Dans le conflit en Ukraine, les forces russes ont réalisé, ces dix derniers jours, de nouvelles avancées territoriales sur plusieurs fronts. À Pokrowsk, ville clé du sud-est ukrainien, elles ont progressé vers une zone où les troupes ukrainiennes étaient déjà infiltrées le mois dernier. Plus au nord, dans la région de Donetsk, près de Lyman et Siwersk, ainsi qu’à proximité de Kupiansk dans l’oblast de Kharkiv, ces avancées ont également permis de reprendre du terrain.

Plus à l’ouest, les forces russes ont consolidé de petites positions à la frontière de l’oblast de Dnipropetrovsk, qui, comme Kharkiv, ne fait pas partie officiellement des territoires revendiqués par la Russie. Dans l’oblast de Zaporijjia, à l’est des zones marécageuses laissées par l’ancien réservoir de Kakhovka détruit il y a deux ans, les Russes ont pris le contrôle de deux localités, avançant vers le nord. Ce mouvement représente sans doute la plus importante évolution sur le front sud depuis la contre-offensive ukrainienne peu concluante de l’été 2023.
Intensification des frappes de missiles des deux camps
Les deux camps ont intensifié leurs attaques par missiles de croisière. Le 30 août, l’Ukraine a utilisé pour la première fois son nouveau missile de croisière lourd FP-5 Flamingo contre un poste des forces frontalières du FSB russe en Crimée. La cible, peu stratégique, ainsi que la portée annoncée de 3 000 km suggèrent un tir d’essai en conditions réelles. Sur les trois missiles tirés, deux ont atteint la zone ciblée, tombant à une distance comprise entre 15 et 200 mètres de l’objectif présumé.
Par ailleurs, le 3 septembre, le Danemark a annoncé qu’il allait produire le carburant du Flamingo sur son territoire, constituant ainsi le premier site de production officiel de ce système d’armes ukrainien hors du pays. Selon des informations du 5 septembre, l’Ukraine devrait également recevoir jusqu’à 3 550 missiles de croisière légers ERAM des États-Unis, avec une portée maximale de 460 km. Parmi ceux-ci, 840 exemplaires sont prévus d’être livrés d’ici octobre 2026. Fait notable, ces livraisons sont cofinancées par plusieurs pays européens et les États-Unis, malgré la cessation annoncée de l’aide par l’administration Trump.
Actions ciblées contre l’industrie pétrolière russe
Cette coopération témoigne d’un intérêt des forces américaines pour tester en conditions de combat ces systèmes, dans l’optique d’éventuels achats futurs. Le missile ERAM ne doit pas être confondu avec le missile polyvalent RIM-174 (Standard Missile 6) de l’U.S. Navy, malgré la dénomination similaire. Il s’agit d’un projet visant un missile de croisière aérien à faible coût, développé en 14 mois par deux startups américaines. Ces missiles peuvent être lancés à partir de F-16 comme de MiG-29, deux avions actuellement en service en Ukraine.
La campagne de drones ukrainiens ciblant les infrastructures pétrolières et gazières russes commence à avoir des effets visibles. Selon différentes estimations, entre 17 % et 24 % de la capacité de raffinage russe serait hors service, entraînant des pénuries d’essence dans certaines régions reculées, principalement à destination du secteur civil. Néanmoins, les forces russes, grandes consommatrices de diesel et bénéficiant probablement de priorités d’approvisionnement, ne semblent pas encore affectées.
Le conflit ukrainien s’étend au-dessus de l’espace aérien polonais
Du côté russe, la fréquence et l’intensité des attaques augmentent également. Le week-end dernier, une drone aurait frappé pour la première fois le bâtiment gouvernemental de Kiev, siège du cabinet ukrainien. La nuit du mercredi précédent, la Pologne a rapporté une vague majeure d’attaques par drones contre l’ouest de l’Ukraine, avec au moins 19 violations de son espace aérien. Parmi eux, trois drones ont été abattus, grâce à l’intervention de chasseurs polonais et de F-35 néerlandais. Suite à des consultations évoquant l’Article 4 du traité de l’OTAN, l’Alliance a déclenché l’opération Eastern Sentry pour renforcer la protection de son flanc est face à cette menace.
Par ailleurs, le délai de quinze jours imposé par l’ancien président américain Donald Trump à Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky pour envisager une rencontre conjointe est désormais expiré, sans avancée notable. Les mesures additionnelles de sanctions envisagées par Trump contre la Russie ne se sont pas matérialisées, et aucune information concrète n’a été communiquée concernant les projets européens d’une force de paix de plusieurs dizaines de milliers d’hommes à déployer en Ukraine en cas de cessez-le-feu.
Stefan Axel Boes