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Le monde évolue constamment. Les alliances se redéfinissent, les dirigeants changent, et les conflits éclatent. Chaque semaine, des experts analysent un événement majeur pour vous aider à mieux comprendre les enjeux mondiaux.

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La semaine dernière, l’Azerbaïdjan a lancé une opération militaire dans l’enclave séparatiste du Haut-Karabakh, peuplée d’environ 120 000 Arméniens ethniques. Cette offensive, d’une durée d’à peine 24 heures, s’est conclue par un cessez-le-feu qui a placé l’ensemble du territoire sous le contrôle total de Bakou. Depuis, environ 13 000 Arméniens ont fui la région, tandis que le gouvernement arménien dénonce une « épuration ethnique » en cours. Trois experts ont été sollicités pour expliquer les raisons de cette nouvelle vague de violence, ses conséquences possibles, et son impact sur les pays voisins.

Richard Giragosian
Directeur, Regional Studies Center

Lors de l’assaut militaire du 19 septembre, les forces azerbaïdjanaises ont rapidement remporté une victoire éclatante sur la population arménienne du Haut-Karabakh. Cette victoire, qui a contraint les Arméniens du Karabakh à accepter un cessez-le-feu humiliant, s’est concrétisée en moins de 24 heures. La reddition du Haut-Karabakh a représenté un coup dur, notamment du fait de l’accord de désarmement de l’armée locale, privant ainsi la population arménienne de son dernier moyen de dissuasion et de protection. Toutefois, cette offensive n’était ni nouvelle ni surprenante, puisqu’elle s’inscrit dans la continuité de la guerre de 2020, une victoire azerbaïdjanaise incomplète ayant précipité cette nouvelle attaque. En réalité, l’objectif d’Azerbaïdjan reste encore partiellement atteint : il vise très probablement la conquête complète du Haut-Karabakh, accompagnée de l’expulsion de la population arménienne restante.

Pınar Sayan
Maître de conférences, Département de science politique et relations internationales, Beykoz University &
Chercheuse, Istanbul Political Research Institute

La seconde guerre du Haut-Karabakh en 2020 a abouti à une victoire militaire de l’Azerbaïdjan, mais le statut final du conflit n’a toujours pas été réglé trois ans plus tard, malgré deux processus de négociation distincts initiés par la Russie et l’Union européenne. Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan tente d’exercer pleinement sa souveraineté sur la région par la force militaire. Le sort et les droits des Arméniens du Karabakh restent des questions essentielles. Un autre point crucial concerne le « corridor de Zangazour », que l’Azerbaïdjan souhaite établir pour relier sa région autonome de Nakhitchevan au reste du pays. Bien qu’Arménie et Azerbaïdjan aient accepté l’ouverture d’une liaison, Erevan refuse le concept même de corridor, qui soulève des questions de souveraineté sur son propre territoire internationalement reconnu.

Alex Vatanka
Directeur, Programme Iran
Middle East Institute

Le conflit du Haut-Karabakh a des répercussions qui dépassent l’Azerbaïdjan et l’Arménie, impliquant également d’autres puissances régionales, notamment l’Iran. Depuis la chute de l’Union soviétique en 1991, Téhéran a adopté une position secondaire dans le Caucase du Sud, acceptant l’influence dominante de Moscou. Aujourd’hui, voyant Moscou absorbé par la guerre en Ukraine, l’Iran craint que les victoires militaires de l’Azerbaïdjan en 2020 puis récemment ne renforcent deux rivaux stratégiques : la Turquie et Israël, tous deux cruciaux dans le succès de Bakou. L’inquiétude principale de Téhéran ne porte pas tant sur Bakou que sur l’influence turco-israélienne visant à déstabiliser l’Iran. En particulier, l’incitation exercée sur les plus de 20 millions d’Azerbaïdjanais ethniques vivant en Iran représente une menace pour l’intégrité territoriale iranienne. Pour l’heure, l’Iran insiste pour que l’Azerbaïdjan mette fin à ce cycle de combats et évite d’étendre le conflit à l’Arménie proprement dite. Dans cette volonté, Téhéran privilégiera ses échanges avec Moscou, mais aussi avec les États-Unis et l’Europe. En cas d’échec, un conflit direct entre l’Iran et l’Azerbaïdjan demeure envisageable si Bakou tente d’envahir militairement le sud de l’Arménie, frontalier de l’Iran. Téhéran a clairement indiqué qu’il ne tolérerait pas une redéfinition des frontières internationales dans le Caucase du Sud.

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