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New York, 27 septembre. L’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud (IBSA) ont réaffirmé leur appel à des réformes profondes dans la gouvernance mondiale, la sécurité alimentaire et l’action climatique lors de la 13e Commission ministérielle trilatérale IBSA, tenue le 26 septembre en marge de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies.

Réformes de l’ONU et gouvernance mondiale

Les ministres des Affaires étrangères indien, brésilien et sud-africain, respectivement S. Jaishankar, Mauro Vieira et Sindisiwe Chikunga, ont co-présidé la réunion. Dans une déclaration commune, ils ont réaffirmé le rôle d’IBSA comme une voix du Sud global, insistant sur la nécessité de corriger les inégalités persistantes au sein des institutions internationales et de promouvoir un ordre mondial plus inclusif.

Les ministres ont exprimé leur frustration face à l’absence de progrès dans la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU). Ils ont demandé le lancement immédiat de négociations basées sur un texte lors de la présente session de l’Assemblée générale, en appelant à une augmentation urgente des sièges permanents et non permanents, avec une meilleure représentation des pays en développement d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.

Appuyés par une majorité des États membres, l’Inde et le Brésil ont réitéré leur souhait d’obtenir des sièges permanents au Conseil de sécurité, tandis que le groupe IBSA a collectivement soutenu la demande africaine d’une représentation permanente. Ils ont également souligné l’importance de renforcer le rôle de l’Assemblée générale pour éviter que l’inaction du Conseil de sécurité ne paralyse l’ONU.

À l’occasion du 80e anniversaire de l’ONU, les ministres ont appelé à une réforme globale de l’organisation afin qu’elle reflète les réalités géopolitiques actuelles et qu’elle puisse mieux répondre aux défis émergents comme le changement climatique, la digitalisation et les inégalités.

Lutte contre la pauvreté et sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire et nutritionnelle est restée un axe majeur. Les trois pays ont salué les résultats du Fonds IBSA pour la réduction de la pauvreté et de la faim, qui soutient 51 projets dans 40 pays. Ils se sont engagés à renforcer ce fonds et à le rapprocher de l’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté, lancée lors du sommet du G20 de 2024 à Rio.

Les ministres ont également évoqué l’initiative sud-africaine au sein du G20 sur les inégalités de richesse et ont appelé à des solutions renforcées de coopération Sud-Sud pour éradiquer la faim et réduire les disparités sociales.

Paix, sécurité et préoccupations humanitaires

Les ministres ont condamné les attaques persistantes contre le multilatéralisme, les mesures coercitives illégales ainsi que les violations du droit international. Ils ont souligné l’importance de la diplomatie et du dialogue, insistant sur la médiation et la prévention des conflits.

Ils ont exprimé une vive inquiétude face aux crises humanitaires en cours, notamment en Ukraine et à Gaza. Concernant l’Ukraine, ils ont appelé à la désescalade et salué les initiatives de médiation du Sud global, telles que l’Initiative africaine pour la paix. Sur Gaza, ils ont condamné les attaques israéliennes, réclamé un cessez-le-feu immédiat, le retrait des troupes et un accès humanitaire. Ils ont réaffirmé leur soutien à une solution à deux États avec Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine.

Le groupe IBSA a également fermement condamné le terrorisme, en particulier l’attaque récente à Pahalgam en Inde, et a demandé la finalisation de la Convention globale des Nations unies sur le terrorisme international, en attente depuis longtemps. Ils ont appelé à une tolérance zéro envers le terrorisme, à une action concertée contre les groupes terroristes listés et à une coopération accrue contre l’utilisation abusive des plateformes numériques à des fins de propagande extrémiste.

Changement climatique et développement durable

Le changement climatique a occupé une place centrale. IBSA a réitéré son engagement envers l’Accord de Paris et appelé les pays développés à honorer leurs promesses de financement. Ils se sont opposés aux mesures unilatérales telles que les mécanismes d’ajustement carbone aux frontières, qu’ils jugent susceptibles de nuire à la coopération internationale et aux économies des pays en développement.

Les ministres ont salué l’organisation par le Brésil de la COP30 en 2025 et la candidature de l’Inde pour accueillir la COP33 en 2028. Ils ont validé la création de la Tropical Forest Forever Facility et insistent sur l’importance du financement de la conservation forestière, de la biodiversité et de la résilience aux catastrophes.

Ils ont également soutenu l’initiative indienne « Lifestyle for Environment » (LiFE) ainsi que l’Alliance internationale pour la protection des grands félins, comme modèles d’un mode de vie durable et de préservation de la biodiversité.

Architecture économique et commerce

Concernant la gouvernance économique mondiale, les ministres ont réclamé des réformes des institutions financières internationales comme le FMI et la Banque mondiale afin de renforcer la voix des pays en développement. Ils ont plaidé pour un accès simplifié aux financements, moins de conditions restrictives et une priorité donnée au développement, à la réduction de la pauvreté et à l’éradication de la faim.

Ils ont déploré l’échec du rétablissement complet du mécanisme de règlement des différends de l’OMC et appelé à des réformes pour préserver un système commercial transparent, fondé sur des règles. Les mesures protectionnistes et unilatérales des pays développés, notamment sous prétexte de protection environnementale, ont été pointées comme nuisibles à la sécurité alimentaire et à la stabilité du commerce mondial.

Énergie et minerais stratégiques

Les ministres ont mis en avant une transition énergétique juste et inclusive, en reconnaissant la diversité des sources d’énergie – renouvelables, nucléaire, biocarburants – comme essentielles à la résilience et à la durabilité. Ils ont soutenu des initiatives telles que l’Alliance solaire internationale et l’Alliance mondiale pour les biocarburants afin de promouvoir les objectifs d’énergie propre.

Ils ont souligné l’importance stratégique des minerais critiques pour la transition verte, appelant à des chaînes d’approvisionnement équitables, diversifiées et résilientes, respectueuses de la souveraineté des pays riches en ressources et favorisant un partage équitable de la valeur ajoutée.

Santé, sciences et coopération numérique

La résilience en matière de santé mondiale a été identifiée comme une priorité diplomatique. Les ministres se sont engagés à renforcer la coopération autour des vaccins, du diagnostic et de la production locale des technologies de santé, tout en s’attaquant aux déterminants sociaux de la santé.

Dans le domaine numérique, IBSA a réaffirmé son soutien pour un cyberespace sûr et inclusif. Ils ont salué la convention des Nations unies contre la cybercriminalité, appelé à un accès équitable à la gouvernance de l’intelligence artificielle et se sont engagés à réduire les fractures numériques via des infrastructures publiques numériques. Ils ont aussi insisté sur la nécessité de transparence et de responsabilité des plateformes numériques pour combattre la désinformation.

La science, la technologie et l’innovation ont été mises en avant comme leviers de développement, avec un engagement à promouvoir la recherche conjointe, le transfert de technologies et des initiatives d’incubation croisée pour stimuler l’innovation dans les trois régions.

Enfin, les ministres ont confirmé leur soutien à la tenue d’un sommet des dirigeants IBSA, remerciant le Brésil pour l’accueil de cette 13e Commission ministérielle. Avec l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud assurant successivement la présidence du G20 entre 2023 et 2025, le groupe considère cette séquence comme une opportunité unique pour amplifier la voix du Sud global dans l’élaboration de l’agenda international.