Face à la montée des menaces posées par les drones lors des récentes escarmouches à la frontière, l’Organisation indienne de recherche et de développement en défense (DRDO) accélère le développement d’un système électromagnétique haute puissance (HPEM) monté sur drone. Intégré dans le cadre du projet Anti-Drone and Directed Energy Systems (ADADS), ce dispositif innovant promet de neutraliser les UAV adverses par des impulsions électromagnétiques non cinétiques, renforçant ainsi significativement les capacités de guerre électronique de l’Inde.
Cette initiative, détaillée dans une récente demande d’information adressée à l’industrie par le Centre de systèmes à haute énergie et sciences (CHESS) de la DRDO, recherche un partenaire pour le développement et la production de cette charge utile HPEM. Le système sera embarqué sur une « drone-mère », dont la conception mécanique évoque un cadre hexacoptère robuste doté de baies pour accueillir la charge. Le module HPEM, logé dans un boîtier compact équipé de structures d’accès en échelle et de panneaux radiateurs marqués en jaune, garantit une modularité facilitant son déploiement sur le terrain et son entretien par les soldats en environnement austère.
Performances et caractéristiques techniques
Au cœur de ce système large bande HPEM figurent des critères stricts visant à perturber rapidement et précisément l’électronique des UAV ciblés. Le champ électrique maximal attendu est d’au moins 2 kV/m à 10 mètres en ligne de visée, délivrant une impulsion électromagnétique capable de désactiver capteurs, systèmes de navigation et liaisons de contrôle des drones ennemis, sans provoquer de dommages collatéraux. L’impulsion émise présente un temps de montée inférieur à 1 nanoseconde et une durée d’environ 2,5 nanosecondes, assurant un effet quasi instantané qui dépasse la rapidité des mécanismes de récupération habituels des drones. La fréquence de répétition des impulsions est variable, entre 100 et 1000 Hz, permettant des attaques soutenues contre des essaims, sur une large plage de fréquences couvrant 140 à 700 MHz, avec un faisceau focalisé à 20 degrés pour un engagement ciblé.
La consommation énergétique est optimisée : le système fonctionne sur une batterie standard de 24V DC avec une puissance maximale de 100 W, ce qui est compatible avec les contraintes d’endurance des drones. Les dimensions physiques du module, conformes aux plans mécaniques, privilégient une structure légère, le poids total de la charge utile étant inférieur à 15 kg. Cette configuration facilite un déploiement rapide par les fantassins ou les forces spéciales.
Ce développement fait suite à une commande récente de systèmes antimissiles portatifs par l’armée indienne, à la suite de l’Opération Sindhoor, où des incursions de drones à faible coût avaient mis en lumière des lacunes en matière de neutralisation en temps réel. Comme l’a indiqué un responsable de la DRDO, « la charge utile HPEM répond à l’impératif du ‘soft-kill’ sur les champs de bataille modernes, où les intercepteurs cinétiques se révèlent insuffisants face à des menaces agiles et à faible signature ». En s’intégrant à l’architecture ADADS, ce système pourrait devenir un élément clé d’une défense à plusieurs couches, complétant les brouilleurs et les systèmes laser pour un refus complet de l’espace aérien hostile.