Human Rights Watch (HRW) accuse des paramilitaires russes, affiliés au groupe Africa Corps soutenant le Mali dans sa lutte contre les insurgés, d’avoir tué huit civils, dont trois enfants, lors de frappes aériennes en juin, selon un rapport publié vendredi.
Un avion Sukhoï Su-24 a largué au moins deux munitions sur le village de Kyrnia, situé dans la région de Mopti, le 15 juin, précise l’organisation de défense des droits humains dans un communiqué.
« La première munition a frappé près de la résidence du chef du village, tuant deux de ses enfants, son épouse ainsi qu’un autre enfant, et blessant une femme », indique le texte.
« La seconde est tombée sur un petit marché aux bestiaux situé à une vingtaine de mètres, provoquant la mort de quatre hommes et blessant deux autres. Aucun combattant islamiste armé n’a été recensé parmi les victimes », ajoute HRW.
Des combattants du Front de Libération de l’Azawad (FLA), un groupe touareg séparatiste, ainsi que du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont mené une série d’attaques contre le gouvernement militaire malien et ses alliés russes au cours des derniers mois.
L’ONG souligne qu’aucun membre de groupes jihadistes armés ne figure parmi les victimes civiles.
Ilaria Allegrozzi, chercheuse principale pour le Sahel à HRW, a déclaré : « En offrant aux autorités russes un blanc-seing, le gouvernement malien doit être conscient qu’il porte lui aussi une responsabilité dans les atrocités commises par ses forces alliées. »
Dans un message publié sur Facebook, Africa Corps a reconnu être à l’origine de l’attaque, qualifiant la cible de « lieu de rassemblement de groupes terroristes ».
Cette publication était accompagnée d’images montrant les frappes sur un village.
Cependant, des témoins interrogés par HRW ont affirmé qu’au moment des frappes, au moins 100 combattants du JNIM, incluant un commandant de haut rang, se trouvaient dans le village.
Les dirigeants de la junte malienne avaient promis de ramener la paix dans ce vaste pays, confronté à une crise sécuritaire depuis 2012, mais n’ont jusqu’à présent que peu réussi à stabiliser la situation.
La junte au pouvoir, arrivée au pouvoir lors de deux coups d’État en 2020 et 2021, s’est éloignée de l’ancienne puissance coloniale française pour se rapprocher de la Russie, tant sur les plans militaire que politique.