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Goodluck India Limited investit 500 crores pour tripler la production d’obus, répondant ainsi à la crise mondiale des munitions. Cette expansion majeure vise à renforcer la chaîne d’approvisionnement en munitions alors que la demande globale ne cesse de croître face aux tensions géopolitiques et aux perturbations des circuits d’approvisionnement.

Goodluck India Limited a annoncé un investissement massif de 500 crores dans son usine de l’Uttar Pradesh, avec pour objectif de porter la production de douilles vides d’obus M107 de calibre 155 mm de 150 000 à 400 000 unités en seulement un an. Cette décision stratégique intervient alors que les clients nationaux et plusieurs pays européens multiplient leurs stocks de munitions, pris dans un contexte international marqué par des tensions croissantes et des difficultés d’approvisionnement.

L’investissement prévoit non seulement d’augmenter considérablement la production de douilles d’obus, mais aussi d’équiper l’usine de machines de pointe destinées à la fabrication de composants aéronautiques. Cette diversification positionne le site comme un acteur clé tant dans les secteurs de la défense que de l’aéronautique de précision. Financé par un mélange stratégique d’endettement et de fonds propres accumulés, ce projet s’inscrit dans la dynamique de souveraineté industrielle promue par le programme Atmanirbhar Bharat, visant à réduire la dépendance aux importations dans l’écosystème de défense indien.

Implantée à Saharanpur, dans l’Uttar Pradesh, l’usine opère sous la filiale Goodluck Defence and Aerospace. Elle a récemment démarré la production commerciale des douilles d’obus de moyen calibre après l’obtention d’une licence de fabrication majeure au début du mois d’octobre. Ces obus M107, essentiels pour les obusiers de calibre 155 mm en artillerie de campagne, constituent un élément central des capacités logistiques des armées modernes. Avec des lots tests déjà en cours, cette installation est appelée à devenir un maillon essentiel dans la chaîne d’approvisionnement en munitions de l’Inde, répondant tant aux besoins de défense des frontières qu’aux commandes à l’exportation.

Le calendrier de cette montée en puissance ne pouvait être plus opportun. Face au conflit prolongé en Ukraine et aux perturbations des approvisionnements russes, les pays européens, notamment l’Allemagne, la France et la Pologne, se sont lancés dans une course effrénée pour sécuriser à la fois les obus d’artillerie et leurs charges explosives. Cette situation a fait grimper les prix et allongé les délais à l’échelle mondiale. L’Inde se positionne ainsi comme un fournisseur fiable proposant des solutions compétitives et de qualité au service des besoins européens.

Parallèlement, la modernisation constante de l’armée indienne, incluant des acquisitions pour des systèmes indigènes tels que l’Advanced Towed Artillery Gun System (ATAGS), alimente la demande interne en douilles d’obus. « Goodluck est stratégiquement placé pour répondre à cette demande sans précédent », a déclaré Mohan Gupta, directeur général, lors de l’annonce. L’entreprise, aux racines initiales dans la fabrication de tubes en acier et de composants automobiles, développe son portefeuille défense depuis son entrée dans ce secteur en 2020. Cette extension s’appuie sur des avancées récentes, notamment la participation au consortium pour le programme Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) et l’obtention de commandes pour des pièces forgées d’obus.

Pour les analystes, ce pari audacieux sur une augmentation durable des dépenses de défense est porteur. Avec des exportations de défense indiennes dépassant 21 000 crores durant l’exercice 2024-2025 et une demande européenne anticipée à plus d’un million de munitions de calibre 155 mm par an jusqu’en 2027, la capacité triplée de Goodluck pourrait générer plus de 300 crores de revenus uniquement sur les douilles. La dimension aéronautique ajoute une nouvelle dynamique, en s’appuyant sur la croissance des secteurs civil et militaire aéronautique en Inde, incluant des partenariats dans le cadre des compensations Boeing et des collaborations avec l’ISRO.