Suite au succès du développement conjoint du missile de défense aérienne MR-SAM/Barak-8 — premier projet commun entre l’Inde et Israël — les deux pays ont relancé leur coopération militaire avec un nouveau protocole d’accord sous l’égide du Groupe de Travail Conjoint Inde-Israël (JWG) en matière de défense. Ce nouvel accord met l’accent sur la co-conception de missiles de croisière supersoniques lancés depuis les airs (ALCM) et de missiles balistiques aéroportés (ALBM), proposés par des entreprises israéliennes comme des plateformes à longue portée intégrant des capacités de guerre électronique (EW) et de contre-mesures électroniques avancées (ECCM) pour opérer efficacement dans des environnements où le GPS est brouillé.
Selon des sources proches du dossier, cette initiative israélienne présentée lors des récentes discussions du JWG vise un missile supersonique capable d’échapper aux brouillages grâce à une navigation inertielle et un guidage par reconnaissance du terrain — idéal pour franchir les défenses multicouches dans des zones contestées telles que l’Indo-Pacifique ou le Caucase du Sud. Les détails restent confidentiels afin de protéger les développements parallèles indiens, mais cette collaboration pourrait représenter une avancée majeure pour l’Armée de l’air indienne (IAF) et la marine, en alliant la précision technologique israélienne à la capacité industrielle indienne.
Le projet MR-SAM/Barak a servi de modèle : initié en 2009 avec un budget de 2,5 milliards de dollars, il a permis au DRDO et à Israel Aerospace Industries (IAI) de fusionner un système de poursuite radar actif et un lancement vertical, produisant un bouclier de 70 km désormais déployé tant dans l’IAF que sur les corvettes israéliennes. Plus de 1 000 missiles ont été intégrés en Inde, avec un taux de réussite aux essais de 90 %, illustrant la synergie entre innovation israélienne et production à grande échelle indienne.
En 2025, le nouveau protocole du JWG, signé dans un contexte de renforcement des liens dans le cadre du Quad et face aux tensions dans la mer Rouge liées aux Houthis, se concentre désormais sur des capacités offensives. Des leaders israéliens comme Rafael Advanced Defense Systems et Elbit Systems ont présenté des concepts de ALCM/ALBM atteignant des portées de 500 à 1 000 km, avec des vitesses supersoniques dépassant Mach 2 et des ogives modulaires adaptées aux frappes navales ou terrestres. La suite EW/ECCM, dérivée de la famille Rafael Spice, promet des capacités de brouillage radar et une résistance au brouillage, garantissant la létalité du missile même dans un environnement électronique saturé.
« Ce n’est pas un système standard, mais une évolution sur mesure », a confié un interlocuteur lié au dossier, soulignant l’adaptabilité de la plateforme aux Rafale de l’IAF ou aux MiG-29K de la marine indienne. La mention « supersonique » laisse entrevoir des technologies à statoréacteur (scramjet), dans la continuité de la lignée des missiles Rocks israéliens, mais optimisées pour un usage conjoint entre Inde et Israël.
Si l’enthousiasme est fort, la prudence demeure néanmoins. Le DRDO gère actuellement plusieurs programmes majeurs : les missiles subsoniques Nirbhay, les démonstrateurs hypersoniques HSTDV, et l’arme intelligente anti-aérodrome (SAAW). Il est nécessaire d’éviter les redondances : « Si ce projet reprend nos travaux sur les ALCM, ce sera redondant ; s’il les complète, ce sera un apport significatif », a précisé la même source, en référence notamment au programme national de missile de croisière terrestre longue portée (LRLACM) d’une durée thermique d’environ 10 000 crores de roupies (environ 1,2 milliard d’euros), lancé en 2024 avec une portée prévue de 1 500 km et développé sans dépendance étrangère.
L’évaluation conduite par le Conseil d’Acquisition de la Défense (DAC) portera sur les transferts de technologies et les compensations industrielles. Israël s’est engagé à assurer 60 % de localisation des productions dans des installations indiennes, mais exercera un droit de veto sur les charges utiles sensibles, ce qui pourrait ralentir la mise en œuvre du projet.