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Au centre Manekshaw, à Delhi, le Dialogue de Défense Chanakya 2025 s’est tenu sous le thème « Réforme pour Transformer : Sashakt, Surakshit aur Viksit Bharat » (Inde Forte, Sûre et Développée). La préparation militaire y a occupé une place centrale, avec un accent particulier sur les capteurs avancés et la montée en puissance de l’état de guerre de l’Inde. Ce dialogue reflète la rapide évolution de la pensée stratégique indienne.

Le Chef d’état-major des armées (CDS), le général Anil Chauhan, a donné le ton en intervenant sur le thème « Guerres futures : posture stratégique à travers la puissance militaire ». Il a insisté sur la nécessité de disposer d’une connaissance en temps réel de l’adversaire. Selon lui, dans les batailles à venir, priver l’ennemi de sa propre conscience de la situation sera décisif. « La préparation militaire doit s’adapter à cette nouvelle normalité. L’innovation, la recherche et développement en défense, la production industrielle et la diplomatie doivent reposer sur une force réelle », a-t-il affirmé.

Les capteurs constituent la colonne vertébrale de la guerre centrée sur les réseaux, où la maîtrise de l’information détermine les résultats. La doctrine conjointe indienne pour les opérations multi-domaines (MDO), publiée en août 2025, formalise cette révolution stratégique en intégrant les dimensions terrestre, maritime, aérienne, cyber, spatiale et cognitive. La salle d’opérations multi-domaines (MDOR) garantit la supériorité décisionnelle.

Baba Kalyani, président-directeur général de Bharat Forge, a abordé le thème « Changement du statu quo – dynamiser les réformes de la défense ». Il a souligné que les réformes stimulent l’innovation mais exigent une compréhension profonde de la technologie de défense. L’Inde dispose de solides capacités et doit désormais devenir une nation axée sur les produits, au fur et à mesure que la technologie de pointe prend le pas. Une recherche-développement de classe mondiale suivra naturellement, consolidée par des brevets nationaux. M. Kalyani a salué le fonds de 100 000 crore ₹ destiné à la R&D dans le secteur privé.

Selon les estimations gouvernementales, la production de défense en Inde a atteint 154 000 crore ₹ en 2024-25, dont 127 000 crore ₹ proviennent de la production indigène, enregistrant une croissance de 174 % depuis 2014-15. Cela montre un potentiel réel pour l’initiative Atmanirbhar Bharat (Indépendance stratégique) d’obtenir des résultats tangibles.

Le professeur K. Vijay Raghavan, ancien conseiller scientifique principal, a évoqué une perspective à long terme : « La supériorité stratégique n’est pas une destination finale, mais un effort continu et durable ». Ainsi, alors que l’Inde investit dans différentes technologies, l’innovation doit répondre en priorité aux menaces locales.

Des projets tels que Sanjay illustrent bien l’intégration des capteurs. Le système de surveillance du champ de bataille de l’armée assure une connaissance de la situation en temps réel, alimentant l’artillerie et le commandement. L’imagerie satellitaire (ISR) complète ce dispositif, avec des plateformes automatisées réduisant la latence.

Un consensus s’est dégagé sur le fait que 2025 représente « l’année des réformes » avec un accélération des procédures de passation des marchés, des délais resserrés et l’intégration de l’innovation dans les rouages bureaucratiques. Le général Chauhan a appelé à une transparence accrue au sein de l’industrie, insistant sur des délais réalistes et la suppression des retards, thème récurrent tout au long du dialogue.

Parmi les priorités figurent aussi l’accélération de l’interarmisation et la création de commandements intégrés de théâtre d’opérations. Il a été souligné que les armées doivent harmoniser leurs doctrines même si les plateformes technologiques doivent pouvoir interopérer. Ce défi impose de faire tomber les barrières internes entre les différents services.

Le contexte régional aiguise l’attention. La Chine renforce ses infrastructures le long de la Ligne de Contrôle Effectif (LAC), le Pakistan multiplie les conflits hybrides via des groupes dits « proxies ». Les conflits en Ukraine et à Gaza offrent des enseignements précieux. Dans ce nouveau type de guerre, ce sont les capteurs qui l’emportent, car les données commandent les décisions.

Cependant, des défis subsistent. Les lacunes en matière de recherche et développement sont encore sensibles, tandis que l’absorption technologique accuse du retard. L’inertie bureaucratique freine les progrès. Une réforme du DRDO (Organisme de Recherche et Développement en Défense) apparaît indispensable si ce dialogue doit avoir un impact concret.

Le Dialogue Chanakya témoigne d’une maturité nouvelle. Militaires, civils et industriels doivent converger. Un nouveau sens du devoir apparaît en Inde, dans un monde incertain et sous tension constante. La réflexion stratégique évolue, quittant la posture réactive pour privilégier la dissuasion proactive.

Les capteurs et les systèmes d’alerte précoce sont les piliers de la préparation. Les écosystèmes technologiques ont besoin d’espace et de financements plus importants pour prospérer. La supériorité stratégique exige un engagement quasi quotidien.

Chanakya 2025 a ainsi porté sur cette prise de conscience que l’Inde doit se transformer et se préparer aux guerres futures. La préparation vue du centre Manekshaw est synonyme de puissance. Ce sera un travail ardu, mais la nation investit d’ores et déjà des ressources financières et un capital politique significatifs.