Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a ordonné l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) afin d’« accélérer » les enquêtes menées par le bureau chargé des discriminations en milieu professionnel et des cas de harcèlement sexuel, ainsi que lors des premières phases des enquêtes de l’Inspecteur général (IG).
Ces directives concernant l’IA figurent dans une série de mémorandums publiés mardi par le Pentagone, à la suite de l’intervention de Pete Hegseth devant des officiers supérieurs en Virginie.
Les mémos restent assez vagues quant à l’emploi précis de l’IA par les enquêteurs, évoquant notamment son utilisation pour classer et orienter les plaintes, en plus de faciliter la planification et la tenue des dossiers.
Ces documents s’inscrivent dans le cadre d’une refonte plus large des procédures de l’Inspecteur général, ainsi que des programmes Military Equal Opportunity (MEO) et Equal Employment Opportunity (EEO), dédiés à la lutte contre les discriminations raciales et sexuelles au sein des forces armées, réforme que Hegseth avait déjà annoncée en avril.
Le mémo spécifique au MEO/EEO charge le directeur de la Defense Human Resources Activity de définir et d’allouer des financements à la direction responsable des enquêtes EEO, en mettant l’accent sur le recours à des solutions externalisées et informatisées telles que l’IA, afin d’accélérer les enquêtes concernant les officiers généraux et hauts responsables.
Un autre mémo réforme le système de l’Inspecteur général, qui agit en dehors de la chaîne de commandement des troupes et mène des enquêtes sur les violations de politiques, la mauvaise gestion, les comportements inappropriés et les manquements à l’éthique.
« Nous libérons un processus d’inspection général — l’‘IG’ — qui a été instrumentalisé, mettant les plaignants, les idéologues et les mauvais éléments aux commandes », a déclaré Pete Hegseth lors d’un discours devant des généraux à la base des Marines de Quantico mardi matin.
Le mémo IG du mardi appelle à l’usage de l’IA dès la phase initiale d’« évaluation de la crédibilité », une étape factuelle devant être complétée dans les sept jours suivant le dépôt d’une plainte pour décider si une enquête complète doit être ouverte. Cette procédure avait suscité certaines inquiétudes lors de sa mise en place par l’Armée en juin, plusieurs critiques redoutant qu’elle n’écarte des plaintes légitimes, notamment celles déposées anonymement.
« Les départements militaires doivent explorer l’usage de l’intelligence artificielle sous supervision humaine pour classer et orienter les plaintes, faire respecter les délais, protéger la confidentialité et maintenir des journaux d’audit », précise le mémo en référence aux enquêtes IG.
Un historique de l’EEO dans l’armée
Suite au mouvement des droits civiques, le président John F. Kennedy signa la loi sur les droits civils de 1964, garantissant l’égalité et la protection contre la discrimination illégale. Le Titre VII de cette loi protège les salariés, y compris les membres des forces armées, contre la discrimination au travail fondée sur le sexe, la race, la couleur, l’origine nationale et la religion.
Rachel VanLandingham, ancienne avocate de l’US Air Force et présidente du National Institute of Military Justice, estime que ces réformes pourraient refléter la volonté du Pentagone d’exercer un contrôle plus fort sur les enquêtes en les éloignant des commandants locaux via l’« externalisation et l’informatisation », tout en centralisant le processus au niveau du Pentagone.
Selon elle, bien que les politiques et enquêtes relatives à la discrimination soient régulièrement médiatisées, ces règles préexistent aux administrations récentes, qu’elles soient démocrates ou républicaines.
« Beaucoup de ces programmes ne résultent pas seulement des quatre années de la présidence Biden ou des huit années de celle d’Obama. Ils sont le fruit de décennies d’enseignements sur la manière de bâtir une armée qui valorise au mieux ses membres », souligne VanLandingham. « Ces changements sont présentés comme déconnectés du contexte général : il y a de longue date un problème de racisme, de misogynie et d’abus d’autorité dans les forces armées. Ces dysfonctionnements nuisent à l’efficacité des unités. »
Réduire l’impact des enquêtes sur les carrières militaires
Dans le mémo d’avril 2025, que Pete Hegseth a qualifié de « politique de fin du climat de méfiance », il ordonnait une revue des programmes de lutte contre la discrimination. Mardi, il a annoncé des réformes supplémentaires visant à traiter et à rejeter les plaintes pour discrimination et harcèlement dans un délai de 30 jours, à limiter les conséquences des conclusions préliminaires sur les carrières, et à sanctionner les militaires qui déposeraient de façon « consciente » et « répétée » des plaintes « frivoles ».
« Empêcher les retards et éviter la suspension indéfinie des carrières permet aux responsables du ministère de la Guerre de se concentrer sur leur tâche principale, la conduite de la guerre », précise le mémo EEO/MEO.
Les mises à jour de juin 2025 de la réglementation 15-6 de l’Armée, qui encadre les enquêtes commanditées sur les conduites inappropriées comme le leadership toxique, annonçaient déjà ces changements. Plus récemment, l’Armée a lancé un programme de dérogation permettant aux soldats sous enquête de rester éligibles à des distinctions, aux formations militaires, aux promotions et aux mutations permanentes, en supprimant les « blocages » de dossiers qui limitaient jusqu’alors leur progression.
Les nouvelles politiques introduisent également la notion d’« preuve crédible », définie par Hegseth comme une information « attribuable ou corroborée » qui prend en compte « la source originale, la nature des éléments et la globalité des circonstances » pour décider si une enquête doit être poursuivie.
Certains anciens juristes militaires ont souligné que cette définition pourrait compliquer le traitement des plaintes anonymes.
« Un règlement rapide des plaintes minimise l’impact des accusations fallacieuses, apporte une résolution rapide à toutes les parties impliquées et augmente la préparation opérationnelle de l’ensemble des forces », conclut Pete Hegseth dans son mémo. « Je suis pleinement engagé à promouvoir l’ordre et la discipline grâce à la responsabilité de chacun dans le processus de plainte. »