Lors de l’exercice « Joint Sword-2024A » récemment achevé, le professeur Jiang Fuwei, expert militaire chinois, a souligné que la Garde côtière chinoise avait mené un exercice spécial et complet de maintien de l’ordre dans les eaux à l’est de Taïwan. Cette manœuvre pourrait présager d’interceptions à venir des livraisons d’armes américaines destinées à l’île.
Dans le cadre de sa stratégie visant à maintenir la tension dans le détroit de Taïwan et à empêcher la montée en puissance de la Chine, les États-Unis ont accéléré ces dernières années leurs ventes d’armes à Taïwan, cherchant à soutenir les forces pro-indépendance de l’île. En réponse, les autorités chinoises ont saisi l’occasion des exercices militaires de grande ampleur autour de Taïwan pour simuler l’interception de ces livraisons d’armement américaines.
Selon des médias américains, Michael McCaul, président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine, a récemment conduit une délégation de six parlementaires américains en visite à Taïwan. Ce déplacement est la première visite d’un groupe politique américain depuis la prise de fonction de Lai Ching-te. Lors de cette visite, McCaul a réaffirmé le soutien de Washington aux autorités taïwanaises, évoquant le retard dans la livraison des armes américaines à Taïwan en raison des évolutions en Ukraine et à Gaza. Il a assuré que les équipements militaires initialement destinés à Taïwan arriveront prochainement pour garantir à l’île des capacités de dissuasion suffisantes. Ce soutien s’inscrit dans le cadre du Taiwan Relations Act de 1979, qui oblige les États-Unis à fournir des armes défensives à Taïwan.
Michael McCaul a déclaré que l’objectif des ventes d’armes américaines à Taïwan est de montrer à la Chine que les risques d’une réunification par la force dépassent les bénéfices escomptés.
Ce n’est pas la première fois cette année que les États-Unis mettent en avant leurs ventes d’armes à Taïwan et accélèrent la fourniture de matériel militaire. En février, le gouvernement américain a approuvé une vente d’armes de 75 millions de dollars pour équiper Taïwan du système de liaison de données tactique Link-16, améliorant ainsi la coordination de ses forces armées. Une mise à niveau future vers le système Link-22 est également envisagée.
Outre ces systèmes, qualifiés de « logiciels » stratégiques, les États-Unis fournissent à Taïwan des avions de chasse F-16V, des chars M1A2T, des lance-roquettes HIMARS, des missiles anti-navires Harpoon ainsi que d’autres équipements de combat et munitions. Certaines livraisons ne seront achevées qu’en 2028. Par ailleurs, un projet de loi américain sur l’aide étrangère prévoit un budget de 1,9 milliard de dollars pour fournir des armes ou services de défense à des « partenaires régionaux », dont Taïwan fait partie.
Ces actions américaines alimentent sans doute les ambitions taïwanaises d’« indépendance soutenue par les États-Unis » et de « résistance militaire à la réunification ». Lors de son discours inaugural le 20 mai, Lai Ching-te a remercié Washington pour ce plan d’aide et affirmé ouvertement que les deux rives du détroit de Taïwan « ne sont pas subordonnées l’une à l’autre », confirmant ainsi clairement sa position pro-indépendance.
Face à cette situation, contrer les ventes d’armes américaines à Taïwan est devenu pour Pékin une priorité. Récemment, le ministère chinois du Commerce a annoncé des sanctions contre plusieurs entreprises de défense américaines, dont Boeing Defense, ainsi que certains de leurs dirigeants. Toutefois, ces sanctions seules ne suffiront probablement pas à stopper complètement les ventes. Les autorités chinoises doivent adopter une approche multidimensionnelle pour anticiper de futures actions américaines.
Dans ce cadre, lors de l’exercice « Joint Sword-2024A », la Garde côtière chinoise a mené un exercice intégré de maintien de l’ordre en mer, dans les eaux situées à l’est de Taïwan. Les images diffusées par des médias d’État tels que CCTV montrent que plusieurs patrouilleurs de la Garde côtière y ont participé. Les manœuvres comprenaient notamment la reconnaissance radar, des tirs au canon à eau et diverses opérations d’interception maritime. Des vedettes rapides transportant des agents ont aussi procédé à l’embarquement, l’inspection et la fouille de navires-cibles pour effectuer des contrôles et mesures sur place.
Cette opération d’entraînement reposait sur deux axes principaux. D’une part, elle s’est déroulée dans les eaux à l’est de Taïwan, l’un des itinéraires majeurs par où des forces extérieures pourraient tenter d’acheminer des armes vers l’île en cas d’escalade. Organiser des exercices de maintien de l’ordre dans cette zone permet aux forces chinoises de mieux connaître le terrain, d’affiner leurs plans d’interception et d’accroître leur réactivité. Cela contribue également à asseoir progressivement un contrôle de la présence chinoise dans ces eaux, limitant ainsi les actions des autorités taïwanaises et exerçant une dissuasion efficace.
À l’avenir, la Garde côtière chinoise pourrait aussi soumettre à inspection certains navires locaux circulant dans ces eaux, à l’image des opérations déjà menées dans les zones proches de Xiamen et Kinmen.
Le second point majeur est que l’exécution des interceptions maritimes et des inspections d’embarquement revient principalement à la Garde côtière chinoise, et non à la Marine populaire. Cette démarche illustre la stratégie globale de Pékin qui privilégie les actions relevant du maintien de l’ordre maritime plutôt que l’emploi direct de forces navales. Étant donné la sensibilité extrême de la situation du détroit de Taïwan, les États-Unis devraient utiliser des navires civils plutôt que militaires pour transporter les armes. Dans ce scénario, la Garde côtière pourrait intervenir selon des procédures de droit commun, et si des armes sont découvertes, procéder à la rétention ou l’expulsion des navires concernés, ce qui offre à Pékin une marge de manœuvre accrue et une plus grande souplesse dans la gestion du dossier.
Naturellement, si les États-Unis optaient pour un transport via des navires ou aéronefs militaires, l’Armée populaire de libération répondrait fermement. La position de la Chine continentale est claire : le moment venu, aucun projectile ne doit parvenir à Taïwan.
Essentiellement, grâce à l’exercice « Joint Sword-2024A », la Chine a effectué une répétition de maintien de l’ordre destinée à empêcher les forces extérieures d’acheminer des armes vers Taïwan, démontrant ainsi ses capacités d’action dans les eaux et l’espace aérien entourant l’île. Si les autorités taïwanaises et Washington persistent dans leur provocation et leur volonté d’envoyer des livraisons d’armement, plusieurs éléments de cet exercice pourraient rapidement devenir des opérations concrètes.