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Les forces spéciales américaines ont mené une saisie exceptionnelle et soigneusement orchestrée d’un grand pétrolier au large du Venezuela. Le tanker Skipper a été abordé depuis des hélicoptères MH-60S Seahawk déployés depuis le porte-avions USS Gerald R. Ford, peu après son départ du port de José avec plus d’un million de barils de pétrole brut à son bord.

Annoncée publiquement par l’ancien président Donald Trump et détaillée ensuite par le Département de la Justice et la Garde côtière américaine, cette opération est présentée par Washington comme une interpellation légale en haute mer contre un réseau de contrebande lié à l’Iran, acheminant les revenus pétroliers à des organisations terroristes et des structures criminelles. Pour Caracas, il s’agit d’un acte de « piraterie internationale » et d’un vol des ressources vénézuéliennes.

Des images diffusées par la procureure générale Pam Bondi montrent une séquence d’abordage particulièrement spectaculaire et rare pour une opération de sanction. Un hélicoptère survole à très basse altitude le pont principal du grand transporteur de brut ; des cordes rapides sont immédiatement déployées et plusieurs opérateurs descendent en quelques secondes.

Des troupes camouflées se déploient sur toute la largeur du navire, armes en main, progressant vers la superstructure, sécurisant les accès puis le pont. Une seconde plateforme aérienne filme l’ensemble, témoignant d’une planification minutieuse de l’assaut et d’une volonté de médiatisation, à destination tant du public américain que des instances internationales.

L’opération débute dès le matin, peu après la sortie du Skipper de la plateforme vénézuélienne. L’assaut est lancé depuis le porte-avions USS Gerald R. Ford, stationné dans les Caraïbes depuis plusieurs semaines, offrant aux forces américaines une capacité permanente pour intercepter des cibles à distance des côtes.

Deux hélicoptères transportent une force d’assaut composée de dix membres de l’Équipe de réponse à la sécurité maritime de la Garde côtière, dix Marines et un noyau d’opérateurs des forces spéciales. Juridiquement, la Garde côtière maintient le commandement de la mission, disposant des compétences nécessaires, tandis que la Marine américaine fournit la plateforme maritime, les équipages aériens et la couverture autour du pétrolier.

Les images suggèrent la présence d’un hélicoptère de la famille MH-60 Seahawk, probablement un MH-60S issu d’un escadron de combat maritime embarqué sur le Gerald R. Ford. Cet appareil bimoteur est conçu pour les missions de surface, le soutien aux opérations d’abordage et la guerre anti-surface de courte portée, avec une capacité de vol de plusieurs heures à vitesse économique et un maintien stationnaire précis au-dessus d’un navire.

Son option de porte latérale ouverte, son mitrailleur en position ainsi que sa barre de corde rapide le rendent idéal pour déployer rapidement une équipe d’abordage fortement équipée sur le pont d’un tanker, tout en conservant une capacité de tir immédiate pour repousser toute résistance armée.

Ce choix tactique accroît la flexibilité opérationnelle : un MH-60S peut être ravitaillé et réarmé rapidement à bord d’un porte-avions, permettant des cycles fréquents d’insertion, de surveillance et d’extraction autour du navire ciblé. Ses capteurs embarqués, notamment les tourelles électro-optiques infrarouges et télévisuelles, fournissent une conscience situationnelle aiguisée pour suivre les mouvements sur le pont, détecter l’approche de petites embarcations ou guider les opérateurs lors de la sécurisation. En cas de dégradation de la situation, l’hélicoptère peut également assurer un appui aérien rapproché avec ses armes de porte contre les menaces localisées.

Le profil du Skipper détermine également la tactique d’abordage. Construit en 2005 sous le nom de The Toyo, ce très gros transporteur de corps liquides (VLCC) mesure environ 333 mètres de long et peut transporter jusqu’à deux millions de barils de pétrole brut. Son franc-bord élevé, ses longues passerelles latérales et sa superstructure massive rendent difficile un abordage classique depuis un patrouilleur par échelle.

La descente en rappel permet à l’équipe d’assaut de sécuriser immédiatement le pont principal, puis de bloquer les escaliers menant au poste de commandement. Ensuite, les forces balayent le navire niveau par niveau, en portant une attention particulière aux zones sensibles comme la salle des cartes, la salle radio et les accès techniques aux systèmes de propulsion.

À l’intérieur, les opérateurs évoluent dans un environnement très compartimenté : couloirs étroits, salles techniques et angles morts réclament une progression lente et méthodique. Les membres de l’Équipe de réponse à la sécurité maritime sont spécialisés dans ce type d’engagement rapproché en structure métallique, où l’acoustique et les angles morts compliquent la détection des menaces.

Le soutien radio depuis l’hélicoptère et le porte-avions permet une vue générale de la situation, facilite la gestion de l’équipage, accélère les contrôles d’identité et assure qu’aucune tentative de sabotage des systèmes cruciaux, notamment dans la salle des machines, n’ait lieu.

Le Skipper, à droite sur la photo satellite prise le 18 novembre à la Terminal José au Venezuela, est l’un des nombreux tankers stationnés sur cette installation pétrolière.

Caracas réagit fermement, qualifiant la saisie de piraterie internationale et de « vol éhonté » des richesses vénézuéliennes, annonçant son intention de porter l’affaire devant plusieurs organismes internationaux. Washington affirme que le Skipper fait partie d’un réseau de transport pétrolier mêlant intérêts iraniens, russes et vénézuéliens, et que cette opération s’inscrit dans une campagne visant à couper les flux financiers alimentant groupes terroristes et trafics de stupéfiants. L’administration américaine insiste sur la légalité de l’ordre de saisie et la maîtrise totale de l’action, présentée comme une opération policière en haute mer, non comme un acte de guerre.

Ce dossier illustre un changement tactique de la posture américaine dans les Caraïbes. En combinant un porte-avions de dernière génération, des hélicoptères MH-60 Seahawk d’assaut et des unités spécialisées dans les abordages à haut risque, Washington montre sa volonté d’engager des moyens stratégiques pour frapper directement les flux énergétiques de ses adversaires.

Cette capacité d’interdiction en profondeur renforce le contrôle américain sur les routes pétrolières régionales, mais accroît aussi le risque d’incidents ou de ripostes navales de la part d’acteurs prêts à escorter leurs propres navires. La crise autour du Skipper s’inscrit ainsi dans une confrontation plus large où les voies maritimes, les tankers pétroliers et les capacités d’abordage deviennent des leviers majeurs de la compétition géopolitique dans l’hémisphère occidental.

Erwan Halna du Fretay