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Le salon Defence and Security Equipment International (DSEI), qui s’est tenu du 9 au 12 septembre au centre ExCeL de Londres, a impressionné par son envergure exceptionnelle. Avec plus de 60 000 visiteurs répartis sur quatre jours et environ 1 700 exposants venus d’au moins 37 pays, cette édition a battu tous les records et confirmé son statut de plus grand rendez-vous européen de l’armement.

Le salon s’étendait sur l’ensemble du site des Docklands, occupant les halls historiques ainsi que les extensions récentes, avec des zones dédiées au cyber, à l’autonomie et aux petites entreprises innovantes. La taille de l’événement se traduisait dans les déplacements : parcourir 850 mètres pour assister à une conférence était monnaie courante, transformant le DSEI en véritable “ville temporaire” aux flux humains intenses et aux quartiers thématiques distincts.

Cette édition se tenait dans un contexte marqué par plusieurs évolutions majeures du secteur de la défense. La revue stratégique publiée plus tôt en 2025 fixait des objectifs ambitieux de dépenses : 2,6 % du PIB d’ici 2027, puis une poussée à 3 % lors du prochain Parlement et 3,5 % à l’horizon des années 2030. Par ailleurs, le gouvernement britannique a annoncé un plan de 773 millions de livres destiné à stimuler la croissance dans l’économie de défense, avec un engagement à porter les investissements directs du ministère de la Défense auprès des PME à 7,5 milliards de livres d’ici 2028. Rheinmetall a profité du salon pour présenter sa nouvelle usine “Gun Hall” à Telford, qui produira dès 2026 des tubes d’artillerie de 155 mm et des canons de char de 120 mm dans le cadre d’un partenariat bilatéral entre le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Au niveau européen, les dépenses de défense des États membres de l’UE devraient atteindre 381 milliards d’euros en 2025, dépassant largement la norme OTAN de 2 % du PIB pour beaucoup d’entre eux. Les pays nordiques se distinguent par leur rapidité : le Danemark est même en passe d’atteindre 3 % du PIB avant les projections les plus optimistes du Royaume-Uni, tandis que la Finlande, avec son modèle intégré de sécurité, est souvent présentée en référence. L’industrie allemande, quant à elle, dominaient plusieurs halls, attirant de nombreux délégués et journalistes.

Le salon incarnait la devise des organisateurs, “Préparer la force de demain”, mettant en lumière des technologies d’avenir. La zone technologique était particulièrement animée, avec des démonstrations d’intelligence artificielle, de systèmes autonomes et d’outils cyber-électro-magnétiques. Les conférences ont insisté sur la résilience des chaînes d’approvisionnement, la coopération au sein de l’OTAN et les nouveaux partenariats industriels. Toutefois, cette dynamique s’accompagnait d’un sentiment de frustration palpable, surtout parmi les PME, qui déploraient la lenteur des processus d’acquisition et les retards dans les contrats. Les forces armées britanniques reconsidéraient leurs priorités budgétaires en déplaçant des fonds des programmes existants vers de nouveaux projets, risquant ainsi de fragiliser les deux.

Si les ministres réaffirmaient l’objectif d’atteindre 3 % du PIB en dépenses de défense, les industriels regrettaient l’absence d’une feuille de route détaillée indiquant les modalités et le calendrier de ces investissements, freinant les décisions d’expansion. La politique britannique d’acheter uniquement des matériels produits localement, destinée à renforcer la résilience et maintenir l’emploi, était aussi remise en question : créer de nouvelles chaînes de production et d’approvisionnement nécessitait généralement cinq ans, alors que la demande d’équipement était immédiate. Pour certaines capacités de pointe, les États-Unis restaient une source privilégiée, avec des délégations américaines très sollicitées. Quelle que soit la volonté européenne d’autonomie, la technologie américaine demeurait essentielle.

La dimension politique s’est aussi exprimée tout au long de la semaine. Le gouvernement britannique a interdit aux officiels israéliens d’assister officiellement au salon, même si de nombreuses entreprises israéliennes étaient présentes. Cet arbitrage, pour certains une position de principe, pour d’autres une mesure imparfaite, a suscité des tensions. Des manifestations visaient la présence d’exportateurs originaires de certains pays, rappelant que les salons d’armement ne sont plus isolés de l’opinion publique. Les grèves de cheminots du syndicat RMT ont en outre perturbé la logistique du salon, affectant les délégations et les plannings, et irritant les organisateurs qui considéraient la fiabilité comme un élément clé de la réputation britannique en matière de défense. Le soutien au syndicat était peu perceptible dans les halls.

Malgré ces défis, les organisateurs ont considéré l’édition 2025 comme un succès, battant des records de fréquentation et créant un espace qui ressemblait autant à un sommet diplomatique qu’à une foire commerciale. Ils ont agrandi la place des PME, associé d’importantes annonces au salon, et repositionné le DSEI au-delà d’un simple marché d’armements, en un carrefour stratégique pour la préparation de la défense occidentale.

Si le Royaume-Uni reste l’hôte du principal salon mondial dans le domaine, d’autres alliés paraissent plus décisifs. Le Danemark et la Finlande accélèrent leurs budgets, l’industrie allemande investit massivement, et les délégations nordiques affichent une réelle confiance. En comparaison, le Royaume-Uni semble suspendu entre rhétorique ambitieuse et hésitations financières.

Le DSEI 2025 a démontré une organisation impressionnante et une étendue notable, tout en reflétant les défis du secteur de la défense britannique. Rassembler le monde autour de la table est une réussite, mais sans réforme des procédures d’acquisition, sans engagement financier clair et sans industrialisation plus fluide, Londres risque d’être perçu surtout comme un facilitateur plutôt qu’un leader.

Le travail des organisateurs est accompli. Il appartient désormais au gouvernement et à l’industrie de transformer cette ambition mise en lumière aux Docklands en capacités opérationnelles concrètes.