Le ministère de la Défense britannique a révélé de nouveaux éléments concernant un exercice de wargame mené avec l’industrie fin 2024, destiné à tester la résilience de la base industrielle de défense du Royaume-Uni en conditions de guerre.
Décrit comme une première en son genre, cet exercice a mis en lumière des faiblesses structurelles majeures dans les chaînes d’approvisionnement actuelles ainsi qu’un manque de compréhension mutuelle entre le gouvernement et l’industrie sur la mobilisation en cas de conflit majeur.
Les conclusions ont été communiquées dans une lettre du Secrétaire permanent du ministère de la Défense, David Williams, adressée au comité de la Défense de la Chambre des communes, datée du 11 juillet 2025. Cette lettre répondait à des questions soulevées lors d’une séance du comité le 2 juillet, notamment la question 70 concernant le département Defence Equipment and Support (DE&S) et son engagement avec le secteur privé.
L’exercice s’appuyait sur les résultats des propres évaluations du MOD, notamment le Planned Force Testing-10, ainsi que sur le Globally Integrated Wargame (GIWG) dirigé par les États-Unis. Ces deux démarches ont conclu qu’à l’ère de la compétition entre grandes puissances, la préparation industrielle devient un élément clé de la dissuasion conventionnelle et de la crédibilité stratégique.
Selon David Williams, « nos chaînes d’approvisionnement sont principalement conçues pour un fonctionnement en temps de paix, avec une résilience minimale, et non pour la guerre ». Il a souligné que l’industrie ne comprend que partiellement les exigences de volume et de rapidité que la défense imposerait en situation de conflit, tandis que le ministère ne maîtrise pas pleinement ce que l’industrie peut réellement fournir sans ajustements importants.
Pour combler ce fossé, une nouvelle série de wargames a été commandée et conçue en collaboration entre différentes entités du ministère, incluant DE&S, les commandes opérationnelles ainsi que les partenaires industriels. L’exercice de décembre 2024 s’est déroulé sur deux jours, utilisant un scénario intégrant la demande opérationnelle, les délais de mobilisation et les possibles interférences adverses dans les processus industriels.
L’objectif était de créer un environnement « safe-to-fail » permettant de simuler des pressions réalistes, donnant aux participants l’opportunité de tester leurs hypothèses et d’identifier les déficits. Le scénario portait sur la préservation des chaînes d’approvisionnement stratégiques en défense durant une période de conflit croissant, avec un accent particulier sur les décisions à prendre avant le déclenchement des hostilités.
Quatre axes majeurs ont émergé de cet exercice.
- Premièrement, les participants ont reconnu que le Royaume-Uni évolue déjà dans un contexte de « menace crédible en dessous du seuil » accompagnée d’activités perturbatrices.
- Deuxièmement, le wargame a mis en question la relation entre le gouvernement, la société et les forces armées, notamment le rôle de l’industrie dans la posture nationale de défense.
- Troisièmement, il a souligné la nécessité de bien identifier ce qui constitue réellement un levier stratégique en matière de planification industrielle.
- Enfin, il a été unanimement admis que les délais doivent être réduits de manière significative dans tous les domaines.
L’exercice a donné naissance à quatre chantiers concrets à poursuivre : améliorer la communication sécurisée entre le MOD et l’industrie ; partager les notes de menace et, si nécessaire, des renseignements classifiés ; identifier des mesures réglementaires rapides pour lever les goulets d’étranglement ; étendre la pratique du wargaming aux conseils d’administration des principaux fournisseurs de défense.
David Williams a noté que les acteurs industriels ont manifesté un appétit « tangible » pour une collaboration plus étroite, témoignant d’une prise de conscience accrue face aux risques géopolitiques croissants et aux perturbations répétées des chaînes d’approvisionnement.
Il a qualifié cet exercice de catalyseur pour un changement culturel et procédural, l’inscrivant dans un effort plus large visant à concrétiser les ambitions de la Revue stratégique de défense, la Stratégie industrielle de défense et le programme de réforme en cours.
« Cette évolution a démontré qu’à mesure que le monde change, nous devons nous aussi changer », a conclu Williams, en insistant sur le fait que le défi majeur est désormais d’identifier et de développer « la grande idée » qui guidera la prochaine phase de la planification de la mobilisation, de la préparation industrielle et de la crédibilité de la dissuasion.