Fort Benning forme les soldats au pilotage et au combat avec les drones tactiques
À mesure que les petits systèmes d’aéronefs sans pilote (sUAS) façonnent les conflits modernes, le Centre d’Excellence de la Manœuvre de l’Armée américaine à Fort Benning anticipe les nouvelles exigences du champ de bataille avec son cours de formateurs maîtres en sUAS.
Intégré à la compagnie Echo, 1er Bataillon, 29e Régiment d’Infanterie, 316e Brigade de Cavalerie, ce programme de trois semaines vise à renforcer la préparation et les capacités opérationnelles de l’Armée en permettant aux unités de créer leurs propres formations et opérateurs spécialisés sur les drones tactiques.
Le cours de formateur maître sUAS forme les sous-officiers, officiers et cavaliers à mettre en place et gérer un programme d’entraînement d’opérateur sUAS au sein de leur unité, comprenant la certification des nouveaux pilotes, le maintien des compétences et la requalification du personnel existant. À l’issue de la formation, les diplômés obtiennent un identifiant de compétence U2 (ASI pour le personnel enrôlé et officier technique, SI pour les officiers), attestant de leur expertise spécifique.
« Notre mission est de permettre à la force de former ses propres opérateurs sur place, que ce soit pour les drones de Groupe 1 ou de Groupe 2 », explique le sergent-chef Derrick Guyton, chef de section du cours de formateurs maîtres sUAS. « Nous enseignons à nos élèves comment créer et gérer un programme d’entraînement d’équipage aérien dans leur unité. »
Selon la classification du Département de la Défense américaine, les drones de Groupe 1 pèsent moins de 9 kg, volent à moins de 365 mètres d’altitude et à une vitesse inférieure à 185 km/h. Les drones de Groupe 2 pèsent entre 9 et 25 kg, évoluent sous les 1 067 mètres et jusqu’à 460 km/h. Ces deux catégories sont considérées comme « petites » mais jouent un rôle primordial dans les missions tactiques de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR).
Face à un environnement opérationnel mondial de plus en plus marqué par l’utilisation accrue des drones, la capacité à former rapidement un grand nombre d’opérateurs compétents est essentielle. « Il faut maximiser la production d’opérateurs à travers toute la force », insiste Guyton, soulignant l’importance stratégique du cours. « Chaque unité dispose d’un formateur maître pour produire autant d’opérateurs que possible en permanence. »
Pour suivre cette formation, les soldats doivent disposer d’un compte Small Unmanned Aircraft Systems Manager (SUASMAN), une base de données en ligne qui enregistre leurs certifications, qualifications, journaux de vol, entraînements et aspects logistiques liés aux sUAS. Toutes les unités utilisent ce système pour tenir à jour les dossiers et les vols.
En plus du compte SUASMAN, ils doivent avoir accompli les niveaux 1 et 2 de la Qualification de Base UAS (BUQ) et obtenir une lettre de désignation signée par leur commandant de brigade ou une autorité supérieure, les nommant formateurs maîtres sUAS pour leur brigade.
La formation inclut une maîtrise pratique du drone de reconnaissance courte portée Skydio RQ-28 Alpha. Les élèves apprennent les tâches fondamentales telles que le montage, le démontage, la manœuvre, la maintenance de base et le téléchargement des données. Ils sont aussi familiarisés avec des drones de reconnaissance moyenne portée comme le Ghost X et le C-100.
Un aspect clé du cours repose sur la pédagogie entre pairs : les stagiaires s’enseignent mutuellement ces compétences, garantissant ainsi leur capacité à diriger les formations initiales de qualification dans leurs unités d’affectation.
Le programme intègre également des notions tactiques relatives à l’emploi des sUAS et aux contre-mesures anti-drones. Les élèves apprennent, par exemple, des méthodes passives de contre-détection telles que le camouflage des sites de lancement lors d’exercices tactiques. Ils reçoivent aussi des instructions sur les équipements disponibles pour lutter contre les drones ennemis.
Au-delà du cours de formateurs maîtres, le Centre d’Excellence de la Manœuvre (MCoE) pilote une intégration systématique des compétences sUAS et robotiques dans l’ensemble des formations de l’Armée, allant de l’entraînement basique aux cursus avancés de commandement. Cette démarche vise à uniformiser la maîtrise de ces technologies essentielles.
Une étape importante est le lancement prévu en octobre 2025 d’un nouveau cours d’opérateur sUAS. Ce dernier s’adresse aux soldats ayant déjà suivi une formation initiale dans le cadre de One Station Unit Training (OSUT).
« Notre stratégie d’entraînement sUAS en OSUT offre environ 10 heures de formation virtuelle pour familiariser tous les soldats avec le pilotage de base et les compétences tactiques nécessaires à l’emploi d’un drone lors d’une mission de manœuvre », précise Jay Brimstin, directeur adjoint du département Tactiques, Entraînement et Doctrine du MCoE. « Ils seront ainsi préparés à la certification avec un formateur maître dans leur unité opérationnelle. Nous pourrons également sélectionner certains d’entre eux pour intégrer le cours d’opérateur à l’issue de l’OSUT. »
Ce cours d’opérateur sUAS, d’une semaine, offre 22 heures de vols en conditions réelles sur plusieurs systèmes ainsi que des exercices en simulateur, qualifiant ainsi les soldats comme opérateurs de base. Il ne nécessite pas de fonds spécifiques pour les déplacements et implique un séjour à Fort Benning de moins de deux semaines après l’OSUT. L’objectif est de fournir rapidement des opérateurs certifiés au sein des unités opérationnelles, adaptés aux plateformes spécifiques.
Par ailleurs, MCoE prévoit de lancer début 2026 un cours tactique pour chefs de systèmes robotiques autonomes ainsi qu’un cours de formateurs maîtres en robotique. Ces initiatives illustrent la volonté de l’Armée de préparer ses soldats aux conflits futurs, où les systèmes robotiques et autonomes occuperont une place toujours plus importante, souligne Brimstin.
Les progrès réalisés à Fort Benning s’inscrivent dans le cadre de l’initiative Transformation in Contact, essentielle pour adapter les formations et les équipements aux exigences du contexte géopolitique mondial, afin d’assurer une supériorité décisive face à tout adversaire.
Alors que l’Armée américaine continue de moderniser sa mobilité, sa létalité et sa préparation, la reconfiguration des formations, notamment l’infanterie et l’aviation, vise à améliorer la capacité à déployer, combattre et l’emporter sur tous les espaces d’affrontement — désormais, piloter, combattre et vaincre ne relève plus exclusivement de la seule US Air Force.
Par le capitaine Stephanie Snyder