Un récent exercice de l’armée européenne a mis en lumière un fossé générationnel concernant l’utilisation des drones. Si les soldats sur le terrain adoptent rapidement ces nouvelles technologies de combat en quelques heures, les états-majors supérieurs peinent encore à visualiser la nature des futurs champs de bataille.
« Cette jeune génération de soldats et de cadres possède déjà de nombreuses compétences, acquises notamment dans leurs formations axées sur les sciences et les technologies », explique le colonel Donald Neal Jr., commandant du 2e régiment de cavalerie basé à Grafenwoehr, en Allemagne, lors d’un point presse. « Un tireur peut ainsi cacher un talent pour la construction de drones ou détenir un diplôme en science des données. »
Ces constats proviennent de Project Flytrap, une série d’exercices en cours depuis juin au centre d’entraînement de Hohenfels, en Allemagne, et en Pologne. Ces opérations mettent en relation des militaires avec une diversité de drones et les ingénieurs civils qui les conçoivent.
Le colonel Neal souligne que cet exercice permet aussi aux chefs militaires d’identifier les talents cachés au sein de leurs unités, reconnaissant que les jeunes engagés sont souvent mieux préparés à intégrer le drone comme arme de combat quotidienne.
Selon le sergent-major Eric Bol, du 3e escadron du 2e régiment de cavalerie, il suffit généralement de moins de huit heures de formation pour que les soldats se sentent à l’aise avec ces systèmes. Toutefois, il refuse de réduire cet apprentissage à une simple question générationnelle, préférant y voir un don particulier chez certains individus.
« Piloter un drone est une compétence que l’on possède ou non. Nous évaluons cette aptitude via des simulateurs avant la formation pratique. Certains ont naturellement ce talent », explique-t-il.
L’objectif de cet exercice est d’aider l’armée à déterminer quels systèmes anti-drones doivent être achetés et déployés rapidement, dans le cadre de l’initiative Transform in Contact (TiC 2.0) lancée par le chef d’état-major, le général Randy George. Cette démarche a déjà conduit à la création d’unités spécialisées dans la guerre électronique et la lutte contre les menaces aériennes, ainsi qu’à la réorganisation de forces de combat plus mobiles et réduites.
« Imaginez un soldat utilisant un équipement aux côtés d’un expert industriel. Le soldat donne son retour, une modification est proposée, testée immédiatement », illustre le colonel Neal.
La défense contre les drones s’organise à partir des escouades en première ligne jusqu’aux états-majors de niveau bataillon, en insistant sur l’initiative des soldats au contact pour neutraliser rapidement ces engins.
« Une fois qu’un objet volant est détecté, ami ou ennemi, il faut pouvoir l’identifier, puis décider rapidement de la réaction à adopter », poursuit Neal. Cet impératif de décision s’applique « du soldat le plus modeste au haut commandement. »
Cependant, à partir du niveau commandement de bataillon (officier de rang O-5) et au-delà, l’armée anticipe un déficit de formation concernant la gestion des données et des logiciels nécessaires pour traiter ces menaces à grande vitesse.
« Il faudra des compétences adaptées à cette culture d’adaptation, que nous n’avons pas encore dans toutes nos unités », conclut Neal. « C’est précisément ce que nous testons dans cet exercice. »
La lutte contre les drones
Au cours de Project Flytrap, les soldats ont expérimenté diverses technologies anti-drones, allant des techniques « douces » de brouillage des fréquences radio utilisées par les appareils, aux destructions directes, comme l’abattage par projectile.
« Il n’existe pas de solution universelle. Le cumul des dispositifs utilisés révèle clairement les types d’équipements nécessaires pour protéger efficacement une formation », explique le lieutenant-colonel Jeremy Medaris, commandant du 3e escadron du 2e régiment de cavalerie.
Pour combattre efficacement ces menaces, l’armée mise sur la mise en place d’une défense « en couches ».
Une première couche peut consister en des systèmes anti-drones suffisamment compacts pour être portés dans l’équipement individuel des soldats, comme le My Defence Pitbull, un brouilleur léger à l’aspect d’une batterie externe. Ce système détecte les fréquences radio exploitées par les drones.
« Ce brouilleur peut par exemple immobiliser un drone en vol, l’abattre, ou le renvoyer à sa base. S’il le bloque seulement, un autre soldat équipé d’une optique spécialisée sur son fusil M4 pourrait alors engager l’appareil », détaille Medaris.
Si cette couche échoue, une deuxième ligne de défense repose sur des systèmes plus puissants montés sur un véhicule d’escouade d’infanterie, capables de brouiller les fréquences sur un large périmètre, avec des capteurs infrarouges ou des radars actifs.
« Les fondamentaux de la guerre de manœuvre restent essentiels : dispersion, protection, fortification, choix de routes, planification d’objectifs… Ces principes demeurent la clé, y compris dans la lutte anti-drones », conclut Medaris. « Certains outils changent, mais les principes stratégiques restent constants. »