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La Pakistan Air Force (PAF) se prépare à un défi majeur avec le retrait programmé de trois escadrons de Mirage III et V d’ici 2027. Ce recul de sa flotte de chasseurs coïncide avec un ralentissement notable de la production du JF-17 Thunder, avion de combat indigène, fragilisant ainsi la capacité opérationnelle de la force aérienne pakistanaise face à une intensification des affrontements transfrontaliers avec l’Inde.

Les Mirage III/V, appareils d’origine française datant des années 1960 et 1970, occupent une place centrale dans les missions de frappe et de dissuasion nucléaire de la PAF. Plus de 90 exemplaires sont répartis entre les escadrons 5, 7, 8 et 27, basés notamment à Rafiqui et Masroor. Modernisés dans le cadre du programme ROSE (Retrofit of Strike Element) avec des systèmes avioniques français et italiens, ces avions à aile delta sont compatibles avec le missile de croisière Ra’ad et ont un historique opérationnel notable, incluant les affrontements de Balakot en 2019. Cependant, l’usure des cellules – aggravée par l’exposition aux conditions marines et la récupération de pièces pour maintenir d’autres appareils en service – fait chuter leur taux de disponibilité en dessous de 50 %, selon les dernières évaluations de Jane’s.

Ce retrait s’inscrit dans une dynamique plus large : la PAF prévoit de mettre hors service une centaine de ses anciens avions, dont les F-7PG et différentes variantes de Mirage, au cours de la prochaine décennie. Ces appareils ne sont plus à la hauteur des performances des avions de la force aérienne indienne, tels que les Rafale et Su-30MKI, notamment dans les affrontements au-delà de la portée visuelle. Cette diminution du nombre d’escadrons risque de faire passer la PAF de 25 à environ 20 unités d’ici 2028, augmentant sa vulnérabilité dans un contexte de conflit sur deux fronts – avec l’Inde à l’est et les tensions persistantes en Afghanistan à l’ouest. Les stratèges pakistanais misent sur le JF-17 Block III, équipé de missiles Ra’ad-II améliorés, pour assurer la pénétration à basse altitude, mais les retards dans la mise en service de ces chasseurs créent un vide critique.

Ce problème est exacerbé par la ralentissement de la production du JF-17 Thunder, développé conjointement par la PAF et la société chinoise Chengdu Aircraft Corporation (CAC) depuis 2007. Avec plus de 140 exemplaires déjà en service, le JF-17 Block III intègre un radar à antenne active AESA et des missiles PL-15, en théorie adaptés pour compenser les retraits du Mirage. Cependant, la cadence d’assemblage au Pakistan Aeronautical Complex (PAC) de Kamra a drastiquement chuté, malgré une commande supplémentaire de 30 appareils en 2024. Cette baisse est attribuée à des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement liées aux sanctions américaines sur certains fournisseurs chinois, ainsi qu’à la pression financière liée à la dette extérieure pakistanaise, qui atteint environ 130 milliards de dollars et limite les budgets militaires.

La production du PAC, qui atteignait autrefois 20 à 25 appareils par an, est tombée à moins de 10 en 2025, selon des analyses de Quwa, freinée notamment par la pénurie de moteurs RD-93 issus de l’usine russe Klimov et des difficultés dans l’intégration des systèmes avioniques. Les ambitions d’exportation vers des pays comme le Myanmar, le Nigeria et l’Azerbaïdjan ne compensent pas cette baisse, les besoins domestiques restant prioritaires. Si certaines sources officielles affirment que la production suit son calendrier, les chiffres de livraison sont bien en deçà des objectifs : seulement 12 Block III ont été remis depuis 2023, loin des 150 à 200 unités prévues à terme.

Pour le chef d’état-major de l’air pakistanais, le Maréchal Zaheer Ahmad Babar, la situation est délicate. Si des pistes alternatives telles que le chasseur chinois J-10CE ou un projet de co-production turque KAAN sont à l’étude, les contraintes budgétaires – avec une dépense militaire limitée à environ 2,7 % du PIB – freinent toute acquisition importante. Le retrait progressif des Mirages, inévitable pour une flotte moyenne d’âge de 45 ans, risque de révéler les faiblesses de la PAF, notamment lors d’exercices comme Zarb-e-Ahan, où les incursions simulées de la force indienne surclassent les anciennes machines pakistanaises.