Dans une possible relance d’une collaboration indo-russe en matière de défense parmi les plus ambitieuses, la Russie a proposé à l’Inde une co-développement d’un avion de chasse de cinquième génération spécialement adapté aux opérations embarquées sur porte-avions. Selon des sources proches du dossier, Moscou souhaite adapter son avancé chasseur furtif Su-57 en une variante embarquée, avec des modifications majeures telles que des systèmes d’accélération et de freinage spécialisés, afin de permettre une intégration fluide à la flotte croissante de porte-avions indiens.
Cette offre intervient dans un contexte de regain d’intérêt autour du programme FGFA (Fifth Generation Fighter Aircraft), longtemps à l’arrêt après que l’Inde s’en soit retirée en 2018, invoquant des inquiétudes sur le transfert de technologies et les performances. Si la Russie voit dans ce partenariat une opportunité stratégique d’exploiter les technologies fondamentales du Su-57, des sources de la Marine indienne se montrent plus prudentes, soulignant la complexité d’adapter un appareil conçu pour une utilisation terrestre à un environnement naval, tout en réaffirmant leur engagement envers le programme national TEDBF (Twin Engine Deck Based Fighter).
Des informations provenant de sources russes indiquent que les bases techniques du Su-57 permettent une adaptation rapide aux opérations embarquées. « La doctrine maritime russe prévoit la construction de porte-avions avancés », précisent-elles en insistant sur le caractère modulaire du Su-57 qui facilite les améliorations nécessaires pour répondre aux exigences de l’aviation navale. Des rapports de 2022 et 2024 font état de l’intérêt russe pour une version navale du Su-57, incluant des ailes repliables, un train d’atterrissage renforcé et des crochets d’arrêt adaptés aux opérations STOBAR (Short Take-Off But Arrested Recovery), compatibles avec les porte-avions à tremplin conçus par l’Inde, comme le INS Vikramaditya et le INS Vikrant. Des études de faisabilité pour une co-production en Inde, notamment dans les installations de HAL à Nashik, sont en cours, avec une possible livraison de 20 à 30 appareils dans un délai de 3 à 4 ans afin de combler certains besoins opérationnels de la Marine indienne.
Le Su-57 embarqué proposé nécessiterait des modifications importantes par rapport à la version terrestre actuelle. Parmi les améliorations clés, on compte :
- Renforcements structurels : un train d’atterrissage renforcé pour supporter les lancements assistés et les appontages arrêtés, ainsi que des matériaux résistants à la corrosion liés aux milieux marins.
- Adaptations aérodynamiques : ailes repliables et stabilateurs pour un stockage compact sur les ponts ; ajouts de canards pour une meilleure maniabilité à basse vitesse durant les décollages avec tremplin.
- Améliorations de propulsion : intégration du moteur Izdeliye 30 (AL-51F) offrant capacité de supercroisière et vecteur de poussée amélioré, essentiels pour les opérations sur courtes pistes. Les moteurs actuels AL-41F1 pourraient nécessiter une optimisation spécifique pour une fiabilité accrue en environnement salin.
- Avionique et capteurs : radars AESA à base de semi-conducteurs GaN, ordinateurs de mission indiens pour une parfaite intégration aux réseaux navals, avec soutien aux engagements au-delà de la portée visuelle par des armes indigènes telles que les missiles Rudram et Astra.
Ces adaptations élèveraient le Su-57, habituellement chasseur multirôle terrestre capable d’atteindre Mach 2, avec un rayon d’action de 1 500 km et une capacité de charge de 10 tonnes, en un aéronef de bord polyvalent, capable d’assurer la supériorité aérienne, des frappes et la guerre anti-surfaces depuis un porte-avions.
Actuellement, la flotte russe ne dispose que du porte-avions Admiral Kuznetsov, opérant des MiG-29K et Su-33. Dans le cadre de sa doctrine maritime mise à jour en 2022, la Russie envisage de nouveaux porte-avions équipés de plateformes de cinquième génération comme un Su-57 modifié pour faire face aux menaces navales de l’OTAN et de la Chine. Néanmoins, le retard accumulé dans la modernisation du Kuznetsov, dont le retour opérationnel est repoussé à 2025 voire au-delà, illustre la limitation de l’expérience russe en matière de porte-avions, avec un seul navire opérationnel et des projets ambitieux mais non encore lancés, comme le superporte-avions du projet 23000E Shtorm.
| Caractéristique | Su-57 standard (Force aérienne) | Variante navale proposée |
|---|---|---|
| Rôle principal | Multirôle, supériorité aérienne | Frappes embarquées / Guerre anti-surfaces |
| Moteur | 2x AL-41F1 (intermédiaire) | 2x Izdeliye 30 (version naval) |
| Décollage / Atterrissage | piste conventionnelle | STOBAR (tremplin / crochet d’arrêt) |
| Modifications | – | Ailes repliables, train renforcé, protection anticorrosion |
| Charge utile | 10 tonnes (interne/externe) | 8-10 tonnes (adaptée aux opérations embarquées) |
| Rayon d’action | 1 500 km | 1 200–1 500 km (lancé depuis porte-avions) |
Malgré cette proposition russe, les responsables de la Marine indienne se montrent réservés. « D’abord, le Su-57 n’a pas été conçu pour des opérations embarquées, et il est aujourd’hui difficile de modifier un avion aussi avancé pour un usage porte-avions », explique une source navale, rappelant les motifs du retrait indien du programme FGFA en 2018. Adapter un chasseur furtif de cinquième génération aux contraintes du milieu maritime risque de compromettre ses qualités d’invisibilité et d’entraîner des coûts importants, dépassant potentiellement les 100 millions de dollars par appareil.
En conséquence, la Marine indienne privilégie le développement du TEDBF, un chasseur bimoteur conçu dès l’origine pour les porte-avions, classé comme « génération 5- » (entre la génération 4,5 évoluée et la génération 5, avec des éléments furtifs). Ce programme indigène, piloté par l’Aeronautical Development Agency (ADA) et le DRDO, avec HAL en charge de la production, prévoit un appareil équipé de canards, d’ailes delta et propulsé par des moteurs GE F414 (poussée de 98 kN). Le TEDBF est conçu pour assurer la supériorité aérienne, les frappes anti-navires et la guerre électronique, avec un poids maximal au décollage de 26 tonnes, une vitesse maximale de Mach 1,6 et un rayon d’action de 800 km. Son premier vol est attendu en 2026 et son induction dans la Marine est planifiée entre 2032 et 2035.