Malgré une légère amélioration des taux d’interception, la campagne aérienne russe contre l’Ukraine ne montre aucun signe d’accalmie en novembre, avec une pression constante sur les infrastructures énergétiques, les villes et les populations civiles.
Selon la dernière édition de l’Ukraine Air War Monitor publiée par Kyiv Dialogue, la situation est qualifiée « d’extrêmement critique » alors que la Russie combine un usage massif de drones avec des frappes de missiles de croisière et balistiques. Depuis 2022, l’Ukraine a perdu environ 70 % de sa capacité de production électrique, et les attaques ciblées de novembre ont de nouveau provoqué d’importantes coupures de courant, mettant à rude épreuve les réseaux de chauffage à l’approche de l’hiver.
Le rapport souligne une augmentation continue de l’utilisation de drones longue portée par la Russie. En novembre, 5 444 drones longue portée ont été déployés, soit une hausse de 3 % par rapport à octobre. Les lancements de missiles de croisière ont diminué à 108, tandis que 106 missiles balistiques ont été utilisés. Sur sept nuits différentes, plus de 400 attaques de drones ont été recensées, dont une offensive massive le 29 novembre impliquant 596 drones, illustrant l’ampleur et la persistance de la campagne russe.
Les chercheurs relèvent également des signes d’adaptation russe. Pour la première fois, un missile air-air R-60 a été retrouvé intégré à un drone Shahed abattu, indiquant des expérimentations de nouvelles tactiques d’engagement. De plus, de nouvelles variantes fournies par l’Iran, comme le Shahed-107, élargissent les capacités de reconnaissance et de frappe disponibles pour les forces russes.
Du côté ukrainien, des progrès technologiques significatifs sont constatés en matière de défense aérienne, notamment avec les drones intercepteurs. L’Ukraine a lancé la production en série du drone Octopus et déploie le drone Sting contre les systèmes russes Geran-3. Par ailleurs, la France fournit un concept de défense multicouche basé sur des drones FPV. Cependant, les auteurs insistent sur le fait que ces avancées ne suppriment pas la dépendance ukrainienne au soutien occidental, notamment pour les systèmes de défense aérienne Patriot, les missiles intercepteurs, les munitions et l’équipement de guerre électronique.
L’étude met un accent particulier sur l’importance croissante des capacités de frappe de précision en profondeur à l’approche de 2026. Elle estime que pour perturber les chaînes logistiques et de production russes, l’Ukraine devra frapper avec davantage de précision des cibles militaires situées en territoire russe. Les systèmes locaux tels que Flamingo, Long Neptune et Sapsan manquent encore de charge utile suffisante pour jouer ce rôle à grande échelle. En conséquence, le rapport avertit que la poursuite des livraisons occidentales de systèmes longue portée, comme Storm Shadow ou SCALP-EG, ATACMS ou Taurus, reste indispensable pour éviter un déficit capacitaire qui pourrait affaiblir la position militaire de l’Ukraine et son influence dans d’éventuelles négociations futures.
Enfin, l’Ukraine Air War Monitor s’appuie sur une base de données recensant plus de 70 000 frappes aériennes russes documentées contre des cibles civiles depuis l’automne 2022. Ses auteurs déclarent vouloir fournir des recommandations basées sur des données fiables afin d’améliorer le soutien occidental à la protection des villes ukrainiennes et de renforcer la sécurité européenne globale.