Récemment, avec le soutien du Jihad islamique, le Hamas dans la bande de Gaza a lancé une opération militaire surprise contre Israël, prenant ce dernier au dépourvu et causant des pertes humaines et matérielles importantes, un fait rare ces dernières années. Israël a rapidement riposté par une offensive militaire d’envergure. Le conflit se poursuit et pourrait bientôt s’étendre plus profondément dans Gaza. Cette escalade suscite des craintes quant à la possibilité d’une guerre régionale, menaçant la stabilité du Moyen-Orient et au-delà. Des rancunes anciennes risquent de ressurgir.
Ce conflit actuel résulte de différends religieux de longue date, de tensions ethniques, de disputes territoriales et de questions internes opposant Israël et la Palestine. Les ressentiments accumulés par les groupes de résistance palestiniens ont explosé à ce moment précis.
Actuellement, la Palestine est essentiellement composée de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Ce récent affrontement a été initié par le Hamas, autorité de fait à Gaza, aidé en combat par une autre organisation politico-militaire locale, le Jihad islamique palestinien.
Dans les faits, la Palestine, y compris Gaza, reste sous contrôle israélien. Bien qu’Israël n’occupe pas directement Gaza, il exerce un blocus strict sur ce territoire. Du point de vue du Hamas, ses attaques contre Israël sont des actes de résistance. Parmi les Palestiniens, il représente la force principale capable et prête à s’opposer militairement à Israël.
Les causes du conflit sont complexes. D’une part, les tensions provoquées par l’intervention policière israélienne à la mosquée Al-Aqsa ne se sont jamais complètement apaisées. Lors de la fête juive de Souccot, des extrémistes israéliens sont de nouveau entrés à Al-Aqsa pour y prier, enflammant la colère palestinienne. D’autre part, Israël continue de démanteler des constructions palestiniennes non autorisées en territoire occupé et d’expulser des habitants palestiniens, aggravant les griefs anciens. Par ailleurs, Israël a arrêté des milliers de militants du Hamas. Ce dernier cherche notamment à obtenir leur libération en capturant des Israéliens à échanger.
Motivé par ces facteurs, le Hamas a lancé son opération militaire. Parallèlement, des négociations récentes entre l’Arabie saoudite et Israël, facilitées par les États-Unis, ont inquiété le Hamas, qui craint une marginalisation ou une trahison de la cause palestinienne. Par le biais de contrebande, le Hamas a accumulé en secret des armements comme des roquettes et des drones, lui permettant de défier Israël sur le terrain.
D’un point de vue tactique, le Hamas semble avoir atteint certains de ses objectifs. Il a ainsi capturé plus d’une centaine d’Israéliens et temporairement fait obstacle aux négociations secrètes entre Riyad et Tel-Aviv. Mais stratégiquement, le Hamas pourrait ne pas sortir gagnant : plus de 1 500 de ses militants ont été tués, alors qu’Israël cible méthodiquement les commandants militaires, responsables politiques et infrastructures du mouvement. La reconstruction après ces pertes sera longue.
De surcroît, par ses attaques aveugles visant Israéliens et étrangers, le Hamas s’est aliéné de nombreux États. Les pays occidentaux et Israël ont renforcé son statut de « organisation terroriste », légitimant des actions israéliennes sans retenue.
Après ces assauts, Israël a lancé une riposte sévère contre le Hamas. Son système de renseignement et ses capacités sécuritaires sont désormais mises en question, une opération impliquant plus d’un millier de militants Hamas nécessitant une organisation et des exercices préalables aurait dû être détectée.
À court terme, le risque d’une extension du conflit à l’échelle régionale reste faible. Pour cela, une intervention des pays arabes voisins ou d’organisations pro-iraniennes – comme le Hezbollah au Liban, le régime d’Assad en Syrie, les Forces de mobilisation populaire en Irak, les Houthis au Yémen ou l’Iran lui-même – serait nécessaire. Or, à ce stade, les États arabes ne semblent pas enclins à soutenir militairement le Hamas. L’Iran cherche à éviter une aggravation du conflit, tandis que les États-Unis ont déployé des porte-avions dans la région pour freiner toute escalade. Ce conflit pourrait donc se conclure par l’anéantissement du Hamas par Israël.
(Article rédigé par Gao Shangtao, directeur du Centre de recherche sur le Moyen-Orient à l’Académie diplomatique de Chine.)