Un groupe de défense des droits humains baloutches a révélé un échec lors d’un test de missile Ababeel dans une zone civile, suscitant de vives inquiétudes pour la sécurité des populations locales. Ce rapport met en lumière des tirs non annoncés de missiles par la Marine pakistanaise dans des régions montagneuses densément peuplées du Baloutchistan.
Le département de surveillance des droits humains Paank, affilié au Mouvement national baloutche, a publié le 21 août 2025 un rapport intitulé « Les frappes de missiles de la Marine pakistanaise à Ormara et Awaran : la sécurité civile menacée ». Le document décrit des bombardements réalisés le 11 juillet 2025 dans les zones montagneuses de Kolwah et Awaran, sans avertissement préalable. Le Mouvement national baloutche agit en tant qu’organisation politique dédiée à la promotion des droits et libertés du peuple baloutche dans la région.
Le rapport précise que plusieurs missiles ont été lancés depuis la base navale Jinnah d’Ormara vers l’intérieur du Baloutchistan central, une zone accidentée provoquant une vive panique parmi les habitants. Des témoins présents à Kolwah et Awaran ont rapporté une explosion bruyante vers 11h00 du matin. La confirmation de l’incident a été retardée en raison d’infrastructures de communication peu fiables dans cette région isolée. Des vidéos diffusées le 17 août 2025 ont corroboré les témoignages recueillis par les enquêteurs de Paank.
Les recherches ultérieures ont permis de retrouver des débris de missiles éparpillés dans les montagnes entourant les villages de Kolwah et Awaran, comme en attestent les photographies annexées au rapport. Ces fragments correspondent à la partie haute de la charge utile du missile balistique à moyenne portée Ababeel, encore en phase de développement. Ce système sol-sol est conçu pour être équipé de multiples ogives indépendantes (MIRV), avec une portée annoncée pouvant atteindre 2 200 kilomètres. Le programme Ababeel a déjà connu au moins deux échecs lors de tests précédents, notamment en octobre 2023, en raison de difficultés techniques liées à la propulsion, à la guidage et à l’intégrité structurelle.
La forme des débris ne correspond pas à celle des missiles de croisière actuellement en service au Pakistan, comme les séries Babur ou Ra’ad, qui présentent des profils aérodynamiques et des signatures de propulsion distincts. Aucune Notice to Airmen (NOTAM), avertissement officiel de restriction d’espace aérien, n’a été émise pour la date du 11 juillet. Or, ces notifications sont généralement obligatoires pour les tests balistiques, et moins systématiquement pour les essais de missiles de croisière. Des analystes estiment que cette opération pourrait avoir été présentée comme un tir de croisière pour contourner les restrictions aériennes. Cette période coïncide par ailleurs avec des exercices militaires en mer d’Arabie, correspondant au calendrier des tirs rapportés depuis Ormara.
Des sources indépendantes liées à la défense indienne, dont la Defence Research Wing et WION, ont confirmé un autre échec d’essai du missile Ababeel le 20 juillet 2025. Lors de ce lancement, le missile a défailli en vol et s’est écrasé près de Dera Bugti, à environ 200 kilomètres au nord-est d’Awaran. Des appareils de renseignement américains RC-135S Cobra Ball ont suivi cet incident depuis la mer d’Arabie. Par ailleurs, des images des débris de Dera Bugti ont circulé sur la plateforme X entre le 23 et le 25 juillet 2025, révélant des dommages compatibles avec une défaillance de propulsion ou une destruction en vol.
Le rapport de Paank souligne la proximité des zones d’impact avec des implantations humaines où les familles vivent de l’élevage sur les pâturages de montagne, base essentielle de leur économie locale. Un habitant, sous couvert d’anonymat, a confié aux enquêteurs le traumatisme provoqué par ces explosions imprévues, qui ont retenti dans les vallées et provoqué des évacuations sans avertissements préalables. L’absence de réaction officielle des autorités pakistanaises alimente les soupçons selon lesquels ces tirs seraient des essais d’armes non déclarés, plutôt que des opérations ciblées, accroissant la crainte des populations locales quant à d’éventuels risques radiologiques ou chimiques liés à des charges utiles dissimulées.