New Delhi, 22 août. L’annonce faite vendredi par le ministre de la Défense Rajnath Singh, selon laquelle l’Inde va fabriquer des moteurs pour des avions de chasse de cinquième génération en partenariat avec le groupe aéronautique français Safran, marque une étape majeure dans la modernisation des forces armées indiennes.
« Aujourd’hui, nous avons fait un pas de plus vers la production d’avions de chasse de cinquième génération », a déclaré Rajnath Singh. « Nous avons également avancé vers la production nationale de moteurs d’avions. Nous allons démarrer la fabrication de moteurs en Inde avec la société française Safran. »
Ce projet ne se limite pas à la simple construction d’un moteur ; il s’agit de poser une base technologique essentielle qui propulsera l’industrie aérospatiale indienne vers une nouvelle ère d’autonomie et de capacités renforcées.
La quête de l’Inde pour un avion de chasse de cinquième génération, notamment à travers le programme Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), nécessite un moteur indigène capable d’offrir furtivité, supercroisière, un rapport poussée/poids élevé et une grande efficacité énergétique.
Jusqu’à présent, l’Inde dépendait de moteurs importés pour ses chasseurs : des moteurs General Electric pour les Tejas Mk1/1A, des AL-31FP russes pour les Su-30MKI, ainsi que des moteurs britanniques pour les flottes Jaguar et Hawk. Cette dépendance exposait le pays à des risques liés aux chaînes d’approvisionnement, aux restrictions technologiques et à des coûts de maintenance croissants.
Le partenariat avec Safran répond à cette vulnérabilité historique. En produisant des moteurs avancés sur le sol indien, le pays réduira sa dépendance aux fournisseurs étrangers et assurera la pérennité de sa flotte aérienne. Un moteur indigène de cinquième génération renforcera aussi l’autonomie stratégique de l’Inde, lui permettant d’adapter l’AMCA et ses futurs appareils à ses besoins opérationnels spécifiques, sans être limité par des interdictions étrangères.
Le choix de Safran est d’autant plus significatif dans un contexte de forte concurrence internationale. Le géant américain General Electric, fournisseur des moteurs GE-414 pour le programme Tejas Mk2, ainsi que le britannique Rolls-Royce et le russe United Engine Corporation avaient également manifesté leur intérêt pour une collaboration approfondie.
Cependant, Safran a tiré son épingle du jeu sur deux points clés : le transfert de technologie et son historique de coopération. La France a toujours montré une plus grande souplesse à partager des technologies de défense avancées avec l’Inde comparée aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Les accords Rafale et les sous-marins Scorpène sont des exemples où Paris a accordé un accès aux systèmes critiques, bien plus étendu que d’autres partenaires occidentaux. Safran a proposé un transfert de technologie quasi complet pour le nouveau moteur, une offre que les autres concurrents hésitaient à consentir.
Par ailleurs, Safran dispose déjà d’une implantation solide en Inde, équipant les Rafale des moteurs M88 et soutenant l’aviation civile à travers des partenariats avec HAL et d’autres entreprises indiennes. Cette relation de confiance établie a probablement fait pencher la balance en sa faveur.
Cette collaboration pourrait avoir des retombées au-delà du programme AMCA. Un moteur indigène de cinquième génération pourrait à terme équiper des variantes modernisées du Tejas, des drones, voire des systèmes de sixième génération à venir. Elle contribuera également aux ambitions indiennes d’exportation de défense, puisque les appareils dotés de moteurs nationaux sont plus attractifs sur le marché international.
Dans un contexte stratégique plus large, cet accord renforce les relations de défense entre l’Inde et la France en pleine recomposition géopolitique. Il traduit la volonté de New Delhi de diversifier ses partenariats, notamment avec la Russie, les États-Unis et l’Europe, tout en préservant son indépendance stratégique. Pour Paris, c’est une confirmation de son rôle de partenaire de premier plan en matière de défense dans la région indo-pacifique.
Le projet moteur Indo-Safran dépasse le simple cadre technologique : il constitue une déclaration stratégique. En choisissant un partenaire prêt à partager un savoir-faire critique, l’Inde affirme son ambition de sécuriser son espace aérien avec des capacités propres, de diminuer sa dépendance extérieure et de devenir un acteur majeur de l’aérospatial mondial.