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Les négociations entre l’Inde et la Russie concernant l’acquisition du chasseur furtif de cinquième génération Su-57E s’intensifient, évoluant d’un simple achat « sur étagère » vers des ambitions de production locale par Hindustan Aeronautics Limited (HAL). Selon des sources proches des discussions, la ligne de production indienne devrait s’inspirer du standard personnalisé du « Super Su-30MKI », intégrant des systèmes indigènes pour remplacer les composants russes après l’entrée en service des 2 à 3 premiers escadrons. Cette démarche hybride répond aux objectifs d’autonomie de New Delhi tout en permettant à l’Indian Air Force (IAF) une intégration fluide avec sa flotte modernisée de Su-30MKI, renforçant son avance en supériorité aérienne face aux rivaux régionaux grâce à une meilleure interconnexion des appareils.

Le Su-57E, variante export du chasseur furtif russe de référence, est proposé intensivement depuis début 2025, avec Moscou offrant un transfert complet de technologies et une assemblée à Nashik afin de contourner les sanctions occidentales. Les pourparlers initialement relancés après l’escalade Inde-Pakistan de mai 2025 portent sur l’achat direct de 36 à 72 unités issues de l’usine aéronautique d’Oural, suivi d’une production sous licence pouvant atteindre 114 appareils supplémentaires. Cette stratégie en double phase rappelle le succès du contrat sur les systèmes de défense antimissile S-400, combinant un renforcement immédiat des capacités avec une intégration progressive de solutions locales.

Une fois les escadrons de base opérationnels, la phase de localisation débutera avec des améliorations spécifiques à l’Inde, confient les sources. HAL, fort de son savoir-faire acquis sur le Su-30MKI, conduira la production nationale du Su-57E « Made in India », en remplaçant les sous-systèmes russes majeurs par des alternatives nationales. Au cœur de cette adaptation figure un radar AESA (Active Electronically Scanned Array) à base de nitrure de gallium (GaN), dérivé du système Virupaksha initialement prévu pour la mise à niveau du Super Su-30MKI. Le Virupaksha, un radar multi-mode GaN AESA doté de plus de 2 400 modules d’émission/réception, offre des portées supérieures — jusqu’à 400 km pour les chasseurs — et une robustesse accrue face au brouillage, surpassant largement le radar N036 Byelka standard du Su-57E.

Ce radar sera complété par un ordinateur de mission hybride assurant la fusion des données capteurs et par une suite avionique modernisée, incluant des éléments dérivés du système Uttam pour la guerre électronique et les liaisons de données.

Ces ajustements, similaires à ceux prévus pour 84 Su-30MKI dans le cadre du projet 14A, comprennent également des améliorations du moteur AL-41F1S pour des capacités de supercroisière et de poussée vectorielle, ainsi que l’intégration de pods de mission indigènes. Cette synergie garantit que le Su-57E et les Super Su-30MKI opèreront en binôme « high-low » cohérent, partageant les mêmes mises à jour pour une interopérabilité renforcée lors d’exercices tels que Tarang Shakti. « Le plan est de doter l’appareil des mêmes améliorations que celles prévues pour les 84 Su-30MKI avant le lancement de la production, afin que les deux appareils puissent être associés et bénéficient de performances accrues par rapport aux autres avions », a souligné un initié.

Ce Su-57E indigenisé représente bien plus qu’un simple volume accru d’appareils : il constitue un tournant doctrinal. Avec une force aérienne actuellement forte de 31 escadrons pour une capacité autorisée de 42, ce chasseur furtif comble une lacune essentielle de cinquième génération, permettant des frappes en profondeur contre des menaces équivalentes, telles que le J-20 chinois. La production nationale à l’usine HAL de Nashik, déjà active sur les Tejas et les Su-30, pourrait réduire le coût unitaire à moins de 80 millions de dollars, tout en ouvrant la porte à l’exportation de variantes vers des pays alliés, dans l’esprit de la vision russe d’une Inde comme plateforme capable de contourner les sanctions.