La session annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies s’est officiellement concentrée cette année sur les Objectifs de développement durable et les enjeux tels que le changement climatique et la gouvernance de l’intelligence artificielle. Pourtant, lors de la semaine des rencontres de haut niveau du 22 au 30 septembre, les conflits mondiaux les plus pressants ont largement alimenté tant les discours officiels que les discussions informelles. La crise israélo-palestinienne et la guerre civile toujours en cours au Myanmar ont fait l’objet d’événements dédiés, tandis que d’autres conflits ont également occupé une place importante dans les interventions et réunions parallèles.
Pour mieux comprendre les implications, cinq experts ont été sollicités pour évaluer ce que cette Assemblée générale signifie pour les guerres en Ukraine, à Gaza, au Myanmar et au Soudan, ainsi que pour le programme nucléaire iranien et les risques connexes d’une escalade régionale.
Paul Poast
Professeur associé au département de science politique de l’université de Chicago
L’allocution du président américain Donald Trump fut sans doute l’événement le plus attendu et commenté de cette 80e Assemblée générale. Son discours lui a offert une tribune pour vanter son rôle de faiseur de paix tout en critiquant les échecs de l’ONU sur ce sujet. Sans entrer dans le détail de la véracité de sa déclaration selon laquelle il aurait « résolu » sept guerres, il a reconnu que l’une d’elles – la guerre en Ukraine – échappait à ses efforts : « [Parmi] les sept guerres que j’ai arrêtées, je pensais que celle-là serait la plus facile en raison de ma relation avec le président Poutine, qui avait toujours été bonne. » Ce qui semble désormais faire la différence, c’est son rapport intermittent avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Après leur rencontre bilatérale lors de l’Assemblée générale, Trump semble modérer son discours sur le conflit, ne condamnant plus une défaite inévitable de l’Ukraine.
Zaha Hassan
Chercheuse principale au Carnegie Endowment for International Peace
La guerre d’Israël sur Gaza et la « question palestinienne » ont dominé les discours de presque tous les pays lors de l’ouverture du débat général à l’Assemblée générale. La raison est limpide : la capacité des États membres à agir collectivement de manière efficace pour mettre fin à ce qui a été officiellement reconnu comme un génocide contre les Palestiniens déterminera si l’ONU conserve sa pertinence pour le maintien de la paix et la sécurité internationales. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a orienté Israël et les Palestiniens dans une trajectoire préoccupante. La bonne nouvelle est que la grande majorité des 193 États membres a commencé – certes tardivement – à agir pour défendre les principes de l’ONU au bénéfice de tous, en reconnaissant un État palestinien, en déployant des navires pour protéger une flottille humanitaire vers Gaza, et en imposant des embargos sur les armes à Israël. À l’image des temps présents, le président américain a semblé davantage agacé par les dysfonctionnements techniques de l’Organisation que par les débats eux-mêmes.
Ashley Jackson
Co-fondatrice du Centre sur les groupes armés
Le Soudan a largement occupé la rhétorique diplomatique lors de cette Assemblée générale, mais les résultats restent incertains. Ce pays illustre comment les conflits actuels exploitent sans vergogne la famine et les sièges comme armes de guerre. À Darfour, la famine a été officiellement déclarée en 2024 et des centaines de milliers de civils restent piégés dans des villes sans accès à la nourriture ni aux médicaments. Ce conflit démontre aussi l’incapacité des Nations unies à prendre les mesures politiques nécessaires pour mettre fin à la souffrance des civils. Le Conseil de sécurité a renouvelé les sanctions attendues et un « plan d’action » a été adopté avant l’Assemblée générale par le groupe dit du Quad, composé des États-Unis, des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte. Cette initiative diplomatique constitue la perspective la plus prometteuse depuis le déclenchement du conflit il y a deux ans. Reste à savoir si les forces armées soudanaises, les Forces de soutien rapide, ainsi que leurs soutiens étatiques, notamment aux Émirats, accepteront ces termes et mettront un terme aux combats.
Ye Myo Hein
Chercheur principal à l’Institut pour la paix en Asie du Sud-Est
Le cas du Myanmar illustre de manière criante l’échec des Nations unies. La junte militaire y a provoqué l’une des pires catastrophes humanitaires mondiales. Par ailleurs, des puissances majeures, en particulier la Chine, ne se contentent pas d’une indifférence coupable, elles favorisent activement la brutalité du régime. Ce phénomène reflète un désordre mondial dangereux dans lequel certaines puissances irresponsables protègent et renforcent les tyrans. Dans ce contexte, l’ONU risque de perdre toute capacité d’action effective.
L’Assemblée générale a inclus une conférence de haut niveau sur le sort des Rohingyas et d’autres minorités ciblées depuis longtemps par l’armée. Mais le débat a mis en lumière une dure réalité : l’ONU a systématiquement échoué à assurer sa responsabilité de protection envers ces populations.
Les États membres doivent prendre des mesures concrètes pour garantir une réelle protection. Deux priorités s’imposent : d’une part, rejeter catégoriquement les élections truquées que la junte prépare, destinées uniquement à légitimer son pouvoir ; d’autre part, préserver la position de U Kyaw Moe Tun, représentant permanent du Myanmar à l’ONU, qui a eu le courage de défier le coup d’État et demeure une voix indispensable du peuple birman sur la scène internationale.
Ellie Geranmayeh
Directrice adjointe de programme et chercheuse principale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord au Conseil européen des relations internationales
S’agissant de l’Iran, l’Assemblée générale a surtout mis en lumière un échec diplomatique. Les dernières tentatives pour prolonger le mécanisme dit de « snapback » ont échoué, ce qui signifie la fin officielle de l’accord sur le nucléaire de 2015. Les pays européens ont poussé en faveur du snapback, perdant ainsi l’un des rares leviers concrets dont disposaient encore vis-à-vis de Téhéran. Ironie du sort, le président iranien est rentré chez lui alors que toutes les sanctions onusiennes initialement levées ont été rétablies, à un moment où le programme nucléaire de son pays avait déjà été fortement affecté par la guerre commencée en juin. Les États-Unis n’ont pas non plus réussi à utiliser ces sanctions pour contraindre l’Iran à céder sur ses revendications maximalistes.
À l’avenir, Washington devrait adopter une approche plus stricte dans l’application des sanctions ciblant les secteurs de l’énergie et des finances. Par ailleurs, l’incertitude persiste quant au sort des stocks d’uranium hautement enrichi de l’Iran, ce qui augmente le risque de nouvelles frappes israéliennes. Sous des pressions internes et externes sans précédent, le gouvernement iranien se tourne vers la Russie, la Chine, le Pakistan et l’Arabie saoudite pour traverser cette crise. Téhéran semble néanmoins encore ouvert à la diplomatie avec Washington, mais uniquement dans le cadre d’un véritable processus de négociation et non d’un diktat.