Article de 625 mots ⏱️ 3 min de lecture

Dans une avancée modeste mais cruciale vers l’autonomie complète des systèmes auxiliaires navals, l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO) a lancé une demande d’information (RFI) dans le cadre de son programme de Fonds de Développement Technologique (TDF) pour la conception et le développement d’un compresseur marin autochtone destiné aux navires de la Marine indienne et de la Garde-côtière.

Depuis des décennies, tous les navires de guerre indiens — du plus petit patrouilleur côtier au porte-avions INS Vikrant — dépendent de compresseurs importés, principalement auprès de fabricants européens (Bitzer, Bock), japonais (Daikin, Mitsubishi) ou américains (Carrier, Trane). Bien que fiables, ces équipements engendrent des dépendances coûteuses : prix élevés des pièces de rechange, délais importants lors des maintenances, vulnérabilité face aux régimes de contrôle à l’exportation et risques constants d’obsolescence lorsque le constructeur étranger cesse la production.

Le compresseur doit fonctionner de manière irréprochable dans les conditions marines les plus sévères : températures ambiantes pouvant atteindre 45 °C, embruns salés, fonctionnement continu 24h/24, humidité relative souvent supérieure à 95 % et mouvements permanents du navire. Il doit assurer une capacité de refroidissement s’étendant de 50 à 300 tonnes de réfrigération (TR) selon la classe du navire, utiliser des réfrigérants écologiques (R-134a ou alternatives à faible PRG) et garantir une durée de vie minimale de 30 000 heures de fonctionnement avec un entretien réduit.

Au-delà du confort de l’équipage en zone tropicale, l’enjeu est stratégique. Les navires modernes sont comparables à des centres de données flottants, renfermant des systèmes de gestion de combat, radars, sonars et équipements électroniques de guidage de missiles générant une chaleur importante. Une défaillance du compresseur lors d’une mission prolongée peut entraîner une dégradation des performances des capteurs AESA, des suites de guerre électronique ou des systèmes de lancement vertical.

Le cahier des charges du TDF est clair : le compresseur et ses systèmes de contrôle doivent être conçus et fabriqués intégralement en Inde, avec une attention particulière portée aux matériaux résistant à la corrosion (échangeurs en titane ou cupro-nickel, carters en aluminium marin, parties internes revêtues d’époxy), à l’absorption des vibrations et à un encombrement réduit pour s’adapter aux espaces machines exigus.

Selon des sources industrielles, le DRDO est ouvert aux architectures de compresseurs à spirale comme à vis, à condition que le partenaire industriel indien (PME ou acteur établi) puisse présenter un prototype fonctionnel en moins de 24 mois et entamer les essais utilisateurs dans les 36 mois suivants. Les développeurs retenus bénéficieront d’un financement pouvant atteindre 10 crores de roupies, d’un transfert complet de technologie et d’une priorité pour les commandes en série auprès des chantiers Mazagon Dock, Garden Reach, Goa Shipyard et Cochin Shipyard.

L’impact sera immédiat : une fois certifié, ce compresseur autochtone équipera non seulement les destroyers, frégates, corvettes en service, mais aussi ceux en cours de construction. Il sera également intégré de série aux futures patrouilleurs hauturiers de nouvelle génération (NGOPV), aux navires de surveillance hydrographique et aux futurs bâtiments de projection amphibie.

Plus important encore, il constitue une réponse aux vulnérabilités pouvant être exploitées par des adversaires via des sanctions ou des sabotages des chaînes d’approvisionnement. En période de tensions accrues, aucun fournisseur étranger — même allié — ne peut assurer la disponibilité ininterrompue des pièces nécessaires au maintien opérationnel d’un système de combat embarqué sur un destroyer.