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Des images inédites montrent les missiles iraniens « Kheibar Shekan » effectuer des corrections de trajectoire en phase terminale, révélant une avancée significative dans la pénétration des systèmes de défense antimissile les plus sophistiqués. Dans les premières heures du 14 avril, l’Iran a lancé de nombreux missiles et drones vers Israël, attirant l’attention des experts militaires mondiaux par les technologies balistiques innovantes employées.

Malgré l’interception réussie de nombreux drones-suicides, missiles de croisière et missiles balistiques anciens par Israël, l’usage par l’Iran de missiles balistiques à moyenne portée intégrant de nouvelles technologies a montré une forte probabilité de percée. Parmi ces innovations figurent des ogives à rentrée manœuvrable, des munitions en grappes ainsi que des missiles hypersoniques. De nombreux spécialistes considèrent que les capacités balistiques iraniennes étaient jusqu’ici sous-estimées et qu’une réévaluation s’impose.

Premières images des corrections de trajectoire en combat réel

Les images captées dévoilent, pour la première fois dans un contexte opérationnel, des ogives de missiles balistiques effectuant des manœuvres correctrices à haute vitesse en phase terminale, ce qui augmente la probabilité de pénétration et la précision.

Dans ces vidéos, l’ogive du missile semble subir un léger soulèvement, signe probable d’une correction de trajectoire finale, attestant ainsi de la capacité manœuvriable de l’ogive à grande vitesse et d’une précision accrue à moins de 10 mètres.

Le « Kheibar Shekan », un missile à moyenne portée avancé

Le « Kheibar Shekan » (littéralement « Briseur de Forteresses ») est un missile balistique à moyenne portée iranien de troisième génération propulsé par un moteur à propergol solide à deux étages, avec une portée d’environ 1 500 kilomètres.

Il se distingue notamment par une ogive séparatrice, une vitesse de rentrée accrue, des ailerons aérodynamiques de contrôle ainsi qu’une forme aérodynamique en double cône allongé. Selon des vidéos d’exercices iraniennes, il affiche une très grande précision terminale, avec un rayon d’erreur probable (CEP) estimé à 10 mètres.

Munitions en grappes pour déjouer la défense antimissile

De manière surprenante, l’Iran a également utilisé des missiles balistiques équipés d’ogives à munitions en grappes, semant la confusion dans les systèmes de défense israéliens. Au cours de cette nouvelle série d’attaques, en plus des missiles à moyenne portée et hypersoniques, les forces iraniennes ont déployé des missiles balistiques dotés d’ogives à sous-munitions multiples.

Lors de la rentrée atmosphérique, certains missiles ont libéré plusieurs ogives, que l’on a d’abord prises pour des débris interceptés. Ces éléments présentent pourtant une vitesse, une densité et une accélération caractéristiques, s’apparentant à des munitions en grappes.

Il pourrait s’agir du missile balistique « Khorramshahr-4 », l’un des plus perfectionnés en Iran, avec une portée allant jusqu’à 2 000 kilomètres et une charge militaire d’environ 1 500 kilogrammes. Son ogive mesure près de 4 mètres de long et peut embarquer deux types de munitions en grappes :

  • Un sous-munition plus petite, semblable au missile américain « Penguin-2 », capable de transporter jusqu’à 76 éléments perforants de piste d’atterrissage, capables de pénétrer 0,6 mètre de béton.
  • Un sous-munition plus volumineux doté de sa propre propulsion assurant une accélération terminale, avec la possibilité d’emporter 6 à 8 de ces unités.

Ces deux types peuvent être combinés, les plus petits serviraient de leurres en saturant simultanément la défense antimissile israélienne.

Les ogives à munitions en grappes compliquent considérablement l’interception, notamment pour des systèmes tels que le Patriot-3. L’option la plus efficace reste l’emploi du système antimissile « Arrow-3 », capable d’intercepter en exo-atmosphère.

Des missiles hypersoniques iraniens efficaces lors des frappes

L’Iran a également annoncé avoir utilisé des missiles hypersoniques contre Israël, avec succès. Selon la télévision d’État iranienne, sept missiles hypersoniques ont été tirés, franchissant les défenses israéliennes et atteignant précisément leurs objectifs.

En juin 2023, l’Iran avait dévoilé son missile hypersonique « Fateh » (le Conquérant), devenu ainsi le quatrième pays – après la Chine, la Russie et la Corée du Nord – à posséder une technologie hypersonique développée en propre (les États-Unis n’ayant pas encore réussi à en déployer opérationnellement).

Ce missile peut atteindre des vitesses théoriques jusqu’à Mach 15 (environ 18 360 km/h) sur une portée maximale de 1 400 kilomètres, lui permettant de frapper Israël en environ 400 secondes (soit 6 minutes). Il est capable de manœuvrer aussi bien dans l’atmosphère que dans l’espace proche, adoptant des trajectoires complexes et irrégulières qui rendent son interception quasi impossible.

Technologies et variantes du missile « Fateh »

Le « Fateh » comprend deux modèles basés sur des démarches technologiques différentes :

  • Le « Conqueror-1 » est équipé d’une ogive en double cône avec quatre ailerons mobiles à l’arrière et utilise un moteur à propergol solide dérivé de la série de missiles balistiques « Conqueror » 110/313.
  • Le « Conqueror-2 » affiche une conception avancée de type « waverider », offrant une meilleure manœuvrabilité hypersonique et autorisant des figures de vol complexes comme des virages serrés ou des roulis, bien que ce modèle n’ait été présenté qu’en maquette structurelle.

La conception de missiles hypersoniques « waverider » est un défi technologique majeur, nécessitant des installations spécialisées telles que des souffleries hypersoniques. Comment l’Iran a surmonté ces obstacles sans accès officiel à ces infrastructures demeure un mystère, suggérant une expertise avancée en coulisses.

Par ailleurs, la vitesse annoncée de Mach 15 pourrait être surestimée, car la vitesse maximale d’un missile balistique à 1 400 km de portée ne dépasse généralement pas Mach 10 au point de coupure du moteur.

Catégorie « hypersonique » et vitesse réelle

Il est probable que les missiles hypersoniques employés lors de cette opération soient des « Conqueror-1 », et que la définition iranienne de missile hypersonique englobe les missiles balistiques à ogive double cône manœuvrable et guidage terminal, avec une vitesse de coupure moteur comprise entre Mach 5 et 8, et une vitesse finale aux alentours de Mach 3 à 4. Cette catégorie regroupe notamment le missile russe « Dagger », le missile américain Penguin II et les chinois Dongfeng-16/21C/26.

L’Iran a aussi déployé des missiles à plus longue portée, dépassant 2 000 kilomètres, avec des vitesses de coupure moteur d’environ Mach 11 et une vitesse finale excédant Mach 5, compétences entrant dans la définition plus large des armes hypersoniques (vitesse > Mach 5).