Alors que l’Inde poursuit la modernisation de sa force aérienne, l’ancien chef de l’Indian Air Force (IAF), le maréchal de l’air BS Dhanoa, s’est exprimé sur les offres russes concernant le chasseur furtif de cinquième génération Sukhoi Su-57. Interrogé sur la pertinence de cet appareil pour l’IAF, Dhanoa a rappelé que son équipe avait fourni au gouvernement une analyse détaillée, bien que confidentielle, lors de son mandat entre 2017 et 2019. Cette prise de parole intervient alors que la Russie propose une coproduction du Su-57 en Inde, potentiellement via Hindustan Aeronautics Limited (HAL), en réponse aux alternatives occidentales comme le F-35.
Le contexte est crucial : l’IAF accuse un déficit de ses escadrons, qui sont passés de 42 autorisés à seulement 31, tandis que les tensions persistent le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) avec la Chine. La recherche de chasseurs modernes s’intensifie à ce titre. La proposition russe inclut une production locale liée à la chaîne existante d’assemblage des Su-30MKI, relançant ainsi le débat entre développement national et acquisitions rapides.
Le Su-57, baptisé « Felon » par l’OTAN, a été proposé dès le début des années 2010 dans le cadre du programme FGFA (Fifth Generation Fighter Aircraft), issu d’un partenariat avec le prototype russe PAK FA. Ce projet a été abandonné en 2018 en raison de désaccords sur les coûts, le transfert de technologie et la maturité de l’avion. En 2025, Moscou insiste de nouveau : en février, des responsables russes ont suggéré une production à grande échelle du Su-57 en Inde, en s’appuyant sur l’expertise de HAL. En septembre, des rapports font état d’une évaluation indienne pour une acquisition urgente de 140 Su-57, dont deux escadrons initialement.
Les partisans de l’appareil mettent en avant sa supermaniabilité, ses systèmes avioniques avancés et sa compatibilité avec les missiles BrahMos indiens. Moscou a même lancé des études de faisabilité sur des investissements dans les infrastructures locales, cherchant à renforcer les échanges dans un contexte de sanctions occidentales. Cependant, les critiques soulignent la production limitée du Su-57 – seulement une vingtaine d’exemplaires opérationnels dans l’armée de l’air russe à mi-2025 – ainsi que les problèmes récurrents liés au moteur AL-41F1.
Dans une récente interview accordée à un média russe, BS Dhanoa a rappelé que le Su-57 avait fait l’objet d’une évaluation approfondie. « Nous avons transmis notre avis au gouvernement sur le Sukhoi-57 lorsque j’étais chef de l’aviation, mais cette opinion est confidentielle », a-t-il déclaré, répondant aux interrogations sur la pertinence de cet appareil. Ce propos fait écho à ses déclarations de 2019 où il évoquait la nécessité d’attendre que le Su-57 soit pleinement intégré dans l’armée russe avant une éventuelle réévaluation par l’Inde, insistant sur l’importance des performances éprouvées.
À la tête de l’IAF au moment de l’abandon du programme FGFA, Dhanoa avait ensuite fait le choix de plateformes multi-rôles comme le Rafale. Sa réponse mesurée aujourd’hui suggère que des réserves perdurent, notamment sur les capacités furtives du Su-57, évaluées par des analyses indépendantes comme inférieures à celles du F-35, en raison de la plus grande surface radar de l’avion russe. Reste que les dirigeants actuels, dont le maréchal de l’air AP Singh, plaident pour une modernisation rapide de la flotte, laissant la question du Su-57 ouverte.
Su-57 : avantages et limites pour l’Inde
| Aspect | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Technologie | Supercroisière, moteurs à poussée vectorielle, fusion des capteurs pour combat au-delà de la vue. Compatible avec les missiles indiens Astra. | Capacités furtives contestées ; radar semi-actif vulnérable à la guerre électronique. Le moteur nouvelle génération (Izdeliye 30) est encore en phase de test. |
| Coût et production | Estimé entre 80 et 100 millions de dollars l’unité, moins cher que le F-35. Coproduction potentielle créant emplois et transfert de technologie, sur la base du succès du Su-30MKI. | Risques liés aux sanctions occidentales perturbant la chaîne d’approvisionnement ; faible historique d’exportation, avec notamment l’Algérie. |
| Adéquation stratégique | Renforce la dissuasion sur deux fronts (Chine et Pakistan). Livraison rapide possible en 2 à 3 ans. | Risque de retard pour le projet national AMCA ; dynamique géopolitique favorisant la diversification des fournisseurs (Rafale M pour la Marine). |
| Maturité opérationnelle | Employé au combat en Ukraine avec des améliorations, notamment pour l’intégration de drones. | Petit parc russe soulève des doutes sur la fiabilité ; écosystème de maintenance non éprouvé en Inde. |
Le chef actuel de l’IAF, le maréchal de l’air VR Chaudhari, a salué la facilité d’intégration du Rafale, suggérant par là les difficultés des plateformes plus lourdes comme le Su-57. Par ailleurs, des alternatives plus légères comme le russe Su-75 « Checkmate » gagnent du terrain, avec un intérêt de HAL. Pour New Delhi, le choix dépendra aussi des garanties sur le transfert technologique : la Russie acceptera-t-elle de céder plus de 60 % de la technologie, exigence clé du contrat MRFA pour 114 chasseurs ?
Les déclarations prudentes de Dhanoa rappellent que la décision sur le Su-57 sera mûrement réfléchie. Face à la proposition russe d’une production locale surpassant 100 unités à Nashik, le gouvernement Modi doit arbitrer entre relancer rapidement les escadrons au risque d’une dépendance envers un partenaire sous sanctions, ou patienter pour le programme AMCA national, dont le premier vol est prévu autour de 2028.