Dans une avancée majeure pour la sécurité maritime indo-pacifique, l’Organisation indienne de recherche et développement pour la défense (DRDO) et le groupe australien de science et technologie de la défense (DSTG) ont lancé un projet de recherche conjoint innovant de trois ans, centré sur les capteurs remorqués. Signée le 4 juin 2025, cette coopération, première initiative scientifique et technologique de ce type entre les deux pays, vise à révolutionner la surveillance sous-marine en améliorant la détection et le suivi des sous-marins et véhicules autonomes sous-marins (AUV), renforçant ainsi les postures défensives des deux marines face aux tensions croissantes dans la région.
Le projet, basé au Laboratoire naval de physique et d’océanographie (NPOL) de la DRDO à Kochi et à la division des sciences de l’information du DSTG, illustre la convergence stratégique accrue sous le cadre du Quad (Inde, Australie, États-Unis et Japon). Comme l’a souligné la récente table ronde de l’industrie de défense indo-australienne, ce partenariat donne déjà lieu à des discussions pour une coopération élargie, s’imposant comme un pilier de l’innovation bilatérale en matière de défense.
Les capteurs remorqués représentent le sommet des systèmes sonar passifs, composés de longues chaînes linéaires d’hydrophones traînées derrière les navires de guerre ou les sous-marins sur des câbles flexibles. Contrairement aux sonars montés sur coque, ces réseaux offrent une résolution et une portée supérieures pour détecter des signaux acoustiques faibles émis par des menaces furtives telles que les sous-marins silencieux ou les torpilles, même dans un environnement sous-marin bruyant. Le capteur remorqué « écoute » de manière omnidirectionnelle, captant les signaux depuis plusieurs angles afin de fournir une conscience situationnelle cruciale dans la lutte anti-sous-marine (ASM).
Au cœur du projet DRDO-DSTG se trouve la Towed Array Target Motion Analysis (TATMA), une technique avancée qui utilise des algorithmes sophistiqués pour estimer la position, la vitesse et la trajectoire des cibles sous-marines. En résolvant les difficultés liées au bruit et aux interférences, cette initiative ambitionne d’améliorer la fiabilité, l’efficacité et l’interopérabilité des systèmes de surveillance existants. Les travaux incluront des essais communs, des démonstrations d’algorithmes et des analyses de performances, avec une possible intégration de l’intelligence artificielle (IA) et de l’apprentissage automatique (ML) pour la classification en temps réel des cibles et un traitement amélioré.
Cette collaboration met à profit les forces complémentaires des deux organisations. Côté indien, le NPOL — un centre d’excellence de la DRDO spécialisé en acoustique sous-marine — apporte des innovations nationales telles que le sonar Abhay, le HUMSA-UG et les systèmes NACS, déployés par la Marine indienne depuis 2016. Le DSTG australien, agence gouvernementale de premier plan regroupant scientifiques et ingénieurs, offre quant à lui un héritage sonar de plusieurs décennies, incluant le capteur remorqué affiné Kariwara développé dans les années 1970 pour les sous-marins de la classe Collins.
Parmi les acteurs clés figurent Amanda Bessell, responsable de discipline au DSTG, le chercheur senior Sanjeev Arulampalam et le chef Suneel Randhawa, qui piloteront les avancées algorithmiques aux côtés des équipes techniques du NPOL. L’industrie australienne, avec Thales Underwater, Sonartech Atlas et Ultra, apporte un soutien commercial important, tandis que des acteurs indiens tels que Garden Reach Shipbuilders and Engineers (GRSE) et Larsen & Toubro (L&T) pourraient contribuer à la fabrication et à l’intégration. Cette synergie accélère non seulement la recherche et développement mais réduit aussi les coûts élevés et la complexité d’intégration, favorisant ainsi un écosystème commun pour les mises à jour futures.
Dans l’océan Indien et la région indo-pacifique, zones géopolitiques à forte intensité sous-marine, ce projet fortifie la conscience du domaine maritime et les capacités ASM des deux pays. Pour l’Inde, il diminue la dépendance aux systèmes étrangers, tels le sonar allemand ACTAS des corvettes de classe Kamorta, tout en faisant progresser les programmes nationaux Nagan et ALTAS. L’Australie bénéficie de l’accès à l’infrastructure robuste indienne en fabrication de défense et en maintenance navale, améliorant la flexibilité opérationnelle de sa flotte.
Sur le plan économique, le moment est favorable : le marché mondial du sonar remorqué devrait passer de 1,5 milliard de dollars en 2025 à 2,5 milliards de dollars d’ici 2033, ouvrant des opportunités d’exportation pour les innovations conjointes. Les conceptions respectueuses de l’environnement, répondant aux préoccupations sur la pollution acoustique sous-marine, pourraient renforcer leur attractivité. Au-delà des bénéfices bilatéraux, cette initiative consolide le multilatéralisme impulsé par le Quad, facilitant le transfert de technologie, l’échange de connaissances et l’émergence de start-ups, afin de promouvoir l’indigénisation en matière de défense.