La multiplication des signalements de drones suspects dans plusieurs pays européens a largement accru la tension au sein des instances de défense, notamment chez les partenaires de l’OTAN. Face à ces incidents, probablement liés à l’utilisation de drones russes, la pression monte sur l’Europe pour renforcer ses capacités de contre-drones.
Dans une communication diffusée tardivement un samedi soir, le ministère allemand de la Défense a annoncé le déploiement prochain de moyens spécialisés lors d’une réunion informelle des chefs d’État et de gouvernement de l’UE, prévue début octobre 2025 à Copenhague.
« Le ministère de la Défense danois a sollicité l’aide de plusieurs pays, dont l’Allemagne, pour sécuriser cette réunion face aux récents incidents majeurs impliquant des véhicules aériens sans pilote non identifiés, observés notamment autour des infrastructures civiles et militaires au Danemark », précisait le communiqué.
Le ministre allemand Boris Pistorius et le chef d’état-major, le Général Carsten Breuer, ont décidé d’apporter un soutien dans le domaine des systèmes de lutte contre les petits drones (C-sUAS). Des équipes précurseurs seront bientôt déployées sur place en coopération avec les autorités danoises, suivies rapidement des forces principales.
Par ailleurs, au titre de la mission BALTRIC SENTRY, l’OTAN prévoit d’engager la frégate HAMBURG ainsi que d’autres unités potentielles.
Cependant, les capacités exactes mises en œuvre par la Bundeswehr restent confidentielles pour des raisons de sécurité militaire. En effet, l’armée allemande ne dispose pas encore de solutions pleinement opérationnelles pour neutraliser cinétiquement de petites drones, c’est-à-dire capables de les abattre physiquement. Les systèmes optimisés pour ce type de menaces ne sont quasiment pas disponibles à ce jour.
« Sur le plan de la lutte contre les drones, nous n’avons rien à cacher ! », assurait fin septembre le Général Breuer lors d’une démonstration de défense anti-drones par le régiment de protection d’objets de la Luftwaffe sur le terrain d’entraînement de Bergen. Toutefois, l’arsenal actuel repose principalement sur des contre-mesures électroniques, notamment des brouilleurs et des systèmes capables d’interrompre la commande à distance des appareils pour les contraindre à se poser.
De plus, des drones intercepteurs commencent à être introduits, y compris au profit de la Bundeswehr. Ces systèmes, dont le développement originel remonte à une collaboration avec l’Université militaire de Hambourg, bénéficiaient du soutien du ministère des Transports il y a déjà cinq ans, soulignant la lenteur des progrès dans ce domaine en Allemagne.
Par ailleurs, une modification rapide de la loi sur la sécurité aérienne a été annoncée par le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt, visant à permettre aux forces armées d’abattre des drones sur le territoire national en cas de besoin. Cette annonce, bien que récente, s’inscrit en fait dans un processus initié dès janvier 2025 par l’ancienne coalition gouvernementale. Le projet avait toutefois été mis en pause en raison des élections législatives, et reste conditionné à la disponibilité effective d’équipements adaptés, qui font toujours défaut.
Le sujet de la lutte anti-drones révèle donc d’importantes difficultés opérationnelles et réglementaires, un point récemment résumé par l’expert en cybersécurité et infrastructures critiques Manuel Atug dans une émission du ZDF intitulée « Défense contre les drones : trop lente, insuffisante ».
(Photo d’archive, 18 septembre 2025 : des militaires du régiment de protection d’objets de la Luftwaffe présentent au Général Carsten Breuer, sur le terrain de Bergen, des capacités de lutte anti-drones, notamment le brouilleur HP47 – Jankowski/Bundeswehr via Instagram)