Le 7 octobre 2023, Hamas a lancé une attaque sans précédent contre Israël, franchissant les frontières de Gaza vers le territoire israélien et tuant plus de 1 300 personnes tout en prenant 199 otages. En réponse, Israël a déclaré la guerre à Hamas et, au cours des dix derniers jours, a mené des frappes aériennes intensives à Gaza, faisant plus de 2 750 morts, imposant un blocus strict sur le territoire palestinien et ordonnant aux habitants du nord de Gaza de se déplacer vers le sud. Ce conflit risque d’aggraver les tensions régionales, avec notamment des attaques de Hizballah au Liban appuyé par l’Iran et des menaces directes d’intervention iranienne si Israël lance une offensive terrestre à Gaza.
Cette crise marque un tournant majeur dans le conflit israélo-palestinien, dont l’ampleur et les répercussions régionales se dessinent progressivement.
Jonathan Lincoln
Directeur par intérim, Center for Jewish Civilization,
School of Foreign Service, Université de Georgetown
La défaillance catastrophique de la sécurité israélienne face à l’attaque sophistiquée et meurtrière de Hamas inaugure une nouvelle ère du conflit dans la région. Depuis 2007, Hamas contrôle Gaza et a alterné entre violences contre Israël et périodes de calme afin de bénéficier d’avantages importants tels que l’aide internationale, l’électricité, des permis de travail pour les Gazaouis en Israël, et le commerce avec l’Égypte. Malgré des restrictions israéliennes sévères et une crise humanitaire persistante, le groupe a réussi à consolider une force militaire entraînée, financée notamment par des recettes fiscales et des aides qataries facilitées par Israël. Même si Israël avait été mieux préparé, la riposte israélienne et la destruction massive à Gaza étaient clairement anticipées par Hamas. Alors que l’opération israélienne s’intensifie avec une possible offensive terrestre, la situation humanitaire à Gaza devient insoutenable. La libération des otages israéliens détenus par Hamas ainsi que l’acheminement d’aides humanitaires pourraient modifier temporairement la dynamique du conflit. Cependant, la compréhension des causes profondes, de l’évolution des combats, du rôle de l’Iran et des conséquences régionales reste en cours d’analyse.
Hanin Ghaddar
Chercheuse Friedmann,
The Washington Institute for Near East Policy
Les Palestiniens de Gaza paient un lourd tribut depuis l’attaque terroriste du 7 octobre, tandis que l’Iran et son relais libanais, Hizballah, en tirent profit. En menant des frappes limitées le long de la frontière israélo-libanaise et en proférant des menaces constantes, Hizballah conserve une certaine dénégation plausible, évitant une guerre totale tout en maximisant ses gains stratégiques. Le processus de normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël est interrompu, la rhétorique de la résistance s’est ravivée, et la position de Hizballah s’est renforcée, ses missiles constituant aujourd’hui une menace plus significative. Toutefois, si l’Iran exige une participation pleine et entière de Hizballah à un conflit généralisé, cela mettrait en péril cet avantage, exposant la force la plus précieuse du Corps des Gardiens de la Révolution à un conflit long et épuisant, sans certitude de reconstruction ou de compensation financière. Un tel conflit ne garantirait aucune « victoire » claire et représenterait un scénario que ces acteurs ne peuvent se permettre.
Le régime iranien cherche à capitaliser sur les bénéfices tirés de cette guerre pour renforcer son influence régionale et asseoir son rôle dominant. Néanmoins, alors que la plupart des acteurs, dont Israël et les États-Unis, s’efforcent d’éviter une guerre élargie, l’Iran doit mesurer les risques militaires et politiques encourus si Hizballah s’engage dans un conflit ouvert, et être conscient qu’il en serait tenu pour responsable.
Yaël Mizrahi-Arnaud
Doctorante en Histoire, New York University
Chercheuse au Forum for Regional Thinking
Les attaques choquantes et horribles du 7 octobre ont remis en cause la conviction israélienne selon laquelle il était possible de contenir Hamas via des incitations économiques et des opérations militaires périodiques, une approche qualifiée par les forces israéliennes d’« entretien du terrain ». Désormais, la politique d’Israël est la destruction totale de Hamas, mais la manière d’y parvenir et ses conséquences à long terme restent incertaines. Parmi les options possibles, la réoccupation de la bande de Gaza s’annonce la plus coûteuse, tant sur le plan financier que par le nombre probable de pertes humaines des deux côtés. Par ailleurs, intégrer l’Autorité palestinienne, dont la légitimité auprès des Palestiniens est quasi inexistante, présente également de nombreux défis. Si la destruction complète de Hamas n’est pas atteignable, Israël devra rétablir un équilibre de dissuasion, voire envisager un cessez-le-feu durable. Un retour à la table des négociations pour aborder les enjeux plus larges du conflit israélo-palestinien semble toutefois très improbable, malgré la nécessité pressante d’une solution politique.