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Opérations cyber ARCYBER et intelligence artificielle

Le Commandement cyber de l’armée américaine (ARCYBER) déploie un plan ambitieux sur plusieurs années visant à intégrer l’intelligence artificielle (IA) dans son espace de bataille numérique. L’objectif est de renforcer la cybersécurité, d’accélérer les analyses et de donner plus d’autonomie à ses soldats dans le cyberespace.

Au printemps 2023, la lieutenant-général Maria B. Barrett a impulsé une transformation majeure en demandant au commandement d’exploiter l’automatisation et l’IA, non comme une simple innovation, mais pour rendre les missions plus efficaces, les décisions plus pertinentes et libérer du temps pour les opérateurs humains.

« L’IA n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Notre mission exige vitesse, précision et adaptabilité, et l’intelligence artificielle est le multiplicateur de force qui rend tout cela possible », a souligné le général Barrett. Depuis, ARCYBER a déployé une feuille de route stratégique axée sur une collaboration progressive entre humains et machines, avec des étapes allant d’opérations assistées à des agents numériques semi-autonomes d’ici 2033.

Les premiers résultats transforment déjà les méthodes militaires de lutte et de défense dans le cyberespace.

PANOPTIC JUNCTION est une plateforme de surveillance continue pilotée par l’IA, conçue pour comprendre la structure des systèmes, identifier leurs points les plus vulnérables en analysant l’architecture et les renseignements sur les menaces, puis diriger automatiquement les outils de surveillance vers ces zones spécifiques. En phase prototype, elle a atteint un taux de détection d’activités malveillantes impressionnant de 87 %. ARCYBER lance actuellement un pilote de production de 12 mois pour accélérer son déploiement.

GHOSTCREW équipe les équipes offensives (red teams) avec des simulations IA pour prédire les trajectoires d’attaque et recommander des actions sur le terrain. En combinant les expertises humaine et machine, cet outil permet aux opérateurs juniors de bénéficier du savoir-faire des vétérans expérimentés.

Pour approfondir les analyses, la Analytic Superiority Task Force a utilisé les outils d’IA du projet GEMINI de la Cyber Protection Brigade pour révéler des infrastructures cachées de commandement et contrôle ennemies dissimulées dans le trafic DNS. Ce travail, impossibles à réaliser par des méthodes classiques en quelques minutes, aurait sinon pris plusieurs jours.

ARCYBER ne se limite pas à la seule exécution des missions. Des projets comme STORMYARCHER, un assistant de codage piloté par l’IA, et QUESCRIBE, un outil automatisé de relecture documentaire, traduisent la volonté du commandement d’optimiser les opérations de soutien et d’accroître les capacités des développeurs. Malgré des difficultés initiales, les équipes ont tiré des enseignements précieux sur les infrastructures et performances, aboutissant à des solutions sur mesure adaptées aux besoins opérationnels.

Dans le domaine des relations publiques, l’impact de QUESCRIBE se fait déjà sentir. « QUESCRIBE, même en phase pilote, s’est avéré être un véritable changement de paradigme », assure le major Lindsay D. Roman, responsable des affaires publiques d’ARCYBER. « Il a considérablement simplifié notre flux de travail de relecture, éliminant des tâches fastidieuses et permettant à mon équipe et aux autres intervenants de se concentrer sur des priorités plus importantes — des communications de crise à la messagerie stratégique. Je l’adopte déjà, c’est un exemple saisissant de la façon dont une intégration réfléchie de l’IA peut avoir un impact direct sur la mission. »

Parallèlement, le groupe utilisateur d’IA participatif met à disposition des soldats et civils des outils comme Ask Sage et CAMOGPT, favorisant ainsi l’innovation et la productivité au quotidien.

Au cœur de ces initiatives se trouve un cadre de gouvernance solide. Le Conseil de gouvernance de l’IA veille à l’alignement éthique, la conformité et le déploiement efficace des capacités. Cette supervision a débuté avec QUESCRIBE, mettant l’accent sur la transparence et la formation des utilisateurs dès le départ.

À l’avenir, ARCYBER prépare de nouveaux projets pilotes de nouvelle génération :

  • PIXIEMIRROR, qui exploitera l’IA pour comparer les indicateurs de menace classifiés à travers des sources de données non classifiées.
  • Le routage des tâches assisté par IA, conçu pour acheminer la bonne mission vers l’expert adéquat avec un délai minimal.
  • Le tableau de bord unifié des opérations réseau de NETCOM, qui regroupera les données réseau en une interface unique de prise de décision.

L’adoption de l’IA par ARCYBER n’est pas un saut risqué mais une progression méthodique. En associant l’intelligence machine à l’ingéniosité humaine, ARCYBER construit une force cybernétique adaptable, prête à dominer l’environnement informationnel.

« L’intelligence machine sera l’avantage décisif dans les futures prises de décision, manœuvres et créations de capacités — notre tâche est de garantir que chaque algorithme réponde à un objectif, non pas à une simple possibilité », explique Mark A. « Al » Mollenkopf, conseiller scientifique et directeur analytique d’ARCYBER.

Ce principe pourrait bien être l’atout le plus précieux du commandement.