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En octobre 2023, l’unique escadron de chasseurs Su-57 de cinquième génération de la force aérienne russe a intégré une nouvelle version de missile de croisière. Ce missile semble correspondre à la portée annoncée d’environ 3 500 km des missiles Kh-101/102 utilisés par les bombardiers stratégiques russes.

Cette avancée technologique ouvre la voie à des missions de frappe pour les Su-57, jusque-là réservées aux forces aériennes stratégiques. Contrairement aux Kh-101/102, ce nouveau missile dispose d’un corps beaucoup plus compact, adapté aux capacités des unités d’aviation tactique, tout en conservant une portée impressionnante grâce à l’intégration d’un petit turboréacteur de dernière génération.

Alors que certaines prévisions évoquent une portée possible jusqu’à 5 500 km pour les Kh-101/102, la plupart des analystes internationaux s’accordent sur une portée minimale d’environ 3 500 km.

Le rayon d’action opérationnel du Su-57, qui devrait être plus de deux fois supérieur à celui des chasseurs américains F-35 et F-22, devrait encore s’amplifier avec l’arrivée des moteurs Saturn 30 prévue d’ici la fin de la décennie. Combinée à ce nouveau missile de croisière, cette capacité pourrait permettre aux Su-57 d’engager des cibles jusqu’ici inaccessibles aux forces aériennes tactiques classiques.

L’entrée en service des premiers Su-57 opérationnels dans le Pacifique marque la montée en puissance de l’attention militaire russe dans la région. Elle représente aussi une menace sérieuse pour les bases américaines situées à Guam et à Hawaï, des îles stratégiques servant de plateformes majeures pour les opérations militaires des États-Unis en Asie de l’Est.

Ces territoires ont pris une importance croissante dans la stratégie américaine en Asie depuis le lancement de l’initiative « Pivot vers l’Asie » au début des années 2010. Cette priorité reflète également la vulnérabilité des installations américaines plus proches du continent asiatique, notamment en Corée du Sud et au Japon, face aux capacités balistiques renforcées de la Chine et de la Corée du Nord.

Conscients de cette menace grandissante, les États-Unis ont engagé la construction d’une vingtaine de nouveaux sites de défense aérienne dans ces bases du Pacifique. Toutefois, la principale menace demeure les attaques par missiles balistiques. L’apparition des missiles de croisière furtifs russes augmente leur capacité à atteindre efficacement ces cibles, accentuant la pression sur les défenses américaines.

La mise en place de bases russes dans l’Extrême-Orient positionnerait les Su-57 à portée de frappe de Guam sans avoir besoin de ravitaillement en vol. D’autres sites, plus proches du cap Dezhnev, pourraient étendre la capacité de frappe vers les installations hawaïennes.

Le mariage entre missile de croisière stratégique et Su-57 revêt une portée stratégique majeure, surtout à l’échelle envisagée du déploiement de cet appareil. On estime en effet que plus de 250 exemplaires pourraient être mis en service en Russie, avec trois escadrons pleinement opérationnels d’ici 2027.

La production devrait dépasser les 12 appareils par an dès 2023, avec une montée en cadence possible à plus de 20 unités annuelles en 2027. Progressivement, le Su-57 deviendra le pilier de l’aviation tactique russe, avec pour potentiel de se voir reconfiguré en force de frappe stratégique quasi-intercontinentale.

Positionné stratégiquement près de l’espace aérien de l’Alaska dans le Pacifique, ce chasseur bénéficie, avec l’appui du ravitaillement en vol, de la capacité à cibler des installations industrielles clés sur le territoire continental américain, notamment en Californie.

Si l’utilisation de bombardiers reste une option crédible, le recours à ces chasseurs présente des avantages logistiques considérables : des effectifs plus nombreux, une variété de bases déployées, la capacité d’opérer sur des pistes courtes et des coûts d’entretien réduits.

Le Su-57 se distingue par son alliance entre performance sur pistes courtes et intégration d’un missile de croisière stratégique. Son architecture vise une maintenance réduite et une très haute disponibilité, cherchant à éviter les problèmes complexes qui ont affecté la disponibilité des chasseurs américains de cinquième génération.

Par ailleurs, les qualités furtives du Su-57 augmentent son efficacité, réduisant significativement le délai dont disposent les installations américaines pour détecter et riposter à une attaque de missiles.

Les missiles Kh-101/102 ont démontré leur efficacité à travers plusieurs engagements en Syrie et en Ukraine. Parallèlement, le Su-57 a prouvé ses capacités supérieures de frappe de précision au-delà de la portée visuelle dans divers scénarios, incluant des missions de suppression des défenses aériennes en Ukraine.

L’intégration de ce nouveau missile de croisière augmente sa portée air-sol d’un facteur supérieur à dix par rapport aux Kh-59MK2 précédemment utilisés, conférant au Su-57 la plus grande portée d’engagement jamais atteinte par un avion de combat tactique dans le monde. Cette avancée révolutionne ses possibilités opératoires et pourrait permettre au Su-57 de remplacer partiellement une partie de la flotte de bombardiers russes.

L’apparition de ces capacités de frappe stratégique sur un appareil tactique pourrait poser des défis accrus, notamment si ces missiles miniaturisés devenaient disponibles à l’export.

L’Algérie, qui aurait déjà passé commande de Su-57, pourrait avec ces missiles étendre la portée de ses attaques, ciblant des installations critiques en Europe depuis son territoire africain.

L’acquisition de missiles de croisière furtifs pour des frappes longue portée constitue un avantage stratégique permettant de compenser certaines limites du Su-57, notamment sa furtivité moindre comparée à celle de ses concurrents chinois et américains. Des développements d’armes air-sol au-delà de la portée visuelle, incluant potentiellement des missiles balistiques, seraient également en cours pour cet avion.

En somme, l’arrivée de ce missile de croisière à longue portée sur le Su-57 ouvre de nouvelles perspectives dans la projection de puissance russe, notamment dans la région pacifique, et modifie les équilibres stratégiques autour des bases américaines clés à Guam et Hawaï.