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Dans le contexte d’un renforcement accéléré de la défense aérienne indienne face à des menaces croissantes, la DRDO appelle à une collaboration renforcée entre les grandes entreprises publiques et les startups innovantes. Lors de la récente réunion DRDO Industry Synergy Meet 2025 à Bengaluru, le Dr BK Das, directeur général du cluster Électronique et Systèmes de Communication, a souligné l’importance de la directive du Premier ministre Narendra Modi visant à accélérer la mise en œuvre du système Sudarshan Chakra, plaçant les startups au cœur de ce projet stratégique.

« Le Premier ministre nous a demandé de hâter la production du bouclier complet de défense aérienne. C’est le moment pour les entreprises publiques du secteur de la défense (DPSU) d’intégrer les startups », a insisté M. Das durant le forum SAMANVAY des 29 et 30 octobre, qui a rassemblé innovateurs, industriels et décideurs autour des défis technologiques locaux et des synergies industrielles.

Le projet Sudarshan Chakra constitue le cœur des discussions : ce bouclier multi-couches à l’échelle nationale est imaginé comme une « roue tournante de protection » contre diverses menaces, allant des drones furtifs aux missiles hypersoniques, en passant par les avions ennemis. Il ambitionne d’intégrer des satellites de pointe, des radars nouvelle génération et des armes à énergie dirigée (Directed Energy Weapons – DEW) telles que des lasers à haute énergie et des systèmes micro-ondes, afin d’assurer une couverture à 360 degrés des infrastructures stratégiques civiles et militaires. Le déploiement est prévu pour 2035, s’appuyant notamment sur les enseignements des récentes opérations comme l’« Operation Sindoor », où l’adaptation rapide des technologies a fait la différence.

Le Dr Das a mis en lumière les efforts de la DRDO pour renforcer l’autonomie indienne dans les technologies de poursuite (seekers) qui guident les missiles avec une grande précision. Historiquement dépendante des importations, cette technologie est désormais développée localement, avec des travaux avancés sur les seekers à radiofréquence (RF) pour le suivi toutes conditions, les seekers infrarouges imageurs (IIR) pour le verrouillage thermique des cibles, et les seekers en ondes millimétriques (mmWave) offrant une résolution élevée dans des environnements urbains ou brumeux. « L’Inde a lancé des programmes pour ses propres seekers RF, IIR et mmWave, et les startups peuvent aussi contribuer », a-t-il encouragé, invitant le secteur privé agile à rejoindre la chaîne d’innovation de la DRDO.

Cette collaboration avec les startups dépasse le cadre des seekers. M. Das a challengeé les entrepreneurs à élargir leurs ambitions : « Les startups peuvent venir nous proposer d’autres technologies. Si vous travaillez sur des avions ou des systèmes d’Alerte Avancée et Contrôle Aéroportés (AEW&C), dites-le-nous. Nous importons encore des avions. Ne pourrions-nous pas imaginer ces systèmes majeurs et produire les moteurs localement ? C’est une responsabilité collective que l’Inde ait ses propres avions de chasse utilisant une technologie nationale. » De tels partenariats permettraient de réduire la dépendance aux importations et d’insuffler de nouvelles idées dans des projets d’envergure, en résonance avec le mantra « Atmanirbhar Bharat » (Inde autonome) porté par Narendra Modi.

Ces initiatives s’inscrivent dans un vaste programme de révision interne baptisé « DRDO-2.0 », visant à renforcer l’efficacité et la compétitivité de l’organisation. « Le temps est venu pour une DRDO réformée et transformée, DRDO-2.0. Nous évaluons nos laboratoires avec des indicateurs de performance clés (KPI) robustes, basés sur des standards internationaux dans les domaines des missiles, radars, armes et autres technologies », a expliqué M. Das. Cette réforme axée sur les KPI doit permettre d’accélérer le prototypage, faciliter les transferts technologiques et garantir des chaînes d’approvisionnement fluides pour les forces en première ligne.

Le forum a également fait écho aux appels plus larges à la réforme de l’écosystème industriel de défense. Manoj Jain, président-directeur général de Bharat Electronics Limited (BEL), a présenté des calendriers ambitieux d’indigénisation complète des systèmes et sous-systèmes dans un délai de 2 à 3 ans, impliquant les entreprises publiques dans cinq ans et les semi-conducteurs dans une décennie. Par ailleurs, le Dr RA Mashelkar, ancien directeur général du Conseil de la recherche scientifique et industrielle (CSIR), a plaidé pour l’instauration d’une « politique publique d’achats innovants », suggérant de réserver 1 % des budgets sectoriels à l’acquisition de technologies de rupture pour stimuler la création locale.