Lors d’un débat à Westminster Hall sur la souveraineté autour du Typhoon, un député conservateur de premier plan a exigé des éclaircissements sur les mises à niveau radar, les perspectives d’exportation et l’impact du plan gouvernemental d’intégrer des F-35 au sein des forces britanniques.
Mark Francois, député de Rayleigh et Wickford, a salué le contrat turc portant sur l’acquisition de 20 Typhoon, tout en soulevant plusieurs questions urgentes concernant l’avenir industriel et opérationnel de l’avion.
Il a demandé au gouvernement de confirmer le type de radar qui équipera les avions de la tranche 4 destinés à la Turquie, ainsi que la présence éventuelle du missile Meteor dans ce lot, soulignant les répercussions pour BAE Systems, Leonardo et MBDA. Il a également cherché confirmation des rumeurs selon lesquelles le Qatar pourrait transférer des Typhoon plus anciens à la Turquie, suggérant que cela pourrait entraîner des commandes supplémentaires au Royaume-Uni. Francois a poursuivi en réclamant des mises à jour sur d’autres projets d’exportation, notamment sur la commande saoudienne longtemps bloquée et l’intérêt de la Pologne. Selon lui, ces ventes supplémentaires sont essentielles pour maintenir l’activité sur les sites industriels de Warton et Samlesbury.
Une grande partie de son intervention a porté sur les risques liés à la capacité opérationnelle. Il a rappelé que la Royal Air Force (RAF) a déjà retiré environ 30 Typhoon de tranche 1, réduisant ainsi la masse de combat disponible. Il a également demandé une confirmation quant au remplacement des avions stationnés aux îles Falkland, qui doivent être retirés entre 2026 et 2027, en précisant qu’ils devraient l’être par des jets des tranches 2 ou 3 afin de maintenir la défense aérienne de ce territoire.
Francois a averti que les futures performances de l’avion dépendent de programmes qui n’ont pas encore été contractualisés. Il a indiqué que bien que le radar de deuxième génération (Radar 2) ait été entièrement développé par Leonardo, « le ministère de la Défense n’a toujours pas passé de commande de production, même pour un premier lot ». Les avions des tranches 2 et 3 nécessitent en outre le package d’amélioration de phase 4 pour exploiter les fonctions de guerre électronique offertes par ce radar, mais, selon lui, « le ministère n’a toujours pas commandé le développement final ni l’installation de ce package P4E ».
Le député s’est également penché sur la composition globale de la flotte aérienne de combat. Il a noté la montée en puissance progressive de la Lightning Force (F-35) et a demandé aux ministres de préciser le nombre final d’appareils de ce type que le Royaume-Uni prévoit d’acquérir. Le remplacement planifié de 12 F-35B par des F-35A, destiné à soutenir la mission nucléaire de l’OTAN, a suscité une attention particulière. Francois a demandé quel serait finalement le mix de variants acheté par le ministère et comment ils s’intégreraient au Typhoon dans les années 2030 et 2040.
Concernant le programme Global Combat Air Programme (GCAP), il a invité le ministre à confirmer que le projet Tempest resterait conforme au calendrier fixé pour 2035, en dépit des rumeurs industrielles évoquant un retard. Il a qualifié le GCAP de composante essentielle de la souveraineté aérienne future, avertissant que tout retard serait lourd de conséquences quant à la durée pendant laquelle le Typhoon devra continuer à assurer des missions de premier plan.
Réponse d’Al Carns, assurances sur les modernisations et la planification à long terme
En réponse, le ministre des Forces armées, Al Carns, a reconnu l’importance des sujets abordés. Il a souligné que l’avion « s’est imposé comme l’appareil multirôle de combat principal du Royaume-Uni » depuis 2003 et demeure un pilier de la surveillance aérienne au Royaume-Uni ainsi qu’au sein de l’OTAN. Il a mis en avant la participation actuelle de la RAF sur le flanc oriental via l’Opération Eastern Sentry, avec des déploiements récents en Pologne, en Roumanie et en Estonie.
Carns a également insisté sur la portée industrielle du programme, indiquant que 37 % de chaque nouveau Typhoon sont fabriqués au Royaume-Uni, générant « plus de 20 000 emplois sur tout le territoire ». Il a estimé que la commande turque, d’un montant pouvant atteindre 8 milliards de livres sterling, fait vivre au moins 330 fournisseurs britanniques, et constituerait une preuve que la stratégie gouvernementale en matière d’exportations « porte ses fruits ».
Pour ce qui est du plan de modernisation, Carns a affirmé que le Typhoon « continuera de soutenir notre capacité aérienne de combat jusqu’aux années 2040 » et que la rénovation du radar bénéficie d’un investissement de 3 milliards de livres. Il a précisé que le nouveau radar à balayage électronique est développé en collaboration avec les partenaires européens de l’Eurofighter et reste « dans les délais pour une livraison dans la prochaine décennie », contribuant à préserver des centaines d’emplois qualifiés, notamment chez Leonardo à Édimbourg. Sans avancer de dates pour les commandes en production ni s’engager sur des étapes précises du P4E, il a rappelé que le Typhoon fait l’objet « d’un ensemble complet d’améliorations visant à offrir un avantage opérationnel ».
Carns a confirmé que le Typhoon et le F-35 formeront un duo complémentaire. Il n’a pas abordé en détail les inquiétudes portant sur la mission nucléaire associée au F-35A, sur l’équipement futur en armements ni sur le calendrier d’intégration du Meteor, mais il a répété que la RAF accélère l’adoption des nouvelles technologies et a pour ambition de rester « la première force aérienne européenne ».
Enfin, il a lié la vision à long terme au GCAP, rappelant que ce programme est central dans l’architecture future de la défense aérienne britannique et que le Tempest participera à une transition plus large vers de nouveaux systèmes et innovations. Carns n’a cependant pas commenté les pressions évoquées sur le calendrier.