Dans le cadre d’une stratégie visant à renforcer la protection des vastes frontières maritimes de l’Inde, la Garde côtière indienne (ICG) explore activement l’intégration de drones sous-marins pour surveiller le trafic maritime au sein de la Zone Économique Exclusive (ZEE) indienne. La Marine indienne, qui supervise la Garde côtière, développe parallèlement des initiatives similaires, avec l’objectif de déployer ces systèmes autonomes pour des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR). Ce double effort illustre une volonté accrue d’exploiter les technologies non habitées de pointe au service de la sécurité nationale, notamment pour le contrôle des activités de pêche et la surveillance des eaux côtières sensibles.
La ZEE indienne couvre plus de 2,3 millions de kilomètres carrés, une étendue stratégique riche en ressources marines mais vulnérable aux activités illégales telles que la pêche non autorisée, la contrebande ou les incursions territoriales. L’utilisation envisagée de drones sous-marins — appelés également véhicules sous-marins autonomes (AUV) ou véhicules sous-marins sans pilote (UUV) — vise à assurer une surveillance persistante et en temps réel du trafic maritime, sans dépendre uniquement des patrouilles en surface ou des navires habités. Ces drones peuvent opérer discrètement à des profondeurs supérieures à 100 mètres, équipés de sonars, de caméras et de capteurs capables de détecter et de classifier les bateaux, y compris les navires de pêche.
Selon des sources internes, la Garde côtière s’attachera principalement à des missions spécifiques liées à son mandat : assurer une surveillance rigoureuse des opérations de pêche au sein de la ZEE afin de lutter contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN), qui menace la biodiversité marine et les intérêts économiques du pays. Le suivi des mouvements des bateaux de pêche permettra d’appliquer les régulations, d’éviter la surpêche et de répondre rapidement aux signaux de détresse ou activités suspectes. Cette démarche s’inscrit dans la continuité des récents renforts en matière de surveillance maritime, incluant l’intégration de drones aériens et de systèmes intelligents à bord des nouveaux patrouilleurs hauturiers.
La Marine indienne s’implique quant à elle dans une approche coordonnée, envisageant d’utiliser ces drones pour des missions ISR plus étendues. Celles-ci pourraient inclure la lutte anti-sous-marine, la détection de mines, la cartographie des fonds marins et la collecte de renseignements dans des zones sensibles comme l’océan Indien. Les avancées récentes, comme les projets du DRDO portant sur des drones subaquatiques lancés depuis des sous-marins (ULUAV) ou les essaims de drones sous-marins, montrent l’ambition de la Marine à étendre les capacités de ses sous-marins sans compromettre leur discrétion. Par exemple, ces systèmes pourraient être déployés via des tubes lance-torpilles pour réaliser une surveillance au-delà de l’horizon et fournir des informations critiques sur les mouvements adverses tout en maintenant le porteur indétectable.
L’adoption des drones sous-marins constitue un bond en avant en termes d’efficacité opérationnelle, en réduisant les risques pour le personnel et les coûts liés aux missions habitées. Les modèles avancés, notamment ceux proposés par des entreprises nationales comme Sagar Defence Engineering, intègrent des algorithmes d’intelligence artificielle pour la navigation autonome, l’évitement d’obstacles et l’analyse des données. Ces drones communiquent via des liaisons acoustiques, permettant des opérations en essaim où plusieurs unités couvrent de vastes zones de manière coordonnée.
Selon des rapports, la Marine pousse au développement de véhicules sous-marins à haute endurance capables d’assumer des missions combinées d’ISR, d’anti-sous-marin et de lutte contre les mines. Le processus d’acquisition préliminaire du ministère de la Défense, lancé en 2022, vise des drones à double usage observation et frappe, avec des prototypes attendus pour 2025. Parallèlement, la Garde côtière concentre ses efforts sur la surveillance des activités de pêche, en privilégiant des missions non-combattantes telles que la protection environnementale et l’appui aux opérations de recherche et secours. Les contrats récents, dont l’acquisition de 30 essaims d’AUV dédiés à la détection de mines, illustrent cette dynamique croissante.
Cette synergie entre la Garde côtière et la Marine est essentielle : la Marine assure une supervision stratégique tandis que la Garde côtière opère au quotidien la surveillance et l’application des règles dans la ZEE. Des collaborations avec des startups comme EyeROV Technologies, qui a développé le TUNA ROV pour les inspections sous-marines, et des partenariats internationaux avec Ocean Aero et son drone TRITON AUSV, accélèrent le développement national dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat d’autonomie stratégique.
L’intégration des drones sous-marins répond à des défis croissants dans la région de l’océan Indien, marquée par la montée en puissance navale chinoise et la menace de la piraterie. En renforçant la connaissance du domaine maritime, ces systèmes contribueront à dissuader les incursions, protéger les infrastructures sous-marines critiques telles que les câbles et pipelines, et soutenir les opérations humanitaires. Pour la Garde côtière, la surveillance en temps réel des navires de pêche favorisera des pratiques durables, avec des retombées économiques potentielles dans le secteur des pêches, qui génère des milliards d’euros chaque année.
Alors que l’Inde vise une flotte de 175 à 200 navires de guerre d’ici 2035, les systèmes sans pilote comme les UUV deviendront des multiplicateurs de force, permettant une surveillance persistante sur de vastes zones. La récente pose de la quille de patrouilleurs hauturiers de nouvelle génération (NGOPV) dotés d’intelligence artificielle et capables d’intégrer des drones souligne l’intégration progressive de ces technologies dans les opérations de la flotte.