bombe FAB-250 M-54 de conception soviétique, une bombe polyvalente de 250 kilogrammes contenant environ 100 kilogrammes d’explosif puissant. Cette famille M-54 se distingue par un anneau frontal destiné à la stabilisation balistique et remonte aux années 1950, précédant la M-62 plus légère et plus couramment utilisée pour le transport externe sur des chasseurs.
Lors des entraînements, les équipages pratiquent généralement des lâchers en palier ou en piqué léger, utilisant les modes CCIP (Calcul de point d’impact au sol) ou CCRP (Poursuite de point de visée) pour améliorer la précision et s’habituer au réglage des fusées sur des cibles telles que les aérodromes, dépôts, positions côtières ou concentrations de troupes.
Un Su-30MK2 armé de deux bombes de 250 kilogrammes illustre sa capacité à effectuer des attaques non guidées, une compétence d’importance opérationnelle dans les scénarios potentiels du Venezuela. Face à des forces de surface ou infrastructures côtières dans les Caraïbes, des bombes à haute puissance explosive de 250 kilogrammes sont capables de créer des cratères sur une piste et d’assurer une capacité fiable de déni d’accès dans une zone ciblée, le tout à un coût modéré tout en allégeant la logistique comparé à des munitions plus lourdes.
Combiné au radar, à la visée optique et au système de navigation du MK2, les équipages vénézuéliens peuvent ainsi générer rapidement une réponse depuis des bases dispersées ou depuis des segments de route aménagés en piste, intervenir sur des objectifs sensibles au facteur temps puis se replier sous escorte de chasseurs. Sur un théâtre maritime, même si les bombes non guidées sont moins efficaces que les missiles à guidage à distance, elles restent utiles pour des frappes secondaires contre des navires immobilisés, des dépôts de carburant ou des nœuds de défense aérienne protégeant la côte.
Cette vidéo d’entraînement intervient alors que Washington et Caracas échangent signaux et contre-signaux. Ces derniers jours, des forces américaines ont frappé un navire présumé lié au narcotrafic dans les eaux internationales proches du Venezuela, tandis que des responsables américains ont durci leur position concernant le dialogue avec le gouvernement de Nicolás Maduro.
De son côté, Caracas intensifie son message militaire en mettant en avant les vols des Sukhoi et les exercices spéciaux, suite à ses dénonciations des opérations américaines dans la région. Le résultat est un paysage opérationnel tendu dans le sud des Caraïbes, où les Su-30MK2 vénézuéliens, l’aviation navale et la Marine américaine ainsi que des partenaires régionaux évoluent dans un même théâtre stratégique.
Ce déploiement militaire véhicule deux messages principaux. D’abord, le Su-30MK2 demeure la ressource d’attaque la plus fiable de la Force aérienne vénézuélienne, offrant une forte capacité offensive, une importante charge militaire et un ensemble de capteurs conçus pour le contrôle et l’interdiction en milieu maritime.
Ensuite, le choix apparent des bombes non guidées de type M-54 souligne que l’entraînement met l’accent sur la maîtrise fondamentale du largage de bombes. Cette discipline soutient un large éventail de missions, allant de la sécurité des frontières à la dénégation d’accès littoral, tout en préservant les rares munitions de précision.