Les rebelles houthistes du Yémen et le gouvernement internationalement reconnu ont conclu un accord mardi pour un échange de près de 3 000 prisonniers, dont sept Saoudiens. Ce serait la plus importante opération de ce type depuis le début du conflit il y a onze ans, si elle aboutit.
Cette avancée intervient après près de deux semaines de négociations entre représentants des deux camps à Mascate, la capitale d’Oman, un médiateur clé dans ce conflit prolongé. Les autorités n’ont fourni que peu de détails sur les étapes à venir, tandis que les observateurs appellent les parties à respecter cet engagement pour favoriser la paix.
Abdulqader al-Mortada, négociateur houthiste, a indiqué sur X : « Nous avons signé aujourd’hui un accord avec l’autre partie portant sur un échange massif de prisonniers, comprenant 1 700 détenus de notre côté contre 1 200 de leur côté, incluant sept Saoudiens et 23 Soudanais. »
Mohamed AlJabir, ambassadeur saoudien au Yémen, a précisé que Riyad avait travaillé avec l’ONU sur cet accord, conclu sous l’égide de l’organisation mondiale et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). « Les parties yéménites ont convenu d’un mécanisme pour accélérer le processus d’échange des détenus », a-t-il déclaré à la chaîne étatique al-Ekhbariya.
Mohammed al-Basha, expert en risques basé aux États-Unis et analyste du Basha Report, a souligné auprès de l’AFP que « bien que cette avancée soit un pas constructif pour instaurer la confiance entre les Houthis et la coalition anti-houthiste, de nombreux défis subsistent ». Il a ajouté que cet échange constituait cependant « probablement le plus important jamais réalisé dans ce conflit ». Ces obstacles comprennent notamment la vérification des listes de prisonniers, la définition d’un calendrier réaliste, ainsi que les rivalités internes au sein même du gouvernement.
Ces tensions sont exacerbées par les récents changements sur le terrain : un groupe séparatiste yéménite, ancien allié de la coalition gouvernementale, a pris le contrôle de larges zones du pays, chassant d’autres forces gouvernementales et leurs alliés, fragilisant davantage l’unité du camp pro-gouvernemental.
Majed Fadail, membre de la délégation gouvernementale aux négociations, a confirmé à l’AFP qu’il s’agirait du « plus grand » échange de prisonniers, précisant que la transmission des listes et noms « débutera immédiatement et devra s’achever dans un délai inférieur à un mois ».
Parmi les sept Saoudiens détenus, deux sont des pilotes de l’armée de l’air, a-t-il précisé, ajoutant que Mohamed Qahtan serait également libéré. Qahtan, dirigeant islamiste sunnite proche de Riyad, est retenu par les Houthis depuis 2015.
Les organisations internationales ont salué cette annonce avec un optimisme prudent. Hans Grundberg, envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, a qualifié cet accord de « progrès positif et significatif susceptible d’alléger les souffrances des détenus et de leurs familles ». Il a cependant insisté sur la nécessité d’un engagement continu des parties, d’un soutien régional coordonné et d’efforts soutenus pour permettre d’autres libérations.
Le CICR a appelé à la mise en œuvre rapide de l’accord, se déclarant prêt à faciliter les transferts. Christine Cipolla, cheffe de la délégation du CICR au Yémen, a déclaré : « Nous comptons sur la coopération des parties au conflit. Il est essentiel qu’elles respectent leurs engagements et identifient rapidement les détenus concernés par la libération. »
Le chef des droits de l’homme à l’ONU, Volker Turk, a également exhorté les rebelles à « libérer immédiatement et sans conditions » plusieurs dizaines de membres du personnel onusien détenus dans le pays depuis plusieurs années.
Les Houthis contrôlent la capitale Sanaa et une grande partie du nord du pays, incluant la majorité des centres urbains, tandis que le gouvernement reconnu internationalement conserve le contrôle du sud.
Depuis 2015, le conflit oppose les rebelles soutenus par l’Iran à une coalition conduite par l’Arabie saoudite, appuyant le gouvernement yéménite. Malgré un cessez-le-feu négocié par l’ONU en 2022 et toujours effectif malgré son expiration, les pourparlers pour une paix durable n’ont pas abouti.
Le conflit a causé la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes, directement ou indirectement, et a vu un grand nombre de prisonniers de guerre capturés par les deux camps. Un accord de réconciliation entre les principaux soutiens étrangers, Riyad et Téhéran, avait permis la libération de près de 900 prisonniers en avril 2023.