Dans le cadre de son effort pour renforcer sa puissance blindée face à la menace croissante des drones, l’armée indienne intègre des technologies anti-drones avancées directement dans sa Future Ready Combat Vehicle (FRCV), destinée à remplacer le char principal de bataille T-72. Cette innovation intégrée dès la conception confère au FRCV une robustesse adaptée aux champs de bataille modernes, où les essaims de drones à bas coût bouleversent les tactiques traditionnelles de combat blindé. Avec un prototype attendu pour 2028, ce programme illustre l’évolution doctrinale de l’Inde vers des opérations multi-domaines, combinant puissance de feu cinétique et contre-mesures électroniques pour neutraliser les menaces aériennes.
Le FRCV, évolution du concept initial Future Main Battle Tank (FMBT), prévoit la mise en service de 1 770 à 1 800 unités en trois phases à partir de 2030, remplaçant progressivement la flotte de T-72 d’origine soviétique qui équipe les 59 régiments blindés de l’armée indienne depuis plus de quarante ans.
Évalué entre 57 000 et 60 000 crores de roupies dans le cadre de l’initiative « Make in India », ce projet est piloté par l’Organisation de Recherche et de Développement de la Défense (DRDO), associée à des industriels privés tels que Larsen & Toubro et Tata Advanced Systems. Le FRCV devrait peser environ 60 tonnes, être propulsé par un moteur indigène de 1 500 chevaux, équipé d’un système de protection actif (APS) et doté d’une autonomie assistée par intelligence artificielle. Dans un contexte marqué par l’utilisation accrue d’essaims de drones – comme observé en Ukraine ou lors de l’Opération Sindoor en mai 2025 – la capacité anti-drones constitue son atout majeur.
La particularité du FRCV réside dans l’intégration native de ses contre-mesures anti-drones au châssis même, ce qui évite les complications logistiques liées aux kits additionnels et assure une parfaite synchronisation avec le système de fusion des capteurs à 360 degrés. « Le FRCV n’est pas simplement un char ; c’est une forteresse connectée, renforcée contre l’asymétrie aérienne qui caractérise la guerre du XXIe siècle », déclare un responsable de la DRDO. Cette approche s’inscrit dans une dynamique mondiale comparable, illustrée par les récepteurs d’alerte radar du russe T-14 Armata ou les versions évolutives du système Trophy équipant le M1 Abrams américain.
Le dispositif anti-drones du FRCV, tel que précisé dans les Exigences Qualitatives Générales (GSQR) de l’Armée finalisées en août 2025, combine des solutions « soft-kill » et « hard-kill » afin d’assurer une couverture globale :
- Détection électro-optique et radar : Un mât équipé d’une matrice de capteurs électro-optiques/infrarouges (EO/IR) à 360°, complétée par des radars AESA en nitrure de gallium, permettra de détecter des micro-drones à 10-15 km, bien au-delà de la portée visuelle du T-72. Cette détection est intégrée au système de commandement Akashteer développé par la DRDO, autorisant un guidage en temps réel des contre-mesures anti-essaim.
- Brouilleurs de guerre électronique : Des brouilleurs directionnels à haute puissance issus de la suite indienne Samyukta perturberont la navigation GPS/INS des UAV adverses, provoquant leur chute automatique ou leur dérive hors trajectoire. Leur portée visée s’étend de 100 à 200 km pour les munitions en vol stationnaire, avec des modes à fréquences variables pour contrer l’évolution des signaux électroniques des drones.
- Intercepteurs cinétiques : Le système de protection actif, vraisemblablement une évolution de l’Iron Fist ou un modèle indigène, intégrera des effecteurs à lancement vertical spécialisés contre drones, tirant des ogives à fragmentation ou des impulsions à énergie dirigée pour détruire les quadricoptères en plein vol. Les essais, prévus au premier trimestre 2026 sur le polygone de Pokhran dans le Rajasthan, viseront un taux de réussite supérieur à 85 % contre les UAV de catégorie Group 1-2 (moins de 20 kg).
- Synergies CBRN : Le système contribue aussi à la défense contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires, grâce à une cabine pressurisée et des trappes auto-étanches, garantissant la survie de l’équipage dans des environnements contaminés ou saturés.
Ce dispositif anti-drones s’inscrit dans l’arsenal plus large du FRCV : un canon lisse de 120 mm avec chargeur automatique à cadence de 10 coups par minute, une propulsion hybride-électrique pour des déplacements silencieux, et la possibilité de toron non habité afin de réduire l’exposition de l’équipage. L’intégration de drones, capables notamment de lancer des munitions en vol stationnaire comme le Nagastra, transforme le char en nœud avancé de combat. De plus, des systèmes de gestion des batailles connectés par satellite permettront une coordination au niveau brigade.