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Face à la montée des tensions à la frontière orientale de l’OTAN, l’Estonie a entamé la construction de bunkers le long de sa frontière sud-est avec la Russie. Parallèlement, l’Allemagne apporte son soutien à la Pologne en renforçant sa frontière avec la Biélorussie et l’enclave russe de Kaliningrad.

Selon le Centre estonien des investissements de défense, sept bunkers en béton préfabriqué ont été assemblés la semaine dernière, dans le cadre d’un premier déploiement. L’objectif est d’en ériger 28 d’ici la fin de l’année, sur un total de 600 unités prévues en Estonie. Ces ouvrages s’inscrivent dans un projet conjoint des trois États baltes visant à établir une ligne de défense échelonnée sur la frontière orientale de l’OTAN.

Chaque bunker, d’une surface de 35 mètres carrés, est conçu pour résister aux impacts d’obus d’artillerie de calibre 152 mm. Initialement prévue pour l’an dernier, cette construction avait été retardée en raison des dépassements budgétaires engendrés par l’absence de communication des emplacements précis, un secret de sécurité. Les entreprises candidates avaient alors proposé des devis élevés pour couvrir les risques liés à un terrain difficile et un accès restreint.

Des règles strictes de construction même en temps de paix

Seules 28 structures ont donc été commandées dans un premier temps, à des fins pilotes, principalement dans la région de Setumaa, au sud-est de l’Estonie. Parmi elles, 27 seront implantées sur des terrains publics, une sur un terrain privé. Le reste des bunkers devrait être attribué avant la fin de l’année. La réalisation de ce dispositif doit en outre respecter de nombreuses contraintes administratives, environnementales et sécuritaires, impliquant une coordination avec les propriétaires publics et privés ainsi qu’avec diverses institutions.

Le calendrier global reste incertain. À titre d’exemple, seuls 500 mètres de tranchées antichars sur les 3 400 prévus ont été creusés jusqu’à présent. En revanche, les barbelés et obstacles antichars sont déjà stockés et prêts à être déployés en cas de nécessité.

Un effort budgétaire conséquent et des capacités renforcées

À ce jour, l’Estonie a investi la moitié de son budget total de 60 millions d’euros dédié à cette ligne de défense balte. Ce montant est plus avancé que ceux du Lettonie et de la Lituanie, qui disposent toutefois de frontières plus longues, ce qui génère des coûts globaux plus élevés. Ce système de barrières physiques est complété par un renforcement de la défense aérienne, incluant la mise en place d’une « barrière anti-drone » pour contrer les drones ennemis. La garde-frontière estonienne a déjà déployé un système de détection adapté.

Le rôle de l’Allemagne dans le renforcement polonais

Plus au sud, la Pologne, autre membre de l’OTAN, consolide elle aussi sa frontière avec la Biélorussie et Kaliningrad dans le cadre de l’« Opération Bouclier Est ». Le ministère allemand de la Défense a annoncé la participation d’« un nombre moyen à deux chiffres » de soldats de la Bundeswehr à ce dispositif. Cette mission, prévue pour débuter au deuxième trimestre de l’année prochaine, s’étendra jusqu’à la fin de 2027.

Ces différentes mesures illustrent la volonté des alliés de l’OTAN de renforcer leur posture défensive face aux menaces potentielles à l’est, dans un contexte géopolitique marqué par une volatilité persistante et une modernisation des dispositifs militaires en première ligne.

Stefan Axel Boes