La Défense Research and Development Organisation (DRDO) a lancé un appel à projets pour la soumission d’un rapport détaillé visant le développement de la robotique en orbite au service des applications spatiales indiennes. Cette initiative soutient la volonté de l’Inde d’accroître son autonomie technologique dans le domaine spatial et s’inscrit dans la vision « Atmanirbhar Bharat », tout en renforçant l’importance croissante des systèmes spatiaux à usage militaire.
Ce rapport détaillé invite l’industrie, le monde académique et les instituts de recherche à présenter des plans complets pour la conception, le développement et le déploiement de systèmes robotiques capables d’exécuter diverses tâches en orbite, notamment le service aux satellites, le nettoyage des débris spatiaux et l’assemblage de grandes structures spatiales.
La robotique orbitale fait référence à des systèmes robotiques autonomes ou semi-autonomes conçus pour fonctionner dans l’environnement de microgravité de l’espace, réalisant des manœuvres complexes sans intervention humaine directe. Ces robots, souvent équipés de manipulateurs, de capteurs et d’un contrôle piloté par intelligence artificielle, permettent d’exécuter des opérations de service en orbite (On-Orbit Servicing – OOS) qui prolongent la durée de vie des satellites, limitent les risques liés aux débris spatiaux et facilitent la construction de mégastructures telles que des stations spatiales ou des fermes solaires orbitales. À l’échelle mondiale, des agences comme la NASA (mission OSAM-1) et l’ESA (PROBA-3) sont déjà en pointe, tandis que l’entrée de l’Inde sur ce marché fait d’elle un acteur important dans ce secteur en pleine évolution.
Les principales applications visées dans l’appel à rapport sont :
- Service et ravitaillement des satellites : Des robots capables de s’arrimer à des satellites vieillissants (comme les séries INSAT ou GSAT) pour prolonger leur utilisation, évitant ainsi le coût élevé de leur remplacement, estimé entre 100 et 500 millions de dollars.
- Élimination des débris orbitaux : Face à plus de 36 000 objets de débris suivis en orbite basse (LEO), des systèmes robotisés, tels que des bras manipulateurs ou des dispositifs de capture par filet, pourraient prévenir les collisions, protégeant ainsi des actifs stratégiques comme la constellation de navigation NavIC.
- Assemblage en orbite : Faciliter la construction de grandes structures modulaires, notamment la future station spatiale indienne Bharatiya Antariksh Station (BAS) prévue pour 2035, assemblée par robots.
- Inspection et réparation : Inspection autonome des engins spatiaux à la recherche d’anomalies, intégrée aux technologies de surveillance que développe la DRDO.
Les propositions devront également répondre à des défis techniques complexes, tels que l’estimation précise de la position en microgravité, la planification de trajectoires optimisées pour économiser le carburant, et la gestion robuste des contrôles dans des environnements marqués par l’incertitude. S’appuyant sur des recherches récentes, notamment publiées dans la revue Frontiers in Robotics and AI, ces systèmes devront intégrer des techniques d’apprentissage automatique pour s’adapter en temps réel, garantissant la manipulation sécurisée des éléments sans créer de débris supplémentaires.
La gestion de cet appel à rapport est assurée par la Direction de la gestion des technologies futuristes (DFTM) de la DRDO, qui lance régulièrement des appels à propositions dans des domaines innovants. Selon les directives de la DRDO, les acteurs intéressés — qu’il s’agisse de startups comme Manastu Space Technologies (qui a récemment livré le système de propulsion écologique iBooster dans le cadre du Technology Development Fund – TDF), de grandes entreprises ou d’instituts comme les IIT — doivent soumettre des dossiers détaillant la faisabilité technique, les calendriers, les budgets et le contenu indigène (avec un objectif de 100 % sous la catégorie IDDM). Le rapport devra inclure prototypes, simulations et analyses des risques, tout en mettant l’accent sur l’intégration avec les plateformes d’ISRO telles que les lanceurs PSLV ou GSLV.
Cette annonce s’inscrit dans la continuité du financement par le Technology Development Fund (TDF) de la DRDO, qui a soutenu plus de 50 projets depuis 2016, dont la propulsion écologique testée avec succès sur le vol PSLV-C58 en 2024. Les dossiers retenus pourraient déboucher sur des projets en mode mission, à l’image du transfert de technologie réalisé en décembre 2024 pour un système de propulsion à base de peroxyde d’hydrogène testé pour la mise en orbite et la désorbitation. Une collaboration étroite avec l’ISRO est attendue, notamment dans le cadre des programmes conjoints Gaganyaan et la future mission lunaire LUPEX en partenariat avec la JAXA.
| Aspects clés de l’appel à rapport | Détails |
|---|---|
| Objectif | Développer des robots pour le service en orbite (OOS), incluant manipulateurs, mécanismes d’arrimage et commandes pilotées par IA pour applications spatiales. |
| Éligibilité | Industries indiennes, universités, PME, startups ; démonstration d’expertise technique et droits de propriété intellectuelle requis. |
| Champ d’application | Estimation de position (vision, rayons X, apprentissage automatique), planification de mouvements optimisant le carburant, contrôle en retour pour scénarios coopératifs et incertains. |
| Délais | Date limite probable de soumission du rapport : entre 3 et 6 mois après l’appel (à confirmer via les canaux officiels DRDO). |
| Financement | Subventions possibles via le TDF pouvant atteindre 10 crores INR par projet ; compensation encouragée pour l’implication du secteur privé. |
| Critères d’évaluation | Innovation, faisabilité, intégration locale, adéquation avec les besoins militaires (ex. protection des satellites GSAT-7A). |