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Chaque jour apporte son lot d’événements. Les alliances évoluent, les dirigeants changent, et de nouveaux conflits surgissent. Cette synthèse vous aide à y voir plus clair. Chaque semaine, des experts analysent en profondeur une actualité mondiale pour mieux en comprendre les enjeux.

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La semaine dernière, le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un s’est rendu en Russie, une visite rare hors de ses frontières, où il a rencontré le président russe Vladimir Poutine. Ce déplacement a ravivé les craintes d’un renforcement des transferts d’armes et de technologies entre les deux pays, hostiles à l’Occident. Il est notamment redouté que la Corée du Nord fournisse à la Russie des munitions indispensables pour son conflit en Ukraine. Trois experts ont été sollicités pour analyser la portée de ce partenariat et ses implications pour la sécurité occidentale.

Jenny Town
Chercheuse senior au Stimson Center et directrice de 38 North

La Russie et la Corée du Nord n’avaient pas besoin d’un sommet officiel pour négocier un accord militaire. Toutefois, cette rencontre entre Poutine et Kim signalerait que Moscou considère comme prioritaire le développement d’une coopération militaire accrue avec Pyongyang, indépendamment des sanctions internationales et des réactions de la communauté mondiale. Ce virage est significatif et devrait permettre à la Corée du Nord d’accélérer ses progrès dans des domaines clés tels que la propulsion de fusées et la mise en place de satellites militaires, tout en renforçant ses capacités conventionnelles. Ce partenariat ne sert pas que la sécurité nord-coréenne, il participe aussi à la compétition politique et militaire plus large menée par la Russie contre l’Occident. La gravité de cette alliance reste à évaluer, mais elle illustre clairement le renforcement des blocs de sécurité et la montée des tensions régionales.

Ankit Panda
Chercheur senior au Carnegie Endowment for International Peace, programme sur la politique nucléaire

Russie et Corée du Nord ont beaucoup à gagner l’une de l’autre dans le contexte géopolitique actuel, mais leur rapprochement repose surtout sur une logique transactionnelle. Par conséquent, leur coopération ne devrait pas en soi intensifier significativement la menace que chacun d’eux fait peser individuellement sur les intérêts occidentaux. Pour la Russie, les munitions nord-coréennes représentent un moyen de reconstituer ses stocks d’armes conventionnelles, essentiels face à une éventuelle confrontation avec l’OTAN. Pour la Corée du Nord, le soutien russe dans le domaine spatial favorise la modernisation de ses capacités militaires fondamentales, avec une priorité donnée aux satellites.

Jonathan Corrado
Directeur des politiques à The Korea Society et chargé de cours à l’Université SUNY de Stony Brook

Le renforcement des liens avec la Russie procure à Kim Jong Un non seulement des avantages économiques et des technologies militaires essentielles, mais lui offre aussi l’opportunité de jouer sur les rivalités entre ses adversaires. Il s’inscrit ainsi dans la continuité des stratégies de son grand-père, Kim Il Sung, qui dans les années 1950 avait su maintenir un équilibre diplomatique en signant des traités de défense à la fois avec l’Union soviétique et la Chine populaire, malgré les inquiétudes soviétiques à propos de son culte de la personnalité. Méfiant à l’égard d’une dépendance excessive envers Pékin, ce sommet avec Poutine ouvre la voie à une attitude plus provocatrice de la part de Kim Jong Un. Il faut s’attendre à une intensification des provocations, à une prolifération à double sens, ainsi qu’à des avancées potentielles dans le développement d’armes.

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