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La tension semble se relâcher autour des déploiements controversés de la Garde nationale américaine dans plusieurs villes dirigées par l’opposition démocrate. Après que deux juges fédéraux ont suspendu temporairement ou définitivement les opérations à Chicago (Illinois) et Portland (Oregon), plusieurs centaines de soldats, initialement placés sous contrôle fédéral, devraient rapidement retrouver le commandement de leurs États respectifs.

À Chicago, une décision judiciaire provisoire a déjà bloqué le mois dernier l’intervention de la Garde nationale dans le cadre de l’opération « Midway Blitz », visant à appuyer les agences fédérales dans la lutte contre l’immigration clandestine. Les 300 gardes nationaux de l’Illinois et 200 de l’État du Texas, mis à disposition du gouvernement fédéral, n’ont donc pas été engagés sur le terrain. Parallèlement, plusieurs agents fédéraux mobilisés dans cette opération ont été redéployés, notamment vers Charlotte en Caroline du Nord.

Un retrait partiel, mais un maintien sous commandement fédéral pour certains

Malgré la poursuite d’une procédure d’appel devant la Cour Suprême des États-Unis, le U.S. Northern Command (NORTHCOM) a annoncé vendredi dernier que les gardes texans regagneraient leur État, tout en restant mobilisables pour d’éventuels nouveaux déploiements. Les soldats de l’Illinois, eux, demeurent temporairement sous commandement fédéral.

Concernant Portland, une juge fédérale nommée par le président Trump a interdit définitivement le déploiement. Le gouvernement n’a pas su démontrer l’existence d’une insurrection ou d’une menace imminente justifiant l’intervention fédérale, ni que les forces régulières locales étaient incapables de maintenir l’ordre. La description des événements dans la ville comme une « zone de guerre » par le président a été jugée « complètement déconnectée de la réalité ».

Des procédures judiciaires toujours en cours

Face à cette interdiction, Trump avait essayé de contourner la décision en envoyant des gardes californiens à la place des troupes de l’Oregon, manœuvre également suspendue provisoirement par la justice. Désormais, la moitié des quelque 200 gardes nationaux mobilisés dans chaque État sera démobilisée, tandis que le reste restera sous commandement fédéral. NORTHCOM a aussi annoncé une « adaptation » du premier déploiement en date, celui de Los Angeles, qui avait déjà été fortement réduit en juillet.

À Los Angeles, une procédure d’appel est toujours en cours suite à la décision d’un autre juge fédéral déclarant illégal le déploiement initial de 4 000 gardes nationaux et 700 Marines. En revanche, une plainte d’un groupe de défense des droits civiques contre la mobilisation de 300 gardes de Virginie-Occidentale pour Washington D.C. a été rejetée récemment. Ces troupes sont donc autorisées à rester en fonction dans la capitale fédérale.

Garde nationale de Virginie-Occidentale à Washington D.C.
La Garde nationale de Virginie-Occidentale est autorisée à poursuivre ses missions à Washington D.C., ici à Union Station. (U.S. Army National Guard / Kylie Jorgensen)

Les projets d’une force d’intervention nationale restent contestés

D’autres procédures concernent encore les déploiements à Washington D.C. et à Memphis (Tennessee), ce dernier étant néanmoins soutenu par le gouverneur républicain local et suscitant moins de controverses. Par ailleurs, le projet de l’administration Trump de créer une force d’intervention nationale, mobilisable à tout moment à l’échelle fédérale avec des troupes mises à disposition par tous les États et territoires américains, demeure un sujet de débats vifs. Le maintien sous commandement fédéral des 700 gardes non déployés à Chicago et Portland pourrait s’inscrire dans cette stratégie.

À l’inverse, ces retraits partiels pourraient aussi refléter un changement de priorité de la Maison Blanche, soucieuse de ne pas intensifier les tensions alors que la perception de la situation économique se dégrade auprès des électeurs, facteur crucial ayant influencé l’élection de Trump. Par ailleurs, parmi la population latino-américaine, les opérations d’expulsions d’immigrés clandestins sont de plus en plus critiquées : elles ont aussi touché des immigrés légaux ainsi que des citoyens américains d’origine latino. Les élections récentes en Virginie, dans le New Jersey et à New York ont servi d’avertissement avant les élections de mi-mandat nationales prévues l’an prochain.

Stefan Axel Boes