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Dans une course aux armements sous-marine qui s’intensifie dans l’Indo-Pacifique, l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO) s’apprête à dévoiler une nouvelle génération de sa torpille lourde électronique (EHWT), conçue pour traquer les sous-marins à des profondeurs allant jusqu’à 800 mètres. Cette amélioration vise à combler une faille critique : si l’EHWT actuelle peut plonger jusqu’à 600 mètres, les nouvelles menaces, comme les sous-marins nucléaires d’attaque de classe Shang Type 093 chinois, conçus pour évoluer jusqu’à 700 mètres, pourraient échapper aux contre-mesures indiennes à ces profondeurs.

L’EHWT, également appelée Takshak, représente l’apogée de la technologie indigène indienne en matière de torpilles. Elle est intégrée aux sous-marins de classe Kalvari dans le cadre d’un contrat récent de 335 millions de dollars signé avec le groupe Naval français. Alors que la Marine indienne envisage de disposer de 18 à 24 sous-marins classiques d’ici 2030, cette extension de la profondeur opérationnelle pourrait constituer un avantage déterminant dans la guerre anti-sous-marine (ASM), assurant une réponse équilibrée face aux ambitions croissantes de la Marine populaire de libération (PLAN) dans les eaux océaniques profondes.

Développée par le Laboratoire des sciences et technologies navales (NSTL) de la DRDO à Visakhapatnam, l’EHWT est une torpille filoguidée de 533 mm de diamètre, équipée d’une ogive de 300 kg et capable de dépasser les 40 nœuds contre des cibles de surface et submergées. Longue de 6 mètres, elle intègre des technologies avancées de sonar, une résistance aux contre-mesures électroniques et un guidage autonome dans un rayon d’action d’environ 40 km, en faisant l’élément clé des tubes lance-torpilles des Kalvari.

Cependant, sa profondeur opérationnelle limitée à 600 mètres, comparable à celle de la torpille légère Varunastra, constitue un handicap tactique. Dans les déploiements océaniques stratifiés, où les sous-marins se positionnent à différentes profondeurs pour tendre des embuscades ou échapper à la détection, ce plafond limite la poursuite des appareils opérant plus en profondeur. Des essais menés depuis 2023 ont validé la létalité de l’EHWT dans des régimes plus faibles, mais des sources proches du dossier insistent sur le fait que « les progrès des adversaires exigent une réévaluation », ce qui a motivé le programme de développement d’une nouvelle variante au NSTL.

La classe Shang Type 093 chinoise illustre parfaitement cet enjeu croissant. Avec six unités en service et d’autres en construction, ces sous-marins nucléaires d’attaque de 6 000 tonnes peuvent plonger jusqu’à environ 700 mètres selon les évaluations des services de renseignement, ce qui leur permet de patrouiller durablement dans les zones abyssales de l’océan Indien. Les évolutions Type 093B, équipées de pompes plus silencieuses et de batteries au lithium, étendent la durée des missions à plus de 30 jours, rendant leur détection acoustique plus complexe. Dans une éventuelle situation de blocus du détroit de Malacca, un Shang évoluant à 650 mètres pourrait coordonner le lancement de missiles de croisière sans être repéré par les torpilles classiques en service.

Les sous-marins d’attaque diesel-électriques russes (SSK) repoussent aussi les limites, avec des constructions expérimentales à coque en titane telles que la classe Sierra capables de descendre régulièrement à plus de 500 mètres et d’effectuer des plongées d’essai jusqu’à 1 000 mètres. La classe Alfa, un vestige de la Guerre froide dotée de sphères en titane, a atteint 900 mètres, mais ces exploitations restent exceptionnelles, réservées à des coques spécialisées en raison du coût élevé du titane et des difficultés de soudure associées. En Inde, la flotte classique repose sur des sous-marins en acier évoluant généralement à 300-400 mètres ; le véritable défi demeure la flotte chinoise de plongeurs profonds produits en masse.

Des sources proches du dossier soulignent cette asymétrie stratégique : « Les adversaires progressent, il faut répondre. » Les exercices récents de la PLAN aux abords des îles Andaman, simulant des manœuvres d’évasion en profondeur, ont renforcé ce sentiment d’urgence, en phase avec l’augmentation prévue du budget R&D de la DRDO pour l’ASM en 2026.

La nouvelle itération de l’EHWT, prévue pour une validation conceptuelle à la mi-2026, intégrera une coque renforcée, des batteries améliorées tolérant une pression hydrostatique correspondant à 800 mètres, soit environ 80 atmosphères, ainsi qu’un système de contrôle de flottabilité adaptatif. S’appuyant sur la technologie des batteries argent-zinc de la Varunastra, une évolution vers des batteries lithium-ion est envisagée pour prolonger l’autonomie, couplée à un profilage de profondeur piloté par intelligence artificielle permettant des ajustements dynamiques de trajectoire.

Le calendrier du NSTL prévoit des essais en mer au large de Visakhapatnam entre 2027 et 2028, avec une induction complète ciblée sur les sous-marins du Projet 75(I). Le coût estimé pour les prototypes se situerait entre 500 et 700 crores de roupies, tirant parti du partenariat avec Naval Group pour des synergies avec les systèmes air-independent propulsion (AIP).