Les chars Leopard 2, réputés pour leur technologie avancée et issus de l’ingénierie allemande, censés renforcer significativement l’armée ukrainienne, sont désormais rares sur les lignes de front. Alors que l’on espérait que ces blindés occidentaux inverseraient le rapport de forces face à la Russie dans le sud de l’Ukraine, ces espoirs se sont heurtés à la réalité du terrain.
Les Leopard 2, initialement prévus comme un élément clé de la contre-offensive ukrainienne, rencontrent des difficultés majeures. Selon le journal allemand Die Welt, ces chars, dotés d’un blindage robuste, d’une puissance de feu précise et d’une grande mobilité, sont aujourd’hui quasiment absents des combats frontaliers. Le média souligne que les attentes des pays de l’OTAN, qui voyaient en eux l’arme capable de percer les défenses russes, ne se sont pas concrétisées : « Le Leopard 2, censé être le fer de lance des avancées dans le sud de l’Ukraine, s’est retiré du rôle central qu’on lui avait attribué ».
Die Welt explique que l’absence d’appui aérien conséquent contraint l’armée ukrainienne à utiliser ces chars davantage comme artillerie mobile que comme véhicules de percée. L’analyse révèle surtout que la supériorité technologique ne garantit pas la victoire : la tactique reste décisive dans ce conflit. Le journal observe : « Après quatre mois de contre-offensive, seuls les changements tactiques ont permis des progrès, et non la simple présence des chars ».
Un point de vue partagé par des experts militaires russes, qui avaient anticipé dès l’arrivée des Leopard 2 les limites liées à leur déploiement.
Parmi eux, le colonel à la retraite Victor Litovkin mettait en garde contre la vulnérabilité de ces chars occidentaux au dégel automnal, soulignant leur poids important : environ 20 tonnes de plus que leurs homologues russes. Ce surpoids accroît le risque d’embourbement dans les terrains meubles ukrainiens, ce qui les expose davantage aux frappes de l’artillerie, des missiles antichars guidés et des lance-grenades.
Le phénomène du tchernoziom, sol noir ukrainien très fertile, joue un rôle déterminant dans ces contraintes. Riche en argile, ce sol se rétracte en saison sèche, provoquant de profondes fissures qui se remplissent d’eau lors des pluies, formant ainsi des poches de boue difficilement détectables. Cette particularité impacte lourdement la mobilité des chars lourds comme le Leopard 2.
La boue s’infiltre dans les chenilles, les roues et autres composants mécaniques, réduisant l’adhérence et limitant les capacités de manœuvre. De plus, ce sol humide peut entraîner l’encrassement des filtres à air des moteurs, provoquant des pertes de performance et accroissant les risques de panne.
L’entretien pour retirer la boue peut être long et compliqué, nécessitant parfois du matériel spécialisé ou une intervention manuelle pour dégager chenilles et surfaces bloquées. Si le char s’enlise profondément ou si la boue durcit en séchant, le désensablement exige alors un effort logistique important, souvent avec des engins lourds.
Les difficultés du Leopard 2 ne sont pas uniquement liées aux saisons plus fraîches. Sous des chaleurs intenses, comme celles atteignant 35 degrés, les versions du Leopard 2 modifiées pour le déminage, notamment le modèle finlandais Leopard 2R, montrent également leurs limites. Ces températures imposent un refroidissement moteur supplémentaire qui nuit aux performances.
En juillet dernier, trois machines de déminage de ce type, utilisées par l’armée ukrainienne dans le secteur d’Orekhovsky sur le Front de Zaporijjia, se sont arrêtées pendant les opérations. Par contraste, l’armée finlandaise continue d’utiliser des engins similaires basés sur les chars soviétiques T-55, réputés plus fiables dans ces conditions.
Initialement pesant 56 tonnes, les Leopard 2 livrés à l’Ukraine ont été équipés de chenilles lourdes KMT-5M pour les transformer en chars de déminage. Cependant, la variante « R » s’est avérée moins adaptée, en particulier en climat hivernal. Finalement, les six machines disponibles ont été transférées aux forces ukrainiennes sans grand succès.
Au final, les Leopard 2, malgré leur réputation et leurs performances technologiques en conditions idéales, peinent à s’imposer sur le terrain ukrainien. Les caractéristiques du sol, la tactique, le manque de soutien aérien, ainsi que les conditions climatiques extrêmes apparaissent comme des facteurs majeurs limitant leur efficacité dans ce conflit.